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Full text of "Gazette du bon ton : arts, modes & frivolités"

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Pt. 1 1912- 13 



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Gazette Du Bon Ton 




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ARTS MODES 
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LUCIEN VOGEL, Directeur. 
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TABLE DES MATIERES 

PREMIER SEMESTRE 

(Novembre 1912 à ÀHriî 1913) 
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TABLE DES ARTICLES 



Pages 

ALENTOURS, POURTOURS ET DESSOUS. . . . Emile HENRIOT. 173 
Dessins de MARTIN. 

BON TON (Le) Henry BIDOU. 1 

CARNAVAL A L'ITALIENNE (Le) Albert FLAMENT. 101. 

Dessins de A.-E. MARTY. 

CHAPEAUX D'ENFANTS 1912-1913 (Les) MAGGIE. 25, 

Dessins de l'Auteur. 

CHAPEAUX D'HIVER Gabriel MOUREY. 171 

Dessins de Georges LEPAPE. 

CHAPEAUX ET PETITS THEATRES Henry BIDOU. 169 

Dessins de Paul MÉRAS. 

CHASSE A COURRE Jacques BOULENGER. 85 

Dessins de Maurice TAQUOY. 

CHASSE A TIR Roger BOUTET DE MONVEL. 13. 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEE. 

COIFFURES DE THEATRE Maurice GUILLEMOT. 37. 

Dessins de GOSÉ. 

CONFORT JOINT A L'ÉLÉGANCE (Le). 191 

Dessin de Georges LEPAPE. 



Pages 

DE LA CRAVATE Roger BOUTET DE MONVEL. 145 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

DÉSHABILLÉS Emile HENRIOT. 69 

Dessins de Georges LEPAPE. 

DESSOUS A LA MODE (Les) 31 

Dessins de MARTIN. 

DEUX COSTUMES POUR LES SPORTS D'HIVER 61 

Dessin de MARTIN. 

DU PRESTIGE DE LA MODE AUX ÉTATS-UNIS, André de FOU- 

QUIÈRES 177 

Dessins de STRIMPL. 

GOUT AU THÉÂTRE (Le) René BLUM. 22, 57, 89 

Dessins de A.-E. MARTY. 

GOUT AU THÉÂTRE (Le) Lise-Léon BLUM. 149 

Dessins de A.-E. MARTY. 

GOUT AU THÉÂTRE (Le) Lise-Léon BLUM. 185 

Dessins de José ZAMORA. 

INVISIBLE COMPAGNON (L') MAGGIE. 153 

Dessins de l'Auteur. 

LETTRE A UNE PROVINCIALE, Jean-Louis VAUDOYER. 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 5, 33, 65, 97, 129 161 

LOUP, LE MASQUE ET LE DOMINO (Le) Henry BIDOU. 109 

Dessins de Georges LEPAPE. 

Mlle ADAMINE, Modiste MAGGIE. 181 

Dessins de l'Auteur. 

MANTEAU D'HERMINE 62 

Dessin de BENDA. 

MANTEAUX D'ENFANTS (Les) PERSIL. 79 

Dessins de MAGGIE. 

MANTELET(Le) ...,.:-; Henry BIDOU. 141 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

MANTELET D'APRÈS-MIDI 156 

Dessin de MAGGIE. 

MANTILLES EN TAUPE 26 

Dessins de MAGGIE. 



MASCARADES Jean BESNARD. 117 

Dessins de MARKOUS. 

MÉMOIRES D'UNE ZIBELINE 9 

Dessins de GOSÉ. 

MÉTAMORPHOSES DU PETIT CHAPERON ROUGE (Les) . FRANC- 

NOHAIN 113 

Dessins de CARLÈGLE. 

MODE ET LE BON TON (La) ... LE BON TON. 47, 92, 125, 157 189 
NOUVEAUX AJUSTEMENTS POUR LES SPORTS D'HIVER, Georges 

CASELLA 41 

Dessins de Georges LEPAPE. 

OBJETS DE GOUT . 63 

Dessin de GOSÉ. 

OMBRELLE (L') GALAOR. 137 

Dessins de A.-E. MARTY. 

OMBRELLES NADA. 179 

Dessins de Georges LEPAPE. 

PARAPLUIE (Le) Roger BOUTET DE MONVEL. 53 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

PENDANTS D'OREILLES (Les) Gabriel MOURE Y. 74 

Dessins de MARTIN. 

PETITS CHAPEAUX Emile HENRIOT. 133 

Dessins de MARTIN. 

PONT-NEUF (Le). MAGGIE. 121 

Dessins de P Auteur. 

POUR LA NUIT Albert FLAMENT. 49 

Dessins de A.-E. MARTY. 

POUR LA PROMENADE 29 

Dessin de BOSCHER. 

POUR LES SPORTS D'HIVER 95 

Dessin de GOSÉ. 

PROPOS DE BOTTES Jean BESNARD. 81 

Dessins de Bernard BOUTET DE MONVEL. 

ROBES DE BAKST (Les) . . . . Gabriel MOURE Y. 165 

Dessins de BAKST. 



Pages 

ROBE ET COIFFURE DU SOIR 49 

Dessin de STRIMPL. 

ROBE DE PETIT DINER 156 

Dessin de Paul MÉRAS. 

SOYONS DE BONNE COMPAGNIE .... André de FOUQUIÈRES. 20 
Dessins de WEYMAN. 

TROIS IDÉES DE COIFFURES NOUVELLES 28 

Dessins de GOSÉ. 

UN AMEUBLEMENT ÉLÉGANT 27 

Dessin de Pierre BRISSAUD. 

UN CHAPEAU 127 

Dessin de GOSÉ. 

UNE TOILETTE DE SOIRÉE 30 

Dessins de Pierre BRISSAUD. 

VISITE IMPRÉVUE (La) Henri de RÉGNIER. 105 

Dessins de BRUNELLESCHI. 



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TABLE DES PLANCHES HORS-TEXTES 
+ 4 e 4» 

N» s Planches 

A GHAMONIX — Maurice Taquoy 2 II 

ADIEU DANS LA NUIT (L') — A.-E. Marty • 6 IX 

AH! MON BEAU CHATEAU!!... — Drésa 6 VIII 

A LA COMÉDIE — Gosé 1 VII 

APRÈS L'ONDÉE — Lorenp 6 V 

ARBRE EN FLEURS (L') — Georges Lepape 5 IV 

AU REVOIR — Gosé 1 V 

AVANT LE LAISSER-COURRE — Maurice Taquoy 3 III 

BATTUE D'AUTOMNE — Bernard Boutet de Monvel 1 IV 

BELLE AUX MOINEAUX (La) — Georges Barbier 2 V 

BELLE ET LA BÊTE (La) — Martin 6 II 

BLANC ET NOIR — Gosé 3 VII 

CACHEMIRE VERT (Le) — Carlègle 1 IX 

CAGE VIDE (La) — A.-E. Marty 2 VII 

CAPE NOIRE (La) — Bernard Boutet de Monvel . . . . 5 III 

CARESSE A LA ROSE (La) — A.-E. Marty t III 

CHAINE FLEURIE (La) — Robert Dammy 5 IX 

CLAUDE ET SA SŒUR — Maurice Boutet de Monvel 2 X 

COMÉDIE EST TERMINÉE (La) — Gosé 3 I 

CONSEILLER DES DAMES (Le) — Georges Barbier 5 I 

COQUETTE SURPRISE (La) — A.-E. Marty 3 VIII 

DE LA POMME AUX LÈVRES — Martin 4 VI 

DES OMBRELLES — Georges Lepape 6 III 



N" Planche» 

DIANE — A.-E. Marty 5 VIII 

EMBARRAS DU CHOIX (L') — Georges Lepape 3 VI 

ENTRE CHIEN ET LOUP — Pierre Brissaud 2 VIII 

FAITES ENTRER! — Gosé 2 III 

FEMME AU PARAVENT (La) — Abel Faivre 2 I 

FEMME ET LES PANTINS (La) — Georges Lepape 4 II 

FLEUR ET LE MIROIR (La) — Brunelleschi 2 IX 

GANTS JAUNES (Les) — Drésa 1 VI 

GIBOULÉE — Strimpl 6 VII 

GILLES — Georges Lepape 1 I 

ISABELLE — Drésa 4 X 

JALOUX (Le) — Georges Lepape 6 X 

JARDINS DE VERSAILLES (Les) — Georges Lepape 4 V 

LASSITUDE — Georges Lepape 1 VIII 

MA VOITURE ! — Pierre Brissaud 3 IX 

MIROIR ANCIEN (Le) — Maggie 3 

NEZ A NEZ — Bernard Boutet de Monvel 5 X 

NOCTURNE — Strimpl 5 VI 

PANTOUFLE DE VAIR (La) — A.-E. Marty 4 1 

PÉNÉLOPE — Georges Lepape 3 II 

PHILOMÈLE — Bakst 6 I 

PREMIÈRES ROSES (Les) — Gosé 5 II 

PREMIERS SOUPÇONS (Les) — Bernard Boutet de Monvel .... 3 X 

REGARDE LA-HAUT... TOTO — Pierre Brissaud 5 VII 

RENDEZ-VOUS DANS LE PARC (Le) — Paul Méras 1 X 

RENTREZ VOS BLANCS MOUTONS — Pierre Brissaud 4 VIII 

RIVIÈRE (La) — Carlegle 4 HI 

SERAIS-JE EN AVANCE ? — Georges Lepape 2 VI 

SOIR TOMBE (Le) — Robert Dammy 2 IV 

SOYEZ DISCRET ! — Drésa 3 IV 

UN LOUP EN CAGE — Gosé 4 VII 

UNE CHINOISE — Pierre Brissaud " . . . . 4 IX 



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N" Planches 

UNE ROSE PARMI l/s ROSES — Gose 6 IV 

UTILE RECOMMANDATION (L') — Pierre Brissaud i II 

VOLIÈRE (La) \ Martin 4 IV 

VOUS DITES... CANCAN II — Martin 5 V 

ZUT ! IL PLEUT ! ! — Pierre Brissaud 6 VI 



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LE BON TON 




N a nommé cette revue la Gazette du Bon Ton. 
Pour être de bon ton, il ne suffit pas 
d'être élégant. On est élégant de cent 
façons et même avec scandale : le bon 
ton est le même pour tous. L'élégance 
change : le bon ton ne varie pas ; elle 
suit la mode, il suit le goût. Le bon ton 
n'est point gourmé, et cependant il aime la réserve. Il n'est 
point fade, et cependant il est discret. Il n'est point tapa- 
geur, et cependant il est libre. Une grâce innée lui sert de 
talisman : guidé par elle, tout lui est permis, et il ne 
saurait cesser d'être charmant sans cesser d'être lui-même. 
Il a l'air tout simple, et cette simplicité est raffinée. Il faut 
des siècles pour le former, comme il faut seize quartiers 
pour créer un visage noble. Ingénieux dans ses inventions, 
il n'aime pas qu'on les remarque; il a le sentiment du 
gracieux et du beau, mais l'horreur de l'ostentation; il est 
spirituel : spirituel dans le dessin, comme dans le vif agen- 



GAZETTE DU BON TON 



cernent des couleurs; et c'est parce qu'il est spirituel qu'il 
paraît aisé. 

La Gazette du Bon Ton a l'ambition de renouveler la 
tradition charmante et illustre des recueils de modes d'antan. 
Quand en 1768 Grimm annonça à ses correspondants le 
premier journal de modes, il écrivit : « La France possède 
un journal du Goût'». Pour un artiste délicat qui aime 
la forme humaine, le décor, les étoffes, et la grâce variée 
de l'univers, est-il un dessein plus tentant? 

Il trouverait de dignes prédécesseurs. Antoine W^atteau 
dessina une suite de figures de Modes; le charmant Gravelot 
en 1744 en donna une à l'éditeur Bowles. A partir de 1778, 
les éditeurs Esnault et Rapilly publièrent par cahiers de 
six planches, la Galerie des Modes : des artistes délicieux, comme 
François Watteau, Leclerc, et Gabriel de Saint-Aubin y 
collaboraient. Aussitôt un voisin de ces éditeurs, Basset 
inventa un recueil concurrent : la « Collection d'Habille- 
ments M.odernes et Gallants », où il détournait un des 
meilleurs dessinateurs de ses rivaux, Desrais. 

Mais le premier journal de modes, dans la forme où nous 
l'entendons, fut le Cabinet des Modes fondé en 1785 par Lebrun- 
Tossa, et qui devint l'année suivante le « Magasin des 
Modes » : planches d'après Desrais et Defraine, variétés 
philosophiques, anecdotes, productions littéraires, comparai- 
sons entre les Modes françaises et anglaises, part faite aux 
bijoux et aux meubles. Le succès fut vif, si nous l'estimons 
aux contrefaçons: il s'en faisait à W^eimar et à Liège; des 
journaux pareils se créaient à Londres, à Florence, à 



GAZETTE DU BON TON 



Leipzig, à Haarlem et à Prague, toute l'Europe était atten- 
tive aux Modes, et déjà le rédacteur du Magasin voyait là les 
promesses de la paix universelle : « Nous cherchions, dit-il, à 
faire naître cette harmonie, cet air de ressemblance que 
plusieurs philosophes de notre nation ont paru désirer entre 
tous les peuples de la terre, et nous pensions que nous par- 
viendrions à leur faire adopter à tous les mêmes mœurs, les 
mêmes usages, peut-être le même langage, après leur avoir 

fait adopter les mêmes habits ». Voilà la philosophie la 

plus haute qui se puisse composer avec du taffetas. 

Des recueils de modes qui vinrent ensuite, le Journal des 
Dames est le plus célèbre, puisqu'il dura de 1797 au milieu 
du xix e siècle, annexant peu à peu tous les autres : en 1799 
la direction en fut prise par Pierre La Mésangère, ancien 
prêtre et professeur de philosophie au collège de La Flèche, 
arbitre des élégances. De i8i3 à 1817, les planches furent 
dessinées par Horace Vernet. 

Pour charmants qu'ils sont, ces recueils, continués main- 
tenant, sembleraient bien vieillots. Un temps nouveau, avec 
des moyens nouveaux, veut des feuilles nouvelles. Et 
cependant, aujourd'hui, comme à la fin du xvm e siècle, le 
public entier est attentif aux Modes. Les peintres colla- 
borent avec les couturiers. La parure de la femme est un 
plaisir de l'œil qu'on ne juge pas inférieur aux autres arts, et 
les toilettes de ce temps amuseront encore nos petits neveux. 
La Mode masculine elle-même se renouvelle et s'affine. 

La Gazette du Bon Ton sera l'expression de cet art. 
Comme La Mésangère publiait la suite délicieuse de ses 



GAZETTE DU BON TON 



Merveilleuses et de ses Incroyables, chaque numéro donnera 
une suite d'aquarelles, qui seront de deux sortes. Les unes 
seront des idées de toilettes inventées par des artistes : la 
Gazette demande des inventions de parures à Bakst, à 
Barbier, à Bernard Boutet de Monvel, à Brissaud, à 
Brunelleschi, à Carlègle, à Caro-Delvaille, à Drésa, à Abel 
Faivre, à Gosé, à Iribe, à A. de La Gandara, à Lepape, 
à Maggie, à Ch. Martin, à A. Marty, à Taquoy, à un 
artiste aussi illustre que Maurice Boutet de Monvel; et 
ces peintres charmants modèleront pour elles des silhouettes, 
qui seront les vrais Génies des saisons et des années. 

D'autres aquarelles représenteront des toilettes inventées 
au contraire par les couturiers, et réalisées par eux; mais 
ces aquarelles seront de la main des mêmes artistes; elles 
seront les portraits de ces toilettes, interprétés par des 
peintres. Ainsi sera plus étroite l'alliance indispensable 
entre tous ceux qui parent de couleurs ou d'étofïes la 
beauté de la femme. 

Des chroniques, des articles sur tous les objets de la 
parure et de la frivolité achèveront la gazette. Le théâtre 
y sera décrit, quand accordant le texte, le décor et les 
costumes, il sera lui-même par cette unité une école du 
goût. On voudrait recueillir dans ces pages cette grâce du 
temps présent éparse au Bois, à la comédie, aux courses, aux 
thés, à un dîner, à une fête, et la prenant toute vive à l'esprit 
même de ceux qui la créent, en conserver ici la fraîcheur. 

Henri BlDOU. 



LETTRE A UNE PROVINCIALE 



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Vicence, 5 Octobre 1912. 

A chère Amie, le mois dernier, dans cette petite 
gare où le vent soufflait si rudement, vous 
m'avez dit : « Nous allons passer près d'une 
année sans nous revoir; jurez-moi, au moment 
où nous nous quittons, de m'écrire chaque 
mois. Je vais mener ici une vie de recluse : c'est par vous 
que je veux apprendre ce que l'on fait à Paris. Engagez- 
vous à être un correspondant fidèle : vous m'enverrez régu- 
lièrement une lettre; vous n'y parlerez pas de 
choses trop sérieuses, mais robes et spectacles, 
amours et plaisirs, fêtes, futilités. » Triste de me 
séparer de vous, Agathe, /ai promis, et, pour 
la première fois, aujourd'hui, je viens tenir ma 
promesse. 

Toutefois, ce n'est pas de Paris que je vous 
écris, mais de Vicence, qui le vaut bien. J'y 
suis depuis une semaine, et compte y rester 
huit jours encore. C'est, dans un paysage 
gras et heureux comme ceux des tableaux du 
Giorgione, une ville remplie de palais magni- 
fiques. Palladio, architecte amoureux de porti- 




ques et de colonnades, est né à Vicence, qu'il a toute ornée 
de ses belles inventions. Pour être parfaitement content, il 
faudrait porter, dans cette ville si peu moderne, 
la culotte courte et les bas de soie. Comme 
je serais heureux, si, lorsque je déguste mon 
moka devant la basilique palladienne, le soleil 
pouvait dessiner de moi une ombre où je distin- 
guerais, sous les trois pointes du tricorne, les 
marteaux réguliers et la queue bouclée d'une 
élégante perruque ! 

Mais vous m' allez dire, Agathe au fin visage, 
que je remplis bien mal mon office, et qu'une 
lettre où je vous parle de Palladio et d'une 
perruque à boucles n'est point la lettre que 
vous désiriez recevoir de moi. 

Hélas, les belles dames qui vont passer à 
Venise les deux semaines 
de la « Saison » ne s'arrêtent guère à 
Vicence. Comment donc vous parler 
de leurs derniers fastes et potins? Je 
vous entends : j'eusse dû me rendre 
sur la lagune, au Heu de me morfondre 
dans le désert de ces vieux palais. 
Quoi, vraiment, Agathe! vous eussiez 
exigé cela de moi? Venise, de la mi-septembre au 
début d'octobre ! Mais n'est-ce point un véri- 
table enfer ? Ah ! que le ciel où vole le Lion ailé 
me préserve de jamais poser les pieds sur les 
dalles de la Place Saint-Marc à l'époque où 
l'on y rencontre, plus nombreux que les célè- 
bres pigeons, toutes les « figures bien pari- 





siennes » dont, à Paris, on s'écarte si volontiers ! Mais où 
vous êtes et où je suis, dans vos bruyères et dans mes ruines, 
ne voyons -nous pas tout cela? Voici la belle Aglaure, 
grande et souple, toute blanche dans ses mousse- 
lines, et dont le nez grec est perdu dans une 
rose penchée ; voici B élise, monumentale et 
tonitruante, qui manque de faire chavirer sa 
gondole, toutes les fois qu'elle débarque à la 
Luna; voici le ravissant Amphrise, qui danse 
en marchant, et sourit à tous, même au rampino 
crasseux; voici Parména et Olive, toujours insé- 
parables, l'une poudrée comme un bonbon, l'au- 
tre ridée comme l'un des « Quatre Mendiants » ; 
voici l'aimable Brunis- 
sende qui va chanter, 
la nuit, au-delà de la 
Giudecca, sur une 
barque où elle a fait 
mettre un piano aigrelet; voici 
rXufin qui promène son grand-duc; 
voici Pantalis qui tient son « Bae- 
decker » par la main et qui le suit 
comme un petit enfant; voici Lu- 
cinde, qui, faisant avec ses sou- 
venirs une crase hardie, vante 
à tout venant « Giorgiotto », son 
peintre préféré ; voici la sournoise 
Douceline, qui « chauffe » le petit 

Gambarin de telle sorte que nous verrons peut-être enfin 
Mérope, mère de Douceline, éclater d'aise et de chaleur, 
dans la sacristie de Saint-Philippe, au printemps prochain ; 





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voici Belle-Poule suivie de Galymatias : Belle-Poule fait le 
boniment, puis Galymatias commence, et l'on voudrait aussitôt 
qu'il ne continue pas; voici votre amie la comtesse Floche; 
voici peut-être la délicieuse Avertie . . . 

- Ah ! Si j'étais certain qu'Avertie fût à Venise, je quitte- 
rais sans doute Vicence ! Mais Avertie ne peut pas être à 
Venise avec « la horde ». Elle attendra, pour y venir, 
que les sauterelles aient été s'abattre à Biarritz ou ail- 
leurs. Alors Venise appartiendra de nouveau aux gens 
qui l'aiment. 

L'automne sur sa fin y mûrira paresseusement les dernières 
roses; on trouvera facilement des tables chez Florian pour 
regarder passer les vénitiennes en châle et en cheveux; 
on fera des découvertes chez les marchands 
de curiosités; et, au restaurant Va- 
pore, enfin accessible, on dégustera 
les délicats scampi et les odorantes 
truffes blanches, avant de regagner 
sans entrain Paris, d'où je vous 
enverrai le mois prochain, Agathe, 
hélas! une lettre aussi garnie de nou- 
velles qu'une robe l'était de volants 
à l'époque, où, tout près d'ici, 
M. de Chateaubriand représentait 
la France, au congrès de la Sainte- 
Alliance, en 1822. 

Votre fidèle et respectueux ami, 

Jean-Louis Vaudoyer. 





MEMOIRES 
D'UNE ZIBELINE 

E marche cette année de surprise en sur- 
prise. Le i er juillet, on nous a remontées 
des caves ; je croyais que c'était pour le petit 
battage annuel : point. On nous a emballées en 
hâte, et le lendemain, je me suis éveillée à Deauville. 
Je n'avais jamais vu la mer; c'est amusant. Et ce 
qu'on rencontre de figures de connaissance ! Au pas- 
sage on faisait un petit signe d'amitié aux chinchillas 
de M Ue Dorgère, aux hermines de Gabrielle Dorziat, 
au skungs de M me Sorel. Deauville doit être très 
au Nord et je pense que les hivers y sont rigoureux 
et précoces car j'y ai eu très froid, bien plus froid 
que dans mon pays natal. Avec cela, surmenée du 
matin au soir. Je comptais prendre quelque repos 
au retour, mais depuis hier je suis chez le couturier 
de madame, et ce que j'y peux voir n'est fait ni pour 
me délasser ni pour me réjouir. Il se passe d'étranges 
choses, et mes amies et moi en verrons de dures 
cette saison. 

Hier, ma maîtresse est venue ; on nous a 
étalées sur des fauteuils : elle nous regardait 
sans tendresse, M. Alfred, son vendeur, nous 
maniait d'un doigt dédaigneux, et voici l'étrange 
conversation que j'entendis : 

— Ce qu'il vous faut, Madame ? Mais quelque 




chose de nouveau ; de l'ours ou 
phoque, ou bien encore du singe : 
en voici un de toute beauté. Que 
diriez-vous de ceci? Non, ce n'est 
pas une martre, c'est une 
civette, — et de cette étole 
en blaireau? Je vous pro- 
poserais bien, mais c'est 
peut-être un peu fantaisiste, du chien, 
du chien de berger. Regardez ce 
poil rude : est-ce assez chic? 

(Moi, je trouve ça très laid, Ma- 
dame aussi, je crois). Elle lui a dit : 

— Que me conseillez-vous comme 
grand manteau? 

— Une fourrure banale, sans va- 
leur, par exemple de l'hermine, de 
la loutre, avec col et bordure en 
phoque; ou bien des renards blancs garnis 
de chèvre blanche. 

— On va reporter de la chèvre de Mongolie ? 

— De la chèvre ordinaire, Madame. Mais 
succès, ce sera ça! 

Alors, il lui a montré une chose surprenante; une espèce 
de peau beige tachetée de noir. Je n'avais jamais vu cette 
bête-là dans nos contrées. Il appelle ça une panthère; 
c'est, je crois, une fourrure des pays 
chauds . 

Madame, qui est de goûts plutôt conserva- 
teurs, a choisi un manteau de loutre garni 
tout autour d'une large bande d'astrakan 




grand 




frisé, formant col et parements sur lequel 
est posée une bande de boutons plats de 
satin noir. C'est très large du haut, très serré 
vers le bas. Elle aura l'air ainsi d'un gros 
bouquet ficelé, mais comme elle est très mince 
et très gentille, ça lui ira bien. Pendant ce 
temps, nous ne disions rien. Elle nous a 
regardées tristement : 

— Et de tout ça, que puis- je faire ? 

— Mais des garnitures, des manchons ! 
Cette année on mettra de la fourrure partout, 
même sur les robes de bal. Dans votre man- 
teau d'hermine, nous trouverons de quoi 
éclaircir un costume de soie souple, vert 
émeraude par exemple. Je viens de faire une 
robe de velours cerise avec bas de dentelle d'or, 
bordée de zibeline. Puis nous combinerons; 
l'alliance de deux fourrures sera de plus en 
plus recherchée. Les manchons plats, plats 
comme des portefeuilles, auront des formes 
délicieuses : carrées, rondes, triangulaires, 
trapézoïdes, en limaçon, mais toujours deux 
fourrures, par bandes alternées : loutre, petit 
gris ; ou encore hermine et taupe . . . 





Croyez-vous ! Une simple taupe coudoyant 
une hermine ! Enfin . . . Nous n'aurons plus 
l'air de rien. On nous détaille par petits bouts, 
nous n'avons plus forme animale. Ainsi, tenez, 
on supprime la queue aux hermines, et le 
moindre renard en a sept ou huit! 
Du moins, une chose me console : 
nous nous retrouverons quelque- 
fois en famille. On ne verra plus une toque de 
loutre avec une étole de chinchilla : tout l'un ou 
tout l'autre. JVlais dans quel état, mon Dieu ! 
Plus d'yeux, plus de dents. Nous ne serons 
que de pauvres choses écorchées sans entrailles 
ni regard. Nous nous enroulerons autour du cou des femmes, 
telles que nous pendions sur le dos des trappeurs. Moi, je 
suis si petite ... on ne me fera pas grand mal. Il paraît 
qu'on me mettra sur un chapeau. Au moins, de là-haut, 
je verrai, et si — il en est question — on nous pique par 
ci par là d'une fleur, ce sera parmi cette tristesse et ce 
froid, comme une illusion de printemps. 



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CHASSE A TIR 



1TOUS souvient-il, mon cher Astolphe, de la battue splen- 
dide que nous offrit l'an dernier M. le baron de Meizer- 
man? Nous reçûmes, si j'ai bonne mémoire, nos invitations 
à pareille époque et ce fut somptueux. Il y avait parmi 
l'assistance S. A. I. la grande Duchesse Mélanie, M. le 
duc de Trébizonde, le vidame de Bréhat, bref un échan- 
tillon de tout ce que la France et l'Europe 
comptent de plus illustre ou de plus habile. 
Enfin quelle profusion magnifique de lièvres et 
de faisans ! Surtout quels faisans ! En effet si 
chez les oiseaux la mode consiste généralement 
à voler, ceux du baron échappent à la règle 
et s'abstiennent de jamais quitter le sol. Je 
les vois encore, arrivant sur nous 
en bataillons serrés, marchant tous 
au pas et si nombreux que brusque- 
ment la couleur des chaumes disparut 
à nos yeux. Un seul manifesta quel- 
ue indépendance et se heurtant 
à l'affût de S. A. I., fit mine, tant 
la presse était grande, 
de vouloir prendre son 
vol. En moins de temps qu'il n'en 





x3 



faut pour l'écrire, S. A. l'abattit d'un grand coup de feu. 

Si je remarquai ce trait d'adresse, j'avoue d'ailleurs que 

ce fut par hasard, chacun de nous à ce moment n'ayant 

pas eu trop de ses deux yeux 
et de son fusil pour tenir 
tête aux assauts répétés que 
nous livrait la basse-cour de 
M. de Meizerman. 

La lutte fut chaude et le 
carnage épouvantable ; mais 
en fin de compte la victoire 
nous resta et le soir, dans la 
cour du château, le nombre 
des victimes exhibées fut tel 
que jamais nous n'en vîmes et 
sans doute n'en verrons l'équi- 
valent. 

Spectacle inoubliable, jour- 
née charmante et soirée non 
moins réussie. Mais ce à quoi 
j'en reviens toujours, mon cher 
Astolphe, c'est au décor, à la mise en scène. 

Vous souvenez-vous seulement de la tenue des gardes, 
bleue de France et chamois ; surtout avez-vous encore dans 
l'œil certains des costumes qu'inauguraient les invités? Quelle 
admirable variété de couleurs et de coupes! Car enfin si l'on 
chasse pour tirer des oiseaux, l'on chasse également pour 
s'habiller en chasseur, avouons-le, et convenons que là comme 
ailleurs il importe de donner les marques d'une fantaisie de 
bon aloi. 

Tel fut après le dîner notre grand sujet d'entretien chez 




M 



M., de M.eizerman. On nous avait apporté liqueurs et 
cigares et l'un et l'autre, commodément assis dans deux des 
fauteuils de la bibliothèque, nous abordâmes ce chapitre 
de la mode. Après des considé- 
rations d'ordre général, nous 
en vînmes promptement à tom- 
ber d'accord sur ce point qu'à 
la chasse le seul vêtement pos- 
sible était la blouse Norfolk. 
M.on Dieu, la chose allait de 
soi ; mais encore fallait-il savoir 
si ladite blouse exige dans le 
dos un ou deux plis, et si les 
soufflets ne sont point de meil- 
leur ton que les plis. Des goûts 
et des couleurs, j'optai pour 
les plis; vous donnâtes la 
préférence aux soufflets; mais 
nous convînmes que de toute 
manière la ceinture devait se 
porter haut, très haut. Ainsi 
le veut la fashion; taille courte 
et jambes à n'en plus finir. 

Pour la culotte nous fûmes d'avis qu'il la fallait bouffante, 
toutefois point trop large et serrée au genou suivant la 
mode des culottes de cheval. A la culotte nous joignîmes 
des bas de laine, aux bas de laine des souliers jaunes 
— point de bottines — et sur ces souliers nous disposâmes 
de petites guêtres en peau de taupe à la manière de celles 
que portent nos joueurs de golf. Restait le choix des tissus 
et quel embarras charmant fut donc le nôtre au milieu de 




i5 



l'abondance actuelle de homespuns de toutes nuances ! 
En vérité je crois que c'est à ce moment même que 
donnant libre cours à nos aimables rêveries, ou peut-être 
vaincus par la fatigue du jour, nous ne pûmes résister aux 
attraits d'un léger somme. Visions souriantes, projets 
enivrants! Poursuivant nos chimères, je m'imaginai donc 
posséder à moi seul de quoi vêtir plusieurs générations de 
sportsmen, que de richesses! J'avais des complets pour le 
soleil et pour la pluie, pour les matinées brumeuses et 
pour les ciels orageux. J'en avais de gris et de verts, de 
bruns, de bleus, de beiges; j'avais des complets du temps 
jadis et tels qu'en portaient nos arrières grands-pères, 
lorsqu'ils s'en allaient tirer la perdrix, coiffés d'un haut de 
forme en paille, avec la poire à poudre et le fusil à pierre. 
Enfin j'avais des guêtres, tout un lot de guêtres dont 
même quelques-unes en fer blanc spécialement destinées aux 
chasses présidentielles. Car, mon cher, vous l'avouerai-je? 
je me voyais en rêve m' encanaillant chez M.. Fallières et 
chaque fois que le bonhomme m'envoyait du plomb dans 
les jambes, ce qu'il ne manquait peint de faire à tout 
instant, mes guêtres se mettaient à résonner de la façon la 
plus irrespectueuse. A ce tintamarre j'ouvris les yeux et 
de loin j'entendis la voix de M. le duc de Trébizonde qui 
disait : « Lorsque l'an dernier je partis en Ecosse pour 
chasser le grouse... » Oh! bonheur, j'étais bien toujours 
chez le baron de Meizerman. 

Roger BOUTET DE MONVEL. 








V^HAPEAUX D'HIVER 



Tp\E longtemps, paraît-il, de tout l'hiver, du moins, qui se 
prépare, nous voici condamnés à ne plus voir s'orner 
de fleurs les coiffures des femmes. 

C'était une des rares traditions qui se fussent conservées 
depuis le jour immémorial où, sous les arbres émerveillés du 
Paradis terrestre, Eve eut l'idée charmante, se voulant plus 
belle, de mêler à ses cheveux des corolles et des feuillages, 
et, comme elle contenait en elle toute la beauté et toute la 
coquetterie et tout l'instinct de plaire de toutes les femmes 
à naître, je suis sûr qu'elle sut aussitôt les disposer, les 
arranger de manière à ressembler tour à tour aux joueuses 
de flûte du Banquet, à la Primai Kra de Botticelli, aux prome- 
neuses des Fêtes gâtantes et à cette petite fille d'Abel Faivre, 
que l'on voit sourire, dans la vitrine des marchands d'estam- 



*7 



\ 




pes, sous son mignon chapeau de roses rouges et qui sou- 
vent m'a fait songer, je ne sais pourquoi, à l'amie de la 
Bérénice, de Maurice Barres, que l'on avait surnommée 

Bougie Rose. 

Et je suis sûr aussi qu'Eve, 

lorsque la bise fut venue et 

avant même qu'elle fut venue, 

car étant femme elle aimait la 

nouveauté et se lassait vite de 

ses propres caprices, imagina 

de se façonner des chapeaux du goût 

de ceux que vont porter les Parisiennes 

du vingtième siècle, cet hiver. 

D'aucuns déjà, parmi les hommes, 

les trouvent laids, ces chapeaux ; ce 

qui signifie seulement que la femme 

qu'ils aiment ne s'en est pas encore parée et que vous les 

entendrez d'ici peu les proclamer les plus 

délicieux du monde. 

Seraient-ils donc, par hasard, plus étranges 
ou plus étonnants que d'autres? Non point; 
tout autant, voilà tout. 

Certains affectent la forme du béret de 
nos étudiants et de nos chasseurs alpins; 
d'autres rappellent celle du feutre replié 
qu'affectionnait Louis XI ; d'autres celle 
des pittoresques coiffures qu'arborent les 
personnages de certains primitifs italiens ou 
que l'on voit se bomber, dans les minia- 
tures de la Perse et de l'Inde, sur la tête des héros de 
légendes. Ils sont faits ou recouverts de velours ou de 





satin d'un seul ton brillant et franc, ou 
de velours et de fourrure, ou de four- 
rure seulement, mais de plusieurs four- 
rures mélangées, singe et loutre, civette 
et karakul, otarie et astrakan, que sais- 
ie? et toujours des aigrettes, contrariées 
ou non, les parent et leur donnent l'envol 
et cet air décidé, un peu militaire, ères «réveil de l'énergie 
française», qu'aiment à voir de plus en plus aux choses 
qu'elles portent les Françaises d'au- 
jourd'hui. Tout cela demeure bien 
encore un peu . . . beaucoup oriental, 
persan surtout, russo-persan serait 
peut-être plus exact, mais tout cela, 
en somme, risque de ne pas être 
déplaisant du tout, et n'empêchera 
pas qu'un peintre fasse du portrait 
d'une femme ainsi coifîée un chef- 
d'œuvre, pas plus que tout cela 

n'empêchera une femme ainsi coiffée de plaire et d'être 
aimée ; ce dernier point acquis, qu'importe le reste ! 




Gabriel MoUREY. 




*9 



SOYONS DE BONNE COMPAGNIE 



ÉCRIVAIS récemment avec quelque mélancolie que toutes 
les belles traditions s'éteignaient en France et que 
nous avions de moins en moins le souci des belles ma- 
nières, de l'élégance et du bon ton. Je suis heureux de 
reconnaître aujourd'hui que je m'étais montré pessimiste. 
On raille un peu moins ces idées de l'autre monde, de 

celui d'autrefois, du vrai et du meilleur enfin on se 

préoccupe du bon ton puisque voici la gazette de ses 
fidèles, gazette qui veut être à la fois la conseillère des 
néophytes et des profanes, et résumer les annales des 
moindres gestes du « smart set » — à la bonne heure ! une 
telle tentative aurait été téméraire il y a cinq ou six ans, 
elle est désormais opportune. 

La saison d'hiver s'est terminée par une série de fêtes 
admirables, savamment préparées où tout s'est harmonisé 
pour la plus grande joie des yeux et de l'esprit : costumes, 
couleur, musique et parfums. Les salons rivalisèrent de 
faste et d'ingéniosité; ils firent appel aux décorateurs et 
aux poètes et l'on a pu se croire, un moment, revenu aux 
époques charmantes où les réceptions ne s'improvisaient 
point. Pendant plusieurs mois tailleurs et couturiers se sont 



ingéniés à composer des merveilles, les tapissiers ont visité 
les musées, les coiffeurs ont feuilleté les albums vétustés 
où se fanaient les visages délicats de nos jolies aïeules. 

Nous avons subi même à Biarritz la crise orientale ; la 
Baronne Pigeard a donné une fête persane en sa villa 
mauresque, le Maharajah de Kapurthala avait arboré ce 
soir là un costume d'une richesse inouïe; hélas ! ce ne fut 
qu'une vision car le Prince se promenait le lendemain sur 
la plage en flanelle blanche. 

A vrai dire, la génération nouvelle a voulu « bouder le 
monde », comptant ainsi s'attribuer une attitude originale. 
Cette fugue n'a pas duré plus longtemps que cette mode 
ridicule adoptée par certains adolescents et qui consistait 
à paraître indifférents, détachés, lointains et dédaigneux. 
Cette affectation de la froideur touchait à l'impolitesse et 
nombre d'esprits chagrins ont pensé que les rites les plus 
précieux de la galanterie ne seraient pas transmis à nos 
fils. L'outrance ne va pas avec la distinction. — Et La 
Bruyère l'a dit : « Il y a autant de faiblesse à fuir la mode 
qu'à l'affecter ». 

Je m'efforcerai dans les chroniques qui suivront cette 
présente introduction de narrer le fait saillant ou caracté- 
ristique de la vie mondaine et d'enseigner ce que nos 
grand'mères appelaient le savoir vivre et qui n'est en 
somme que l'une des plus précieuses vertus françaises : 
la courtoisie. 

André DE FouQUlÈRES. 






„»C«N, 





LE GOUT AU THEATRE 



\TOUS ne voulons pas, dans ces notes théâtrales, porter 
des jugements catégoriques sur la qualité intrinsèque 
des œuvres. Les remarques rapides que publiera cette revue 
seront rédigées d'un point de vue peut-être nouveau, en ce 
sens que, pour l'appréciation d'un spectacle, elles tiendront 
compte, avant tout, de la combinaison des divers éléments 
qui le constituent. 

Voici ce que j'entends : 

A la sortie d'un spectacle, nous emportons, bonne ou 
mauvaise, une impression. Cela, avant que notre sens cri- 
tique ait trouvé le temps de s'exercer. Il advient fréquem- 
ment que notre premier mouvement, le rideau tombé, soit 
de contrainte ou de malaise et, qu'à la réflexion, analysant 
les motifs qui déterminent notre mauvaise humeur, nous 
soyons incapables de la justifier. Souvent, au contraire, 
notre satisfaction, si nous cherchons à en préciser les motifs, 
ne nous semble pas plus légitime, et nous retrouvons maint 
détail qui nous inclinerait plutôt à la sévérité. 



Il y a donc souvent mésentente entre notre sensi- 
bilité et notre intelligence. Or, comment définir le 
goût, sinon l'accord de ces deux facultés? Mais nous 
ne prenons conscience de notre goût que lorsque intel- 
ligence et sensibilité s'équilibrent parfaitement. Et à ce 
moment précis s'éclaire notre satisfaction — ou, plus 
fréquemment notre gêne : celle-ci provient de ce qu'en 
nous quelque chose a été blessé — elle provient de ce 
que les divers modes d'expression destinés à agir, les 
uns sur notre raison et les autres sur nos sens, n'é- 
taient pas ordonnés ou fondus de façon harmonieuse. 

On n'a pas oublié les représentations au Châtelet 
de l'Hélène de Sparte, d'Emile Verhaeren. Le poème que 
j'avais lu me séduisait par la beauté de son inspiration, 
sa poésie sinueuse et robuste à la fois. Je l'imaginais 
dit sobrement dans un décor aux lignes simples. La 
musique de M. Déodat de Séverac, pleine et colorée, 
parfaitement orchestrée, semblait devoir rythmer quelque 
œuvre de terroir à jouer en plein air. Le décor et les 
costumes de Bakst, où se mariaient si étrangement les 
couleurs brutales, suggéraient un conte d'Orient. On a 
pu juger la disparate. Et là, le contraste était si évident, 
si immédiatement perceptible, que la réflexion n'était pas 
utile pour expliquer notre étonnement. 

Il n'en est pas toujours ainsi. Les désaccords si frap- 
pants que nous fournit une récente expérience 
sont parfois beaucoup plus malaisés à saisir, 
à établir. Et ce n'est souvent que longtemps 
après la représentation, qu'une comparaison 
fortuite nous donne une brusque révélation 
de notre mécontentement. 



imilinifrtMtlflÉiturum 




6ALOM E 



23 



Or, c'est là précisément ce que nous voulons faire ici : 
rechercher en quoi notre goût est blessé par une Hélène de 
Sparte, en quoi il était satisfait par la Pelléas et Mélïsande, de 
MM. Debussy, Maeterlinck, Jusseaume et Carré, où tout 
était si exactement assemblé et fondu, que l'ensemble parti- 
cipait de chacun des éléments du spectacle et que, l'œuvre 
totale, en retour, ajoutait à la beauté du moindre détail. 

Quand on voit au Vaudeville M. Sacha Guitry dans la 
Prise de Berg op Zoom on ne sait exactement si le plaisir 
éprouvé vient du charme des interprètes ou de l'esprit du 
dialogue. L'harmonie est parfaite. L'œuvre semble vécue et 
non jouée. Le spectateur croit assister à une exquise 
improvisation . 

C'est d'ailleurs cette impression de divertissement impro- 
visé qui donne toute sa saveur à la reprise du Malade Imagi- 
naire. Et il faut louer M. Antoine qui, sans diminuer la 
vigueur moliéresque, nous a rendu toute la fantaisie du 
comédien-auteur. 

René Blum 








Tous les styles : mille modèles empruntés à tous les âges, 
à tous les pays. C'est Conynck voisinant avec Watteau, 
Romney avec Bertall; c'est l'Écolier de Chardin jouant 
aux Tuileries avec les Petites Filles Modèles. Un chapeau 
d'enfant doit être gai comme un joujou. Les ballets russes 
nous ont légué les rutilants bonnets de peau peinte, les 
rubans historiés, les fourrures givrées de nacre. Tel minois 
ébouriffé s'en accommode mieux que dune forme classique. 
Telle face ingrate s'y égaie d'esprit. L'humour y trouve 
son compte... et l'ambition maternelle. D'ailleurs le joufflu 
placide coiiïé de la barrette de Pétrouchka, et Fanchon 
devenue Infante, n'ont-ils pas l'insouciance adorable et la 
grâce de l'enfance pour porter les modes et les justifier? 





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et modernes pour embellir, orner et décorer les demeures. 



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© TROIS 





IDEES m 



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DE 



COIFFURES NOUVELLES 

Cl j'étais femme — et plût à Dieu que je le lusse! — si 
j étais femme et que le soir quand les violons commencent 
leur vacarme, je faisais mon entrée dans le restaurant à la 
mode, j'aimerais à me garnir le chef d'une de ces coiffures 
charmantes. Blonde, je choisirais une toque noire de panne 
frappée, garnie par devant d'une touffe en poils de skungs. 
Brune, j'adopterais un turban d'or qu'embellirait une aigrette 
blanche. Rousse enfin, je donnerais la préférence à quelque 
bonnet en soie jaune, bordé de plumes de cygne et muni 
cette fois d'une aigrette verte. Si j'étais jolie femme, j'aurais 
également des bijoux, j'aurais des chevaux magnifiques, 
des... mais si j'étais jolie femme, je crois vraiment que cela 

n'en finirait plus. 

Modèles Marcelle Demay. 



POUR LA PROMENADE 




Petite Jaquette de charmeuse capucine, sur une jupe drapée 
de velours chiffon. Le col et les parements sont en Skungs. 

Modèle Zimmermann. 



29 



UNE TOILETTE DE SOIRÉE 



^\ 



jUi donc prétendait que la Fantaisie serait 
reine toujours au pays de la Mode ? 

M. Buzenet, artiste d'un goût sûr et charmant, 

vient de détrôner la Fantaisie. 

Oh! sans coup d'État. Il a seule- 
ment conclu un accord entre la 

robe et le manteau. 

Voyez cette toilette de soirée. 

Le manteau, — c'est 

une simple cape — 

épouse d'abord la 

ligne des épaules, 

puis presque exclusivement 

par sa forme se rattache au 

mouvement de la robe à traîne. 

Pas d'autre artifice, et celui-ci 

est discret, qu'un plissé onduleux, 

vers le bas. Le buste est drapé 

strictement, la silhouette mince, 
modelée en souplesse, s'allonge plutôt qu'elle 
ne s'évase avec la traîne de la robe. Résultat: 
une ligne d'ensemble, développée sans heurts. 
Ce manteau s'ouvre à peu près comme 
une corolle, sur une robe qui est un calice. 

Le résultat obtenu par M. Buzenet 
prouve qu'il y a une architecture 
du costume, dont aucun élément 
ne peut et ne doit être employé 
au hasard. 



f^l 



3o 




A mode actuelle 
impose des dessous 
légers. 

Sur la chemise courte, 
en fin tissu de soie, une 
combinaison de soie éga- 
lement, à mailles serrées. 
. Chemise et combinai- 
sons ne sont retenues sur l'épaule que par des faveurs étroites. 
C'est chez Lemaître, qu'il convient de choisir ces 
frivolités. Il vend aussi les seuls bas de soie élégants. 



3i 



EXPLICATION DES PLANCHES 



PI. I. Ce Manteau pour l'hiver est entièrement de loutre garni de drap d'or et bordé 
de renard blanc. 

* 
PI. II. L'Etoffe dont eut faite cette robe de dîner de Cheruil, est une moire cerise, doublée 
de satin rose. La Taille est très haute et serrée par une large ceinture de satin bleu Dubarry. 

* 
PI. III. Robe de dîner de Dœuitlet. La Jupe est faite d'un enroulement d'étoffe lamée 
noire et or retombant en draperie de chaque côté. La dentelle d'or du corsage est Voilée de tulle 
blanc brodé de diamants et incrusté de tulle noir. Une rangée de diamants borde les manches. 

PI. IV. Costumes "JVorfolk" en "homespun". La Veste du chasseur est à soufflets, celle 
de sa compagne est à plis. 

PI. V. Petit costume tailleur élégant pour la promenade, en drap chamois, bordé de 
zibeline. Le chapeau et le manchon sont assortis. 

PL VI. Robe de Douce t pour l'après-midi, en salin ancien avec effet de double Jupe. Un 
'"Walteau" part de l'encolure et flotte jusqu'à la cheville. 

* 

PL VII. Manteau de Paquin pour le Théâtre, en moire Vieux rose et Velours noir orné de 
broderies japonaises. Le col de skungs descend jusqu'à la taille. 

PL VIII. Robe de dîner de Paul Poiret, en Velours mou blanc recouvert d'une tunique de 
tulle noir brodée de fleurs polychromes. 

* 

PL IX. La tunique de cette robe du soir de Redfern est de blonde sur un fourreau drapé, en 
charmeuse tourterelle. Le dos est "rattrapé" par une écharpe de tulle noir. Un rang de brillants 
souligne le décolleté. Roses de chine à la faille. 

PL X. Toilette du soir de "Worlh, en damas blanc et argent bordé de zibeline. Un noeud 
en chiffon turquoise est attaché à la taille et tombe en un pan jusqu'à la cheville. 

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LETTRE A UNE PROVINCIALE 



Paris, 8 décembre 1912. 

i^ien-CHÈre Agathe, je vous écris dans une pièce où 
l'odeur du camphre n'a pas encore tout à fait disparu 
et se mélange mélancoliquement à l'odeur amère des chry- 
santhèmes. Les meubles, qui, il y a quelques jours, étaient 
rassemblés au milieu de la chambre sous une grande toile 
grise, ont repris maintenant leur place habituelle. Voici, à 
côté de la petite table peinte, le fauteuil dans lequel vous 
vous êtes assise lors de votre venue à Paris, l'autre 
printemps. Il faisait alors un temps doux et gracieux; 
les fenêtres étaient ouvertes. Aujourd'hui, 
rien de pareil n'égaierait votre présence. Le 
soleil est tout emmitouflé de brumes. Aussi, 
pour mieux accueillir votre précieux fan- 
tôme, je vais m' agenouiller devant la che- 




,,''•'1 ■••■•*« 

,'..!■•■■■'' 





minée, et faire crépiter en votre honneur la 
première flambée. 

Je pense que vous n'usez jamais 
de cette affreuse trappe, invention misé- 
rable, sorte de rideau de fer tiré sur 
la belle danse des flammes, et qu'on 
lève toujours trop tard, lorsque le spec- 
tacle est commencé. Je dédaignerai 
cette tôle brutale, sonore comme le 
tonnerre de Calchas, et me servirai, 
pour attiser le feu naissant, du soufflet 
de nos grand'mères, petit accordéon 
pointu, qui répète tout bas aux bûches une haletante 
chanson de vent et d'air, rappelant ainsi au chêne et à l'orme 
les brises de l'ancienne forêt. 

Devant ma cheminée étroite et peu profonde, je songe 
à l'âtre magnifique de votre salon des champs. Laissez- 
moi copier, pour vous l'offrir, cette phrase que le marquis 
de Mirabeau écrivait dans l'une de ses lettres à la fois si 
robustes et si fines : « Le feu tordu au retour, ayant le 
fagot pour base, des souches pour façade et des copeaux 
pour fronton, dissipe l'humidité, et, sauf 
respect, vaut mieux que le soleil. » Ce 
feu-là, c'est le vôtre ; ce n'est pas 
le mien. Ma gouvernante entasse 
sans art journaux, margotins et 
bûches. D'ailleurs, elle ne comprend pas 
mon goût pour ce mode de chauffage. 
Et elle est étonnée que le radiateur 
installé par le propriétaire ne me suffise 
pas. Le radiateur! monstre de fonte qui 




34 




siffle et grommelle, rivé par ses tuyaux à 
la muraille et habillé de ripolin : connais- 
sez-vous rien, chère Agathe, qui donne 
aussi peu envie de rester chez soi? 
Pour ma part je préférerais la rue, cer- 
tains soirs d'hiver, à un intérieur où 
l'on n'aurait pas, pour oublier la bise, 
d'autre secours que le radiateur. Lire les 
journaux du soir, au coin de son feu, en 
pantoufles, avant d'aller dîner en ville, 
c'est, vers six heures, une occupation 
nécessaire et délicieuse. Parfois, laissant 
en plan la « dernière heure » ou le leader 
(comme ils disent) consacré aux graves "■&**•«««,.• 

questions de politique étrangère, on se 
penche vers les chenets, et, les pincettes à la main, on 
rétablit le bûcher miniature sur lequel on tentait de brûler 
et de détruire, comme un condamné, cet ennemi, hélas, 
toujours renaissant: le Spleen d'Hiver. Puis, on quitte à 
regret l'hospitalière chaleur, pour aller trouver dans un 
salon la chaleur entêtante et captive que distribuent sour- 
noisement les radiateurs dissimulés. 

Souvent, pour m'occuper, pour me venger aussi, je tourne 
les clefs de ces appareils sauvagement civilisés. Ainsi tout 
le monde bientôt grelotte-t-il, les femmes demandent leurs 
fourrures et, moi, je propose d'allumer du feu. Mais, de- 
puis que les cheminées ne servent plus à ce pour quoi 
elles ont été faites, la plupart des locataires les ont converti 
en armoires ou en commodes, et l'on hésite, le plus 
souvent, à consumer, même pour sauver de la bronchite 
ses amis les plus chers, les vêtements d'été et les 



35 



chapeaux de paille que l'on réfugie, l'hiver, sous les trappes. 

Il ne reste plus, alors, qu'à quitter la Sibérie de luxe qu'est 
devenue le salon des X... ou des Z... On rentre chez soi, 
et, si l'on ne rentre pas seul, n'est-ce point une des meilleures 
heures de l'existence que celle où, dans une chambre 
close et ténébreuse, naît la douce chaleur et la mouvante 
clarté d'un feu de bois et de pommes de pin? Presque 
contre la cheminée, au pied du lit, se dresse une petite 
table ornée d'un succulent médianoche '. N'aimez-vous pas ce 
mot désuet? Au centre de la table, sur un réchaud de 
vermeil usé, fume un consommé de velours fauve; un per- 
dreau froid, une salade confite, quelque compote faite avec 
une vieille recette forment le menu de cet intime repas noc- 
turne, que l'on arrose, si vous le voulez bien, avec une 
bouteille de ce vin délicieux et rare que je dois à votre 
munificence : le Monbazillac, Agathe, que l'on fait dans votre 
domaine, lorsque le raisin, ayant atteint l'état de «pourri- 
ture noble » et gorgé de soleil, rend son âme odorante et 
sucrée, l'âme même de l'été défunt. 

Ah! que n'êtes -vous là, Agathe! nous trinquerions 

ce beau médianocbe ! Que n'êtes- 



ensemble, à 
vous là !.. . 



la fin de 




Jean-Louis Vaudoyer. 







m 



AJUSTEMENTS 
POUR LES SPORTS D'HIVER 



QUELQUES Parisiennes ont découvert les sports de neige. 
Déjà elles allaient, cliaque année, à Davos, à Saint- 
Moritz, à Grindelwald, contempler le tableau inattendu 
des sommets endormis sous leur parure d'hiver. Mais 
à peine osaient-elles se risquer hors de leurs zibelines pour 
imiter les audacieuses Anglaises, les Allemandes intrépides 
qui, en simple chandail et en jupe courte, s'envolaient, les 
skis au pieds, sur les longues pentes blanches . . . Mais 
voici que nous possédons des stations françaises : la Savoie 
lutte avec l'Engadine, les Vosges combattent les vallées 
Oberlandaises, et Paris s'émeut. Dès que Paris s'en mêle, 
vous comprenez que tout change ... Les grands couturiers 
ont déclaré que les sports d'hiver pouvaient être à la mode. 
Alors, on va se ruer vers Chamonix ou le Revard, on va 
inaugurer des robes nouvelles, des maillots étourdissants 
et des coiffures adorables. On s'est demandé ingénument 
si le ski était un sport « pour les femmes ». Puisqu'il est 
prétexte à toilettes, il ne saurait y avoir de doute. 

Remarquez -le, aucun exercice n'est plus gracieux que 
celui-ci. Et comme le sweater blanc révèle exactement la 




h 



/"?^ 






poitrine harmonieuse et la taille flexible, comme 
la jupe enfantine ne cache point la jambe mus- 
clée et la cheville délicate, 
aucun costume n'est plus 
plaisant. Et quelle séduction 
se dégage des attitudes! Les 
reins se cambrent pendant la 
glissade, et les chutes mêmes ont leur 
charme. Le tapis immaculé qui couvre 
les champs disparus et unit les forêts 
poudrées aux cimes glaciaires, atténue 
les chocs. Sur le soi et dans l'espace, 
nulle poussière ne vient ternir la blan- 
cheur du col souple et les gros gants 
tricotés. Aussi bien, l'humidité n'existe 
pas dans ces parages évocateurs des 
Contes d'Andersen, et le froid sec 
qu'un soleil ardent détruit n'altère 
point les jolis visages. 

Il se dégage des décors une joie 
vive, saine, communicative, et nos 
Parisiennes, en luge, en bob, en ski, 
ont l'aspect d'écolières espiègles. 

La tenue de la skieuse n'est vérita- 
blement élégante que dans le cadre 
qui lui convient. Quand la Parisienne 
essaiera dans sa chambre coquette ou 
dans son boudoir encombré de bibe- 
lots, les souliers à forte semelle, elle 
éprouvera quelque inquiétude. Là-bas, 
au contraire, ces chaussures carrées ajoutent au chic, lui 



42 



prêtent l'originalité d'un travestissement. (Et rien de plus 
aimable que la villageoise de comédie ou la hollandaise 
d'opérette chaussée de sabots.) La jupe, je l'ai dit, doit 
être courte et ne pas dépasser les genoux. Le maillot 
cintré descend presque au bas de cette jupe. Pas de corset 
surtout, pas d'armature, pas de baleines, ni de lacets ser- 
rés. L'esthétique d'un corps se révèle aussi simplement que 
sur les plages. Celles qui redoutent 
l'abandon des supercheries ne doivent 
pas devenir des skieuses. — Elle le 
deviendront toutes. 

Il y a aussi — grave problème! — la 
couleur du costume. L'an dernier le rouge 
et le vert ont fait fureur. Les teintes 
vives prennent sur la neige une valeur 
singulière. J'ai vu aussi des jupes 
rayées noir et rouge, ou quadrillées, 
vert sur blanc. Mais le blanc domine. 
La flanelle blanche, la laine blanche. Et 
les chapeaux seuls ont provoqué des 
inventions délicieuses. Il y a le bonnet 

simple, enfoncé jusqu'au front, 

un bonnet de grosse laine 

pelucheuse avec ou sans pom- 
pon, qui se rabat sur les 

oreilles ou sur les épaules et, 

laissant un espace pour le 

nez, les yeux et la bouche, 
se transforme en passe- 
montagne; il y a des capelines comme en 
portent les babies, capelines de velours 





43 



aux tons crus, bordées de fourrures et nouées sous le cou 
par un gros nœud de soie; il y a les chapes pointues et 

celles dont le bout semblable aux 
voiles qui terminaient les hennins 
des châtelaines moyenâgeuses se 
replie autour de la gorge comme 
un foulard ou comme une écharpe. 
Le jupon est prohibé : la culotte 
de soie on de jersey le remplace. 
Les gants sont épais, serrés au 
poignet par un élastique, ou remon- 
tant jusqu'au coude. 

Mesdames, ne prenez pas des 
skis trop longs. Vous devez pou- 
voir aisément en toucher la pointe 
lorsque vous les dressez près de 
vous. Et, maintenant, équipées, cos- 
tumées, gracieuses, alertes et sveltes, 
courez, glissez sur la poussière blan- 
che, sur de minces lattes de bois, 
sur les traîneaux primitifs, goûtez 
sans effort le délire de la vitesse, 
gagnez les cols 
glacés d'où la 
vue s'étend sur 
un monde ma- 
gique , et lan- 
cez-vous hardi- 
ment vers les 
abîmes ouatés, dans l'air vif et trans- 
parent, dans le silence et la lumière. 





44 





II 

Il y a, dans les grands centres hivernaux, deux types 
distincts de sportsmen : celui qui sait s'habiller et celui qui 
pratique les exercices de plein air: le ski, le bobsleigh, le 
skeleton. Le premier est très répandu; il fréquente la 
pâtisserie à cinq heures et bavarde avec les dames. Comme 
il porte des chandails merveilleusement adaptés à sa taille 
et dont les revers, au cou et aux poignets, changent de 
couleur suivant la teinte du ciel ou des nuages, il est fort 
consulté par les profanes. C'est l'arbitre des élégances spor- 
tives. Il vous indiquera le jour où vous devrez avoir un 
col ouvert avec négligence ou replié avec coquetterie, il 
n'hésitera pas sur la forme du pantalon boufïant ni sur la 
longueur des bandes molletières. Pour la coiffure, il n'a 
pas son pareil et, si vous l'imitez, vous enfouirez vos 
oreilles sous une casquette norvégienne ou sous un bonnet 
de laine, suivant que la bise sera indulgente ou vive. Il 
n'aime pas beaucoup le ski dont la pratique exige des 
efforts (disgracieux, pense-t-il), il méprise le bob, jeu de 
butor, mais il affectionne la luge raisonnable, et on le voit 
quelquefois traîner derrière soi, au bout d'une ficelle, ce 



46 



7v\rr 



petit traîneau-bijou. Il se rend souvent à la patinoire, 
chausse ses patins mais les munit d'un engin qui les 
maintient en équilibre, puis prend le thé 
et fume des cigarettes blondes en regardant 
évoluer les virtuoses. 

Le vrai skieur possède une élégance 
spéciale et qui dégage, si je puis dire, de 
la puissance. On sent que chaque partie 
du costume, soigneusement choisie, a son 
utilité. Les bottes Laupar ou Begsom sont 
faites pour s'adapter aux attaches du ski, 
les hautes bottes de laine, ou les moufles 
montantes le préserveront de la neige et 
du froid. S'il revient quelque soir avec la 
peau brûlée, le passe-montagne descendu jusqu'au men- 
ton, la culotte de loden marquée de bosses à l'endroit 
des genoux et le tour des yeux cerné de blanc par les 
lunettes, c'est qu'il a parcouru dans la journée les 
plaines poudreuses interminables et touché quelque 
glacier pour pénétrer jusqu'au cœur d'un monde ma- 
gique. A l'heure de ce retour, l'élégant sportsman est en 
smoking dans le hall de l'hôtel. C'est à peine s'il tourne 
la tête pour regarder passer son rival — et sourire. 

Georges Casella. 







LA MODE ET LE BON TON 



Il y a dans la maigreur une indécence 
qui la rend charmante » , a écrit Beau- 
delaire, et nous pensons si bien ainsi aujour- 
d'hui, que lorsque nos arrière-petits-enfants 
loin de nous, verront 

Se pencher les défuntes années 
Sur les balcons du ciel en robes surannées, 

elles leur paraîtront si délicieusement menues 
et mièvres, nos robes d'à présent, qu'on les 
croira robes de poupées bien plus encore 
que de femmes, parce que depuis la chla- 
myde de Chrysis jamais on n'employa si 
peu de voile pour couvrir le corps d'une 
femme et que, de plus, cette femme, épouse 
ou amante de l'homme de 1913, ne saurait 
être que diaphane et souple jusqu'à l'invrai- 
semblance. 

j\ue de science, par exemple, pour mar- 
cher avec grâce dans ce vêtement de 
forme florentine en velours noir et profusion 
de putois, dont s'enveloppe la fine madame 
Gentien à l'heure du thé. Et son petit 
chapeau campé sur l'œil par des grosses 
perles invraisemblables, quelle sûreté de soi 
il faut avoir pour le porter sous la gifle 
d'une lumière crue ! Mais les femmes sont 
toujours sûres d'elles, ce qui, pour l'obser- 
vateur, est un divertissement charmant : 
sur une vingtaine, quatre à peine ont réussi, 
mais ne s'en doutent même pas et pro- 
mènent à nos yeux divertis des élégances 
inattendues. 

lOorter ce qui est à la mode... quelle au- 
dace ! Combien peu de femmes doivent 
l'oser? Ce qui est mieux, c'est de porter 
toutes les modes, c'est-à-dire celle qui 



va à cette fine et mièvre Gisèle aux 
mouvement lents, à la démarche hésitante; 
c'est encore ce qui va à la longue et souple 
Ninette dont le regard sombre paraît encore 
plus sombre sous la draperie de ses che- 
veux, faite, semble-t-il, de satin noir. Et 
Suzanne, si petite et si blonde, coiffée 
haut, pourrait- elle, sans erreur, s'enve- 
loppper du manteau traînant à mille plis 
de toge, dont se drape l'étrange et énigma- 
tique Diane? 

Tpn vous habillant pour vous, rien que 
pour vous, vous aurez cette étrange 
attirance qui fit de Sarah en sa jeunesse le 
triomphe de l'élégance et de la grâce, que 
nous avons retrouvée ensuite dans des 
femmes telles que la comtesse Greffulhe, 
la marquise de Dion, M me Henri Letellier, 
la jeune princesse de Brancovan, la mar- 
quise Casati, la duchesse de Chaulnes, 
M me Charles Max et d'autres encore que 
nous admirons tous. 

7V/T e d'Hinnisdal, croisée ces jours-ci, 
était si personnelle et si peu loul le 
monde, coiffée de sa toque blanche dont 
les aigrettes disposées en jets d'eau couleur 
d'or mettaient un rayonnement de lumière 
autour de sa silhouette très persane; elle 
aussi est de ces femmes qui recherchent 
le couturier fantaisiste et le joaillier 
artiste . 

TFVfficilement je crois, nous nous déshabi- 
tuerons des bandelettes et des enrou- 
lements asiatiques et égyptiens qu'affec- 
tionne une autre grande prêtresse de 
l'élégance : la marquise de Brantes. 



Quelques autres femmes, d'un moder- 
nisme assez curieux puisqu'il puise dans 
le "suranné", donnent une note d'élégance 
différente et typique, comme M œe Mar- 
ghiloman, dont la robe "Tissot* portée 
cette semaine à une représentation de 
"l'Habit Vert" ne pouvait passer ina- 
perçue, faite d'un tissu noir, mat et 
profond, savante coquetterie d'un effet 
certain pour l'éclat des épaules et du teint. 

¥3 lus traditionnelle, mais dans une note 
qui va à sa beauté calme, Lady Yvelin 
Guiness s'est montrée un de ces derniers 
soirs dans un enroulement de velours rubis 
tout uni, qui avait un charme passé de mode 
plein de saveur. Elle est de celles qui 
portent aux oreilles les longues boucles de 
brillants effleurant les épaules, et cela lui 
va parce qu'elle a un cou flexible et long 
comme la comtesse Etienne de Beaumont 
qui depuis longtemps a repris à la Casti- 
glione cette mode typique. 

¥ 'Egypte et le Japon influent surtout 
pour la forme de nos robes du soir 
actuellement, mais qui sait si vers la fin 
de l'hiver, certaine robe à volants, robe 
d'ingénue faite de soie pâle et piquée de 
nœuds de velours noir, ne tentera pas 
notre goût, enfin las d'étrangetés ?... Et le 
mantelet de 1875 pourrait bien réappa- 
raître plein d'abandon charmant sur des 
tailles plus souples que celles d'alors... 
Avec le mantelet, le sauh-en-barque qui se 
laisse pressentir déjà dans la veste créée 
cette semaine même, vous verrez... En 
tout cas toujours nos pieds menus ressem- 
bleront à des oiseaux des îles, le jour 
comme le soir, et ce sera adorable sous 



l'écourté de plus en plus accentué des 
jupes, qui consacreront au souvenir de la 
traîne, une manière de petite loque de soie 
ou de drap comme oubliée dans la coupe 
et tramant à terre... 

¥ 'impertinence exquise de nos coiffures 
actuelles persistera longtemps encore. 
Nos chapeaux continueront de dégager ainsi 
tout un côté de la figure auquel l'autre côté 
semble bouder, dissimulé sous ses bords 
tombants à l'excès. Celui-ci, de chapeau, 
ne craignez pas de le porter, il est infi- 
niment seyant, quelles que soient les étapes 
que vous traversiez, parce qu'il dissimule 
si bien la mélancolie du sourire! Les 
femmes l'aiment tant, qu'il semble avoir 
gagné du terrain depuis un an, et que 
même en belles toilettes elles s'en parent, 
fait de brillante soie ou de breishwantz 
fusant d'aigrettes ; elles ont pour lui toutes 
les tendresses, oubliant leurs amours d'an- 
tan, le grand chapeau 1 Fi, qu'il est laid 
et désuet, ce grand couvre-chef tendu de 
velours et empanaché, qui nous fait sourire 
lorsqu'il passe. Aujourd'hui notre manchon 
sera très gros et notre sac petit; notre 
mouchoir très grand; nous ne porterons 
plus de col, ô cela jamais ; nos voiles 
seront à dessins et très enveloppants à 
moins que nous n'en ayons pas du tout pour 
laisser mieux voir un teint chaud, coloré 
comme celui de Dalila auquel prétendent 
les plus coquettes. Des langueurs et des 
vapeurs, nous en ignorerons jusqu'au nom, 
comme de l'amour peut-être aussi, si suivant 
l'opinion d'Ovide : « Toute femme qui 
aime doit être pâle, c'est la seule couleur 
qui lui convienne. » 

Le Bon Ton. 



^^ 




POUR LA NUIT 



ir E matin, en se levant, nos aïeules ramenaient les mèches 
folles de leur chevelure sous le linon, la batiste et la 
dentelle d'un bonnet de nuit. Je les imagine fort bien, avec la 
nuance bleu de roi, fleur de pêcher, aurore ou vert jaune 
pousse d'un nœud de ruban, un peu aplati par le poids de la 
tête et la tiédeur de l'oreiller. On se demande 
comment ce dicton a pu s'introduire dans le 
langage : triste comme un bonnet de nuit! Evi- 
demment, il n'était question là que d'un bonnet 
d'homme, de vieil homme, un bonnet de coton. 
Ces coiffes avaient leur raison d'être, dictée 




49 



par la nécessité. Il faisait froid, dans ces pièces, où ni calo- 
rifère, ni « chauffage central » n'entretenaient une tempé- 
rature égale. 

Cependant, l'habitude de 
porter un bonnet, délaissée 
par les caméristes les plus 
rurales, les portières les 
plus caduques mêmes, re- 
vient à la mode. Certes, 
les appartements sont clos 
et constamment chauffés, 
aussi le gracieux et léger 
petit bonnet n'est-il plus 
indispensable, mais fait de 
rien, improvisé. La fantaisie 
peut avec lui se donner 
libre cours ; mais ce qu'on 
n'avoue point, c'est que 
les bonnets ne sont créés, au fond, que pour Celui qui, 
soir, matin, ou « entre soir et matin » pourra surprendre à 
l'improviste ou en apparence à l'improviste, la 
jeune personne. C'est pour Lui qu'elle veut 
joindre, à l'éclat naturel de ses cheveux, le 
piquant d'un ton de ruban bien choisi, d'un 
chou adroitement piqué près de l'oreille, d'un 
volant de mousseline, dont la dimension varie 
avec l'office qu'on attend de lui. 

La construction du visage est-elle un peu 
fortement charpentée? Vite d'amples garnitures 
au bonnet l'amenuisent aussitôt. Veut-on con- 
server, la finesse d'une tête petite : la coiffe 



5o 








emprisonne étroitement les cheveux et gante 
le crâne. A-t-on apprécié l'espèce de piment 
qu'une nuance ajoute à l'intensité du regard, à 
la carnation : vite un nœud de 
cette nuance, une rosette, des 
comètes légères ou bien, avec au- 
dace, un serre-tête de soie, qui 
fait penser à quelque fringant 
toréador. 

Certaines dames, disons quel- 
ques-unes seulement, ne se contentent point des cheveux 
dont la nature les gratifia. Je sais bien que leur nombre est 
infime et que toutes les femmes, en réalité, possèdent d'admi- 
rables toisons et dédaignent l'adjonction de tout postiche; 
mais admettons que leur nombre soit plus 
grand qu'il n'est. Le cheveu... ajouté risque 
de causer la nuit bien des désagréments, bien 
des surprises... 
Les épingles 
blessent; il faut 
les ôter. Com- 
ment retenir alors les sup- 
pléants? Faudrait-il être hanté 
de la préoccupation qu'ils vont 
choir, rouler dans le lit, glisser 
parmi les draps? Les laisser 
au cabinet de toilette, soit... 
Mais le volume de la tête n'en 
apparaîtra- t-il pas bien diminué? 
Même à des physionomistes 
peu clairvoyants? 







Le bonnet arrange tout. Soit qu'il retienne 
boucles et nattes, dont les racines prirent 
sur d'autres têtes, soit qu'il se 
substitue à elles par son volume 
et donne le change... 

Vive le bonnet! Celles qui ne 
portent pas de cheveux postiches et n'ont aucune 
imperfection à dissimuler grâce à lui, devraient 
l'employer encore, — ne serait-ce que pour 
pouvoir faire, au moment opportun, le joli geste de le lancer 
par-dessus les moulins ! 

Albert Flament 




52 







LE PARAPLUIE 

' ES savants nous affirment qu'il remonte aux époques les 
plus reculées. Sans doute ont-ils raison. Mais moi j'ai 
beau faire, je ne puis imaginer le premier parapluie avant 
Cadet Roussel et Monsieur Dumollet. Je le vois de même 
entre les mains du marquis de Fierdonjon, lorsque ce dernier 
revint de Coblentz, l'épée en verouil et le nez au vent. Et je 
le vois aussi, compagnon et soutien de l'infortuné George 
Brummell, quand exilé loin des clubs de Saint- James, le beau 
déchu s'en allait à pas mélancoliques le long des rues étroites 
de la vieille ville de Calais. Enfin et surtout je le range 
en première ligne au nombre des attributs de Joseph 
Prudhomme. Joseph Prudhomme eut un ventre, des favoris, 
une paire de lunettes; mais en même temps, mais d'abord 
il eut un parapluie. 

Ah! le beau, le digne, l'honnête parapluie! tantôt 
en chêne et tantôt en palissandre, d'abord en gros de 



53 



o 



\ 




Naples ou de Tours, puis en taffetas marron, vert- 
myrte ou bleu foncé, parapluie tout d'une pièce avec 
son manche en forme de massue, son cordon solide 
qu'ornaient deux gros glands de cuir et son chapeau 
d'acier, lequel recouvrait à leur jonction l'extrémité des 
baleines. 

On te retrouve encore parfois dans certains 
greniers de campagne et l'on s'émerveille de ta lon- 
gueur, de ton poids, de tes dimensions fabuleuses. 
Instrument d'usage quotidien, tu sus en ton beau 
temps servir également avec honneur le noble et le 
roturier. Tu fréquentas les réunions de village comme 
les promenades à la mode, tu te 
paras au besoin de nuances glo- 
rieuses, du rose, du rouge-vif, du 
vert-pomme et du jaune éclatant. 
Dans la suite, il est vrai, tu renon- 
ças par degrés à ce rôle décoratif 
et te bornas à des fonctions pure- 
ment utilitaires, de préférence 
même tu te confinas dans certai- 
nes classes de la société, mon 
Dieu, autant le dire tout de suite, 
dans les classes moyennes. Tu 
devins l'emblème du roi-citoyen, l'éten- 
dard du juste-milieu, l'indice de la 

54 






o 



prévoyance et de l'économie, le symbole d'une car- 
rière paisible et médiocre. Bref, si je ne me trompe, 
tu t'égaras tant soit peu dans la bourgeoisie. 

Et pourtant même alors, parapluie de Joseph 
Prudhomme, tu sus conserver je ne sais quoi de 
solide et de solennel, propre malgré tout à nous 
imposer le respect. Tu persistas à peser un kilo 
cinq cents, à te vendre quarante, jusqu'à soixante 
francs, à demeurer scrupuleusement fidèle aux destins 
d'une même famille, abritant tour à tour le grand- 
père, le père et les petits enfants. 

Ah! malheureux, quand on songe où tu en es 
aujourd'hui! Quel changement, quelle chute, quelle 

disgrâce irrémédiable! 
D'abord la jeunesse élé- 
gante ne veut plus de toi, 
et d'autre part les petites 
gens chez lesquels tu fré- 
quentais, ont trouvé moyen 
de te réduire à leur taille. 
Mais regarde-toi, infor- 
tuné; prends au moins 
conscience des métamor- 
phoses dont tu as été vic- 
time! A quoi ressemble 
manche fait de pièces et 




ce 
de 



55 



morceaux, ces baleines qui ne sont pas des baleines, 
cette soie qui n'est plus que du coton! Au surplus, je te 
le demande qu'est-ce qu'un parapluie qui se vend six francs, 
cinq francs, trois francs quatre-vingt-quinze ! 

Roger BOUTET DE MONVEL. 



P. S. Un dernier mot, je me suis trompé. Une âme 
charitable me prévient à temps que le parapluie de nos 
pères renaît et s'impose à nouveau. Qu'on ne vienne donc 
plus nous parler sans cesse du «pépin aiguille». Les gens 
avertis en exhibent au contraire de fort épais, avec de 
gros manches bruts et de gros bouts. Les hommes adop- 
tent de préférence un bois clair tout uni, les femmes une 
pomme de lapis ou 
tient encore à la cou- 
soie; mais des auda- 
poignées du tradi- 
cuir et tout cela, 
sait déjà. Ce que 
loin du monde et 




de cristal. On s'en 
leur noire pour la 
cieux ornent leurs 
tionnel cordon de 
paraît-il, chacun le 
c'est un peu de vivre 



ans l'ignorance 




«fie Oia/vC)ru?vvv, [% asti-: €*. botofr^, -rJ-U*vnoC<> 



V»-<**4TW h** 



LE GOUT AU THEATRE 



AN est certain, avant d'écouter une comédie de M. Paul 
Hervieu, qu'on éprouvera un plaisir d'une qualité très 
particulière. Le souci de l'expression de sentiments recherchés 
dans l'étude de conflits sobrement dramatiques donne au 
théâtre de cet écrivain une vigueur à quoi ne saurait résister 
le spectateur, même prévenu. Il n'est pas d' œuvre moins 
vulgaire que celui de M. Hervieu qui, à toutes les situations 
sait donner une noblesse et un style qui les rehaussent, les 
marquent d'une très ferme personnalité. 

Peut-être même l'auteur de Bagatelle pousse-t-il trop 
loin cette volonté d'imprégner toujours de sa propre pensée 
celle de ses héros, de prêter son talent aux individus 
les plus médiocres nécessaires à l'action. L'art de l'auteur 
consiste à amplifier sa pensée à mesure que le drame se précise, 
jusqu'au moment ou celui-ci atteint à son intensité. C'est à 
cet instant que l'écrivain doit se substituer à ses personnages 
et prendre la parole en leur nom. Le poète de théâtre le plus 
lyrique sait être familier quand les nécessités de l'exposition 

5 7 



commandent. Ce n'est que lorsque naît la 
lutte des sentiments que l'on peut s'aban- 
donner à l'inspiration. Le public doit être 
dupe. Ce mécanisme, si l'on peut dire, 
reste invisible même pour l'écrivain qui 
est guidé à son insu. Cet art de graduation 
est inné chez l'homme de théâtre. 

C'est là d'ailleurs la seule restriction 
que l'on puisse faire à son plaisir. En 
écoutant une pièce de M. Paul Hervieu 
où l'auteur a voulu raviver cette grâce qui 
nous avait fait tant aimer Peints par eux- 
mêmes et les premiers romans, on ne peut 
reprocher que ce sentiment de gêne dû à 
une étroite probité, probité qui, disons-le, 
a ses avantages et rend à l'art littéraire 




Ey/rW*. M 







(& fyjx^-rv*^ 



ce qu'elle prend au métier dramatique. 

Secondée par des interprètes de la qua- 
lité de M mcï Bartet et Cerny, Bagatelle est 
une œuvre tout à fait digne de notre 
premier théâtre, mais il faut s'étonner de 
la pauvreté et de la sécheresse d'une mise 
^^ en scène désuète, qui ne doit rien aux 

perfectionnements que tâchent de réaliser 
depuis quelques années, maints artistes 
novateurs et originaux. 

Au théâtre de la Renaissance, M. Tar- 
ride a encadré de décors, de tableaux et 
d'accessoires ingénieusement choisis, de 
meubles nouveaux créés par M.. Groult, 
une pièce adroite mais qui manque par 



58 




bornât' HoJxJr<trJc 



trop d'audace. L'Idée de Françoise, de M. Paul 
Gavault, est un divertissement aimable, qui 
sans jamais choquer le goût parvient rare- 
ment à le satisfaire. 

Le souci du cadre, de son adaptation 
à l'œuvre, constituent la préoccupation 
dominante de M. Jacques Rouché. Mais 
le théâtre des Arts, en montant le Grand 
Nom, n'a point, cette fois -ci, demandé à 
M. André Marty une création. En exagé- 
rant le style munichois, en accusant les 
imperfections de cet art pesant, le spiri- 
tuel dessinateur a fait plutôt travail de 
critique; ce qui s'accordait fort bien avec 
une pièce, où deux adroits vaudevillistes 
ont traité un sujet impli- 
quant une belle étude 
L'intention parodique, si 



p sy chologique . 
apparente pourtant, de M. André Marty 
n a pas été comprise, mais il faut espérer 
que l'on s'accoutumera à un mode de 
démonstration qui peut être très efficace 
et, en heurtant notre goût, lui rendre sa 
véritable direction. 

Le public qui n'aime point à se laisser 
dominer par les écrivains, accorde toujours 
sa faveur à ceux qui le satisfont, tout en 
feignant de le rudoyer quelque peu. Et 
cette inclination explique le succès persis- 
tant de MM. de Fiers et de Caillavet. Ces 
deux auteurs, qui sont gens de talent, 



5 9 




excellent à broder sur un tissu banal des scènes brillantes 
semées de traits pris à l'actualité. Leur intrigue admira- 
blement équilibrée, leur verve savamment dosée laissent 
au spectateur cette impression de sécurité qu'il demande 
avant tout, qui lui fournit l'illusion de l'œuvre d'art. Ainsi 
l'apprenti mélomane venu pour s'efforcer de saisir les 
beautés secrètes d'une symphonie difficile, pâme d'aise 
quand, sous le contrôle d'une étiquette sévère, il entend une 
valse lente au rythme facile. Son instinct qui le guide vers 
le factice, sa volonté soucieuse d'art pur se trouvent égale- 
ment satisfaits. Il froncerait le sourcil en écoutant la valse 
lente au music-hall, mais quand il la savoure dans un grand 
concert sa réputation est à l'abri. Cette superstition n'est 
pas étrangère à l'accueil fait à l'Habit Vert, joué par des 
artistes qui s'adaptent parfaitement à leur 
rôle, qui ont l'habitude d'un brillant dia- 
logue dont ils savent faire scintiller le 
moindre éclat. 

La concordance parfaite entre les divers 
éléments dramatiques, qui contribue au 
triomphe de Y Habit Y ut, manque au Diabk 
Ermite. La pièce de M. Lucien Besnard 
est d'un charmant tour d'esprit, mais elle 
hésite entre deux genres. En la dédoublant, 
son auteur eût obtenu un joli marivaudage 
et une œuvre plaisante, qui eussent l'une 
et l'autre parfaitement réussi. Telle qu'elle 
est, elle ne manquera pas de satisfaire les 
délicats de qui l'approbation doit être plus 
sensible à M. Besnard qu'un succès bruyant. 

René Blum. 




a^^TO^W 



60 



DEUX COSTUMES POUR LES SPORTS D'HIVER 




L'un des sweaters, à damier vert et blanc, est de pur 
cachemire; l'autre, rouge, est en tissu de soie à mailles 
serrées. Les toques sont assorties et le cache-nez est 
tricoté en laine des Pyrénées. 

Modèles James et C°. 
6, 




Grand Manteau d'hermine garni d'un col de zibeline 

Modèle Max-Auspih.. 
62 




C'est chez 
et élégants 
toilette ou 



OBJETS DE GOUT 

Sormani que se rencontrent les élégantes 
préoccupés du choix d'une garniture de 
d'un joli cadeau sortant de la banalité. 



63 



EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. I. Robe du soir en moire cerise. Le corsage est en tulle perlé. Le col et les manches du 
manteau de Velours Vert broché sont de renard gris, doublées d'hermine. 

PI. II. Il porte te sweater blanc de laine d'Ecosse, les knickerbockers de loden ras et 
les hautes jambières en mêmr étoffe plus claire. — Elle est Vêtue d'une jaquette de laine foulée 
et doublée de poil de chameau, la jupe est en Irish-hUeed. 

PI. III. Robe de dîner de Dauillel en salin rose chair entièrement recouverte d'un fourreau 
de petites perles de jais. La ceinture bleu porcelaine se termine par un motif de diamants. 

PI. IV. Robe de soirée de Doucel en satin noir bordé de skungs et recouverte d'une tunique 
drapée de Malines. Le manteau de Velours noir est doublé d'une soie à ramages. Le col et les 
manches sont en renard blanc. 

PI. V. La robe de visite de Paquin est en drap de soie noir. La jaquette en natté de soie 
jaspé de métal et rebrodé de roses d'ispahan est bordée de skungs. 

PI. VI. Manteau de théâtre de Paul Poire l en drap de soie jaune auréolin garni de skungs. 
Les emmanchures et l'agrafe sont de broderies du même ton qui laissent apercevoir la doublure 
de satin Vert bleu. 

PI. VII. Cette robe de dîner de Redfern est faite d'une tunique drapée en crêpe japonais 
broché de chrysantèmes sur un fourreau de charmeuse Vert lumière. 

PI. VIII. Robe d'après-midi de Worth en moire taupe bordé de skungs noir ainsi que la 
jaquette « Moscovite » dont le col est d'Irlande et la ceinture de soie bleue Gentiane. 

PI. IX. Robe du soir de Chéruit en satin souple blanc et en drap d'or garnie d'un panier de 
tulle noir sur une fausse jupe en grosses perles de jais. Le corsage est de soie ancienne 
brochée d'or. 

PL X. Costumes de promenade pour enfants. Claude est Vêtu d'une pelisse de Velours à 
brandebourgs garnie de castor; la douillette de sa sœur est de drap bordé de Vizon. Leurs 
coiffures sont assorties. ^17 m lT*"* 

Imp. G. Kadar. ( 2$ \J\ Lucien ^"°ë^> Directeur-Gérant. 

3 «■»«!■* S 



& 



■ 



TU 




LA FEMME AU PARAVENT 

I oileéte de cour 




Costume dkonime ei de femme pour les Spores dliiver 




FAITES ENTRER ! 

Robe Je Jîner Je Dceuillet 




LE SOIR TOMBE. 

Rote du soir de Doucet 




LA BELLE AUX MOIN 

Rolbe de Visite de Paqnxm 




SERAIS- JE EN AVANCE? 

/ lanéeau de ia.ea.ire de Paul Jroiret 



\p%è*£*iB*-<-~ 




Lobe de dîner de Redfern 




i »****. S>-J»V»CLC*jA. 



tgnu. 



ENTRE CHIEN ET LOUPS 



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LETTRE A UNE PROVINCIALE 



22 Décembre 1912. 




GATHE, mon amie ! sans doute êtes-vous déjà 
accoutumée à l'hiver et courez-vous les champs 
avec une intrépide allégresse, les joues couleur 
de fuchsia et le nez glacé. Je vous vois, sur la 
lisière de cette forêt où les mûres abondent en 
septembre, et où, maintenant seules, les dernières prunelles, 
houssées de givre, brillent comme de modestes petits joyaux, 
oubliés par l'automne défunt. 

Dans la M.aison~de-Thé chaude et parfumée d'où je vous 
écris, Agathe, je songe au goûter que vous faites sous l'hospi- 
talière lampe à huile, entre votre chatte Gérémia et vos deux 
chiens Sperelli et Galandot; je songe à vos costumes de 
bomespun et de domgal, qui ont les teintes de l'écorce et du plum- 
cake, à votre petit chapeau de feutre fauve où brille un éclatant 
bouquet fait de plumes variées: geai et faisan, perdrix du 



65 




Japon, canard, cingalais. Et peut-être 
regrettez- vous, à cette heure, ce thé si élégant 
et si peuplé, où les femmes sentent si bon et 
sont si bien habillées, qu'elles ont toutes l'air, 
d'abord, d'être très jolies. 

Combien j'aime cette mode, qui semble 
vouloir durer, et qui conseille aux femmes de 
vivre du matin au soir le cou nu ! Vous sou- 
venez-vous de cette époque, où, encore jeune 
fille, vous portiez, des épaules au menton, des 
cols hermétiques et intraitables? Il y avait 
dedans de véritables baleines destinées à les 
soutenir, et qui laissaient toujours des marques 
sur votre peau charmante. Impardonnable cruauté ! Aujour- 
d'hui les femmes montrent leur cou et un coin de cette 
délicate partie qui n'est pas encore la gorge, mais qui l'an- 
nonce si discrètement. Pour encadrer ce vivant trésor, souvent 
enguirlandé de perles, des couturières et des lingères 
combinent des cols et des revers aux formes simples mais 
inattendues, parfois inspirées par des costumes militaires et 
révolutionnaires, ce qui donne à la plus pacifique d'entre 
vous l'aspect de cette Théroigne, « amante du carnage », dont 
vous connaissez l'histoire faite d'héroïsme et de crapulerie. 
Mais à ces cols pleins d'une négligence rusée 
ie préfère encore, pour entourer ce diurne décol- 
letage, la marge épaisse et lustrée d'une belle 
fourrure. Quel luxe, dont la poésie est volup- 
tueuse, dans le spectacle d'une chair douce et 
éclatante, entrevue par l'hiatus d'un manteau de 
zibeline ou de renard! Et l'imagination ne peut 
point ne pas rêver à l'aimable, facile accueil que 




66 




doit réserver, au secret de ces pelleteries tièdes, la plus 
belle au plus amoureux. 

...Abandonnons, Agathe, de semblables perspectives. 
Avez-vous reçu le divin dessin de Prud'hon que j'ai pu avoir 
pour vous à la vente Rouart, comme vous me l'aviez 
demandé. Quoi de plus mélancolique que ces ventes 
où l'on voit s'effriter des collections, qui, comme 
celle-ci, sont déjà en elles-mêmes des chefs-d'œuvre? 
Rien, dans la collection Henri flouart, n'était acheté 
par engouement ou vanité. Aussi y avait-il 
entre ces innombrables œuvres une harmonie 
profonde et mystérieuse, de véritables liens 
d'amour, maintenant rompus et détruits. Dans 
l'hôtel de la rue de Monceau, les tableaux, des 
corniches aux plinthes, couvraient les murs. 
Ah ! tout cela était arrangé sans artifice : se 
penchant vers un coin sombre, on y découvrait 
un Corot d'Italie, une petite toile sincère et 
discrète où le vert robuste des yeuses faisait 
au ciel le plus pur comme une coupe de bronze. 
J'ai suivi ces tristes jours de vente, et vraiment, Agathe, 
j'avais le cœur serré. Vous me montrerez, parfois, n'est-ce 
pas, votre Prud'hon couleur de lune et d'ombre, dont je 




6 7 



dirais qu'il vous ressemble si le costume de cette déesse 
était plus complet. 

A propos de costumes, — et je vous jure que je ne cherchais 
pas cette transition — j'ai été l'autre jour passer une heure 
dans un endroit clos et protégé, où douze dames et jeunes 
filles étaient habillées, bien que nulle plage ne fut proche, 
d'un noir maillot de bain. C'était au cours de gymnastique 
rhythmique que professe M.. Jean d'Udine. Imaginez, 
Agathe, que le parquet soit soudainement devenu un vaste 
tableau noir posé horizontalement. Sur ce tableau-parquet, 
M.. d'Udine fait évoluer ses élèves comme les éléments 
d'une géométrie vivante, capable, à ce que j'ai vu, de 
réaliser les plus gracieux problèmes, Je suis bien certain 
que vous vous passionneriez pour cet intelligent et subtil 
exercice. 

Allons, adieu, vous qui me manquez tant ! Je vous 
envoie, pour vous distraire et pour vous enivrer, le bel 
album de musique que vient de publier Reynaldo Hahn. 
Par lui, vous irez à Versailles et à Constantinople, et, si 
vous jouez quelque soir cette Danse de l'amour et de l'ennui qui 
se trouve à la page 49, songez à votre ami, qui, loin de 
vous, pense à vous, 

Jean-Louis VAUDOYER. 





deshabille: 



j[ TNE simple rose dans les cheveux, désirait Gautier pour 
les dames. Voilà bien de ces romantiques! Et la 
décence? Je dirais même: Et le plaisir? — Habillez-vous 
le plus possible avec des choses très compliquées à dégrafer : 
ce n est que plus agréable à enlever. Voilà le conseil sage 
du raffiné. Je vous en prie, Mesdames, écoutez-le. Et 
pénétrez-vous bien de ce principe que moins on voit plus 
on devine, et que plus on devine, plus on se pique. C'était 
l'esthétique de Mallarmé. Elle était redoutable quand il 
s'agissait de poésie, mais sa vraie application, c'est la toilette. 

69 




Aussi bien laissez deviner le plus de 
choses : il ne vous en coûtera rien, 
peut-être, de ne pas tenir vos pro- 
messes, mais il y aura bien du plai- 
sir pour qui vous savez, si elles sont 
fondées. C'est dans le déshabillé que 
la réserve a le plus de charme. Vous 
le soignerez donc. 

Faites-vous grasse matinée? J'y 
consens. On vous porte votre cho- 
colat, bien battu, dans votre lit. Se- 
rez-vous décoiffée, paraîtrez-vous les 
cheveux en désordre, avec des fri- 
sons rebelles à vos tempes ou sur la 
nuque? Non point. En attendant que 
vienne M. Fernand, le coiffeur, 
nouez une étoffe légère autour de 
votre tête: 
mousseline 
blanche, gaze 
argentée, ma- 
dras teint des 
plus fraîches 
couleurs. Ser- 
rez bien, et de sorte que seule dépasse 

la pointe rose de l'oreille; et sur le 

front, ramenez la draperie en bandeaux 

croisés ; assurez le nœud d'une agrafe : 

cornaline, turquoise ou camée. Vous 

voilà sultane. Rien de mieux porté. — 

L'aigrette a son prix aussi. Mais au 




7 o 



lit, ce n'est point commode. — Coifïée de la sorte, vous 
pourrez faire ruelle : c'était un usage de chez nous, autre- 
fois; et charmant! 

Je sais que vos chemises sont d'un linge fin et ravissant. 
Mais combien indiscret! Est-il fait d'ailleurs 
pour donner de l'admiration à vos fournisseurs \ 
Ce sont, vous le savez, vos visiteurs les 
coutumiers, entre onze et midi. Vous ne le 
montrerez donc point. Et, 
en outre, à vous promener, 
toute uniement vêtue de bap- 
tiste, fut -elle accompagnée ..;/ 

des plus folles dentelles, si 
vous êtes vive et tentée par les 
soins du ménage — cela s'est 
vu — vous risqueriez l'indis- 
crétion des courants d'air. Ne 
serait-ce que pour glisser de 
votre ht dans votre bain, à %«£$■ 
plus forte raison pour sortir 
de celui-là, passez un saut du 
lit ad hoc. Rien de plus laid 
que le tissu éponge. Bannis- 
sez-le. Pourquoi pas du pa- 
pier buvard? Vous préférerez 
quelque vêtement large et 
souple, et mol et chaud. Vous 

avez dans le choix très vaste qui s'offre à votre goût toutes 
les illusions bienheureuses d'un beau voyage matinal en orient. 
La Chine a des étoffes multicolores mais déjà beaucoup 
portées; le Japon, des kimonos qui sont commodes; la 




71 



gandourah tunisienne a ses mérites; le 
péplum, bien qu'athénien, n'est guère 
recommandable : il laisse le bras nu. 
C'est flatteur, mais dans nos climats, 
cela enrhume. Il est entendu que ces divers 
vêtements ne sauraient être découpés que dans 
des étofïes très flottantes, et de couleurs vives. 
Laissez le rose aux jeunes filles, et le bleu 
tendre à leurs mamans. Pour vous, remettez à 
des peintres — vous en comptez dans vos amis 

— le soin de vous trouver les coloris les plus 
rares, les nuances les plus hardies : citron, vert 
cyprès, taupe, bleu de roi, outremer, rouge 
étrusque. Auriez- vous peur de la couleur? 
Gardez seulement pour vous le soin d'appareil- 
ler à la nuance de vos pensées celle de votre 
déshabillé matinal. 

— De quelle couleur est mon cœur, aujour- 
d'hui? Fumée? Gris souris? Ciel de Londres? 

— N'hésitez pas : vous voilà ciel de Londres 
jusqu'à deux heures. Chacun dans votre entourage saura 
à quoi s'en tenir. — « Madame à son « ciel de Londres » 
aujourd'hui. Prenons garde à ne point trop claquer les por- 
tes... » — Vous voyez : c'est tout bénéfice. Êtes-vous gaie? 
Vous voilà revêtue d'un jaune éclatant. « C'est beau, le 
jaune! » dit un jour le peintre Van Gogh. Sur quoi, pour 
bien marquer l'éclosion d'une pensée à ce point définitive, 
désespérant de jamais trouver mieux, il prit un rasoir et 
se coupa l'oreille. — Pensez à Van Gogh, quand vous 
aurez sujet d'être mélancolique. 

Je vous vois, tel autre matin, ni gaie, ni triste, mais 




72 



dans les dispositions de cœur d'une jeune fille au lendemain 
de son premier bal? Vite ce négligé charmant de vigogne 
blanche à parements et col de cygne. — Tous les espoirs 
vous sont permis... 

La Perse vous tenter ait- elle? Aimeriez-vous porter 
culotte? Dans la rue, cela est voyant; mais chez soi, chez 
vous, madame, essayez-en : je vous vois très bien dans un 
de ces pantalons très bouffants qui s'évanouissent à la 
cheville, et laissent voir dans sa mule étroite un pied menu, 
une attache exquise. Pâle, le pantalon; et la tunique, courte, 
plissée, à taille haute, avec des basques, d'un ton qui 
tranche. Il va de soi que le jour où vous porterez ces culottes, 
vous ne sauriez admettre sous aucun prétexte que Monsieur 
votre époux ou votre jeune frère se montre devant vous 
autrement qu'en robe. 

Vous voilà, Madame, avertie, je pense. Vous hésitez? 
Mille étoffes se prêteront à vos fantaisies : les pelucheuses 
et les satinées, les tapageuses et les discrètes — marmottes, 
charmeuses, zénanas, ratines, soies peintes. Fortuny en a 
fait d'exquises. Déshabillez-vous avec fantaisie. Le saut du 
lit, le petit lever, le petit coucher l'exigent : la grâce aussi. 

Emile Henriot. 






LES PENDANTS D'OREILLE! 




L paraîtrait, à en croire les personnes 
bien informées, que la mode des pen- 
dants d'oreilles ne doit pas tarder à 
renaître. Cette importante nouvelle, en 
même temps qu'elle fera la joie des fem- 
mes qui possèdent de jolies oreilles, fera 
le désespoir de celles que la nature n'a 
point à cet égard favorisées de particulière 
façon : ce qui n'empêchera point, d'ailleurs, ces dernières 
de faire comme les premières, c'est-à-dire tout comme si 
elles étaient aussi bien douées qu'elles et de ne pas hésiter 
une minute à adopter un objet de parure dont le premier 
avantage ... ou le premier inconvénient est sans doute, de 
même que tous les autres objets de parure, d'attirer les 



7A 




regards sur la partie du corps qu'il est 
destiné à orner. Eh quoi! combien de 
femmes porteraient des bagues si n'en por- 
taient que celles qui ont des mains im- 
peccables ! 

Quoi qu'il en soit, accueillons avec 
faveur et sans étonnement le retour des 
pendants d'oreilles ; ce qui eût été éton- 
nant, c'est qu'un objet de parure tel que 

celui-ci — dont l'origine se perd dans les ténèbres de la 
plus lointaine préhistoire, car l'on ne risque rien à affirmer 
que le pendant d'oreilles est aussi vieux que l'oreille 
elle-même — ait pu disparaître pour jamais de l'arsenal où 
les filles d'Eve, bien plus respectueuses que l'on ne croit 
des traditions, conservent soigneusement toutes les armes 
de séduction qu'ont inventées pour elles les hommes au 
cours des siècles, et qu'elles ont aussi inventées elles-mêmes, 
afin de paraître plus belles et d'être plus irrésistibles. 

Donc, nous allons revoir se suspendre et se balancer 
au lobe des mignonnes oreilles de nos beautés, les boucles 
et les pendants de pierreries, les anneaux et les glands de 
diamants et de perles, qui mettent sur la matité du cou et 
dans l'or ou l'ébène des cheveux un étincelle- 
f y / ment. Est-il bijou qui prête à plus de fantaisie, 
/ qui laisse un champ plus libre à l'imagination des 
artistes, et quand ils ne feraient que s'inspi- 
rer, pour les moderniser et les approprier au 
goût de l'heure présente, des créations de leurs 
devanciers égyptiens ou étrusques, assyriens ou 
grecs, byzantins ou renaissants, phéniciens ou 
romains, peut-on douter qu'il ne façonnent d'ex- 




7 5 




quises choses parfaitement conçues en vue de donner 
un charme de plus à la manière d'être belles des 
femmes d'aujourd'hui, car on sait bien que chaque 
époque a sa façon de concevoir et d'orner la beauté 
des femmes. Nous reverrons donc, renouvelés des 
temps lointains ou des époques relativement récentes, 
les pendants d'oreilles qui firent la joie de nos immé- 
moriales aïeules et de nos grand'mères, de celles qui 
souriaient à la lumière alors que Pénélope brodait 
et de celles qui acclamaient à son retour d'Egypte 
« le Corse aux cheveux plats », de celles qui sur la place 
de Sainte-M.arie-des-Fleurs, dans les atours où se survivent 
à nos yeux émerveillés les femmes de Botticelli et de Filippo 
Lippi, assistaient au triomphe de "la Bella Simonetta", 
et de celles dont Gavarni dessinait les toilettes sous le 
régne de Louis-Philippe le Magnifique... et ce sera char- 
mant. 

Vous rappelez-vous ces pendants d'oreilles en ors, de 
couleurs et topazes, en or estampé et gravé, aux ornements 
en cannetille et en graineti, et ceux, en corail taillé, sculpté 
dans le genre des camées, et ceux formés de camées, suspen- 
dus par des chaînettes, que l'on portait sous la Restauration? 
N'avez-vous jamais retrouvé dans quelque vieux coffret à 
bijoux recouvert de velours bleu de roi et agrémenté 
de ferrures niellées, de ces pendants d'oreilles repré- 
sentant des hottes de fruits, des amphores se balan- 
çant accrochées par leurs anses à des barrettes 
transversales qui ont la forme d'haltères, ou encore 
de petits paniers dans lesquels de gentilles cocottes 
couvent leurs œufs, ou encore un colibri la queue en 
l'air, les ailes ouvertes, en train de se poser sur un 

7 6 








cercle de pierres précieuses, ou encore une 
clochette d'or au bout d'une chaîne... ou des 
motifs égyptiens, grecs, étrusques en jade et 
en or, ou deux seaux de fruits retenus par 
une corde à leur poulie, ou des sirènes d'émail 
à la queue desquelles des perles se suspendent, 
ou toutes de joaillerie, nœuds de rubans, treil- 
lis, volutes fleuries, grappes de raisin ou de gros anneaux 
d'or encerclant des perles de corail mobiles, ou des disques 
volumineux aux pendeloques en longues gouttes d'or mat et 
filigrane, ou des paons de diamants rouant dans l'orbe d'un 
perchoir circulaire de diamants, ou des médaillons d'émaux 
peints montés dans des feuilles de lauriers Louis XVI... que 
sais-je encore? tout ce que la fantaisie humaine peut 
inventer et approprier à une destination particulière. . . 
sans parler de ces pendants d'oreilles de deuil, en 
jais, qui furent si longtemps à la mode et ne peuvent 
manquer de l'être encore, à cause de leur éclat 
ténébreux et à cause, aussi, qu'ils font si finement 
valoir, en les rendant plus mates, les carnations sur 
lesquelles ils mettent leur note sombre aux étranges 
et mystérieux reflets... Soyez sûrs que nous allons 
revoir tout cela, et que personne ne songera à s'en plaindre. 
Ne sera-ce point plaisant, en effet, que les 
femmes de ce début du XX e siècle se donnent 
un peu, de temps en temps et tour à tour, les 
airs de leurs aînées qui posèrent pour Ingres et 
pour Ricard, pour Wmterhalter et pour 
Cabanel, pour Delaunay et pour Ste- 
vens, pour Dubufe et pour Hébert. Oui, 
ce sera charmant. 



77 





Et puis je le répète, les artistes, les artisans man- 
quent-ils, au métier sûr, à l'esprit d'invention fécond, qui 
sauront renouveler les formes et les motifs de jadis et de 
naguère; un Lalique, un Vever, un Linzeler, un Iribe, un 
Fouquet, un Follot, l'auteur lui-même des jolis croquis qui 
illustrent ce texte, ne sommes-nous pas certains qu'ils vont 
composer, avec les éléments infiniment divers, avec les 
matériaux précieux dont ils disposent, émaux, pierres de 
couleur, perles, diamants, les délicieux bijoux du chatoie- 
ment desquels les oreilles des « belles écouteuses » s'em- 
belliront en écoutant les plus récentes pièces de piano ou 
les Chansons de Biliïis d'un Debussy ou la musique silencieuse 
des aveux qui sont à peine des soupirs . . . 

Gabriel M.OUREY. 








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LES 



MANTEAUX 
D'ENFANTS 



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CI vous quittiez vos rugueuses Cévennes, chère marraine, 
pour les allées du Pré-Catelan, j'imagine vos éclats à la 
vue de votre filleul : « Qui est cet enfant coiffé comme un 
sauvage, et vêtu en tout d'une casaque? L'étoffe a manqué 
pour lui faire un jupon? » — C'est votre Jacquou, marraine, 
mis non pas en sauvage, rassurez-vous, mais en petit 
boïard. Son bonnet et sa confortable pelissse lui viennent 
en droite ligne du lointain Zakopane. Ils sont de fourrure 
et drap blancs, passementés en couleurs pimpantes; sous 
le court vêtement, les guêtres montent au-dessus du genou 
et s'ornent de broderies pareilles. C'est là le dernier cri. 
Mais n'allez pas croire, marraine, que la fantaisie nous 
égare : jamais nos enfants ne furent mis plus à l'aise, jamais 
mieux servie leur ardeur bougillonne. Les jupes écourtées 
les laissent courir à leur guise. La mode n'exige plus 
qu'ils gercent leurs jambes nues au vent d'hiver. Voici 



79 




revenir les solides jam- 
bières et les fins bas 
de laines. 

Plus de cols engon- 
çant dont les agrafes 
torturent, — ils s'éva- 
sent en « roulés » qui 
dégagent la nuque, ou 
se cassent en revers 
couchés sous des bran- 
debourgs. Plus de pè- 
lerines ! mais de larges 
emmanchures où nos 
épaules sont fibres. 
Plus de parapluies, surtout! Que l'eau du ciel tombe sur 
nos têtes !... Nous avons des imperméables à capuchons. 
Et des poches! nous voulons des poches. 

— A moins, disent 
les petites filles, que vous 
nous donniez des saco- 
ches à longues franges. . . 

— « Mais le plus 
joli de tout, » m'expli- 
que Aliette, « c'est un 
bracelet-montre! » et sa 
cousine d'ajouter rê- 
veusement: « J'en aurai 
un aussi, quand Papa 
sera riche... lundi peut- 
être? » 

Persil. 




80 



*\ 




- PROPOS DE BOTTES 

TQENSÉE : « C'est tenir le bon bout pour juger du monde 

que de l'envisager par le bas. » 

L'usage de se chausser étant de nos jours universel- 
lement répandu, ceux d'entre nous qui y renoncent encourent 
notre dédain ou notre pitié, car c'est un des symptômes du 
dénuement. Le plus ou le moins de chaussure, pour cette 
raison, présenta de tout temps le signe de distinction, de 
démarcation des castes et le luxe dans cet engin de toilette 
fut souvent la préoccupation des tyrans, désireux d'en 
réserver la jouissance à une seule élite à l'exclusion du gros 
de leurs sujets. 

Aujourd'hui que les édits royaux sont remplacés en 
plusieurs cas par l'ordre naturel des choses et que les dis- 
tinctions subsistent parmi les hommes, la chaussure est 
demeurée l'étalon de la valeur sociale. Un nivellement 
pourtant s'est manifesté dans la chaussure contemporaine, 
imposé par l'expansion industrielle transatlantique; nous 
n'avons pas à nous en plaindre : en eifet, nos bottiers 
modernes, gagnés par une émulation louable, afin de rétablir 



"f\\ 











une inégalité nécessaire se sont 
surpassés et ont conduit jusqu'à 
la perfection leur art si délicat, le 
variant à l'infini pour la joie des 
connaisseurs et l'usage des privi- 
légiés. 

La guêtre rapportée, quadril- 
lée, beige ou blanche tendrait à l'emporter, 
ce me semble, sur les tiges fantaisistes, de 
couleur, cela est plus hivernal et donne 
l'impression de confort; certes, la finesse 
des attaches en souffre, mais le pied 
féminin n'y perd point en petitesse, il est 
d'ailleurs cambré et loin du sol grâce au 
talon bottier qui le surélève de plusieurs 
pouces. 

Si nouvelles que soient les modes ici 
décrites, elles ne laissent point parfois de 
se réclamer de l'histoire; à ce propos, re- 
marquons l'importance actuelle de la bou- 
cle sur la chaussure, c'est au règne de 
Louis XIII et de Louis XIV que nous le 
devons. Pour les élégantes en visite, le 
simple soulier verni à barrette ou à boucle 
est devenu, par une transition rétrospec- 
tive heureuse, le véritable soulier du grand 
siècle, à bouts carrés, à patte en spatule 



N» 1. Confortable de velours beige garni d'hermine. — N° 2. Souliers d'après-midi, 
pour tailleur, en chevreau gris tressé et chevreau vernis noir. — N" 3. Souliers 
d'après-midi, pour visites, à burettes garnies de boucles de strass. — AT 4. Souliers ver- 
nis, pour tailleur habillé, à lacets, quartiers de couleurs. — N" 5. Babouches orientales 
pour robe d'intérieur ou costume. — N° 6. Souliers d après-midi habillé de linon brode 
de fleurettes de soie. — N" 7. Bottes d'après-midi de grosse soie puce. 




engagée dans la boucle d'argent. 
— Quoi de plus charmant que 
votre peton ainsi majestueuse- 
ment vêtu, mais n'oubliez pas, 
Madame, sitôt chez vous, de vous 
débarrasser de cette pompe; c'est 
l'escarpin, quand nous allons vous 
voir, que nous voulons décou- 
vrir au bas de votre robe, faites qu'il 
soit en satin et reluise discrètement, ses 
talons seront à votre fantaisie ou selon 
l'harmonie de votre boudoir, rouges, or, 
argent ou mauves. — Le soir, si vous 
le voulez bien, vous assortirez vos sou- 
liers de brocart Louis XIII, à bouts 
pointus, à votre robe, à moins que vous 
ne préfériez dorer votre pied comme une 
idole,... il en est digne, ou le vêtir de 
Chantilly noir sur fond de satin blanc. 
Loin de moi l'idée de pousser à la 
dépense mes jolies contemporaines, tou- 
tefois je soumettrai ceci encore à leur 
tentation : les souliers de Venise en cuir 
pyrogravé pour le spectacle ou encore, 
l'antique cothurne ressuscité, ayant fait 
peau neuve, peau mate et souple, de 
teinte assortie aux toilettes de ses maîtres. 



TV" S. Souliers cothurnes du soir avec boucles et talons de fantaisie, — N° 9. Sou- 
liers cothurnes d'après-midi très habille', demi-quartiers de fantaisie. — N° 10. 
Souliers vernis pour l'habit. — N° 11. Escarpins de bal pour hommes. — N" 12. 
Mules pour hommes (pyjama). — N° 13. Bottines pour hommes, claque vernie, 
tige de drap gris, garants jaunes. — N° 14. Bottines vernies à boutons tige de 
drap ou d'antilope. 










85 



Nous autres hommes, chargés de vous conduire, 
Madame, partout où ces merveilles seront admirées, vous 
devez trouver bien terne notre chaussure, la mode ne nous 
laisse pas comme à vous une liberté sans limite, mais vous 
avez remarqué sûrement que la sobriété était notre lot très 
humble, celle-ci admet l'impeccabilité de la coupe et l'élégance 
de la ligne, et c'est sans jalousie que nous nous arrêtons 
là de rivaliser avec vous. 

Pour la journée cependant, nous avons de commun la 
bottine à guêtre boutonnée ou lacée et aussi la guêtre libre sur 
le soulier bas, mais le soir, est-ce par délicatesse? Nous 
résistons à toute fantaisie, vous laissant libre ce champ-là, et 
réduits à l'escarpin, c'est sur ce dernier que nous avons 
porté notre étude; il est aujourd'hui parfait, très décolleté 
sur la chaussette de soie noire ou... blanche, cambré joli- 
ment sans exagération. 

Chez nous, dans l'intimité de nos tapis épais, de nos livres 
et de nos chibouques, nous prenons une revanche, nos mules 
de repos sont de couleur, même, quelques-uns d'entre nous 
en possèdent, c'est la minorité, je dois le dire, faites de deux 
pattes de tigre dont on a au préa- 
lable arraché les griffes. — Mais 
tout cela Madame, vous ne le ver- 
rez point, ce serait presque pécher. 

Jean Besnard. 







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CHASSE 



A COURRE 



I 



E n'ai point de bibliothèque : à quoi bon encombrer de 
livres une pièce que tout autre décor embellirait d'une 
manière plus satisfaisante pour l'imagination, et surtout 
quand il existe un ouvrage qui tient si bien lieu de tous les 
autres? Cet ouvrage, vous l'avez deviné, c'est le Dictionnaire 
de Littré. Il est magistral. Non seulement il renferme la 
matière de toute notre littérature, mais il en résume encore 
les mérites grâce à la fantaisie romanesque de ses dévelop- 
pements, non moins qu'à la poétique inexactitude de ses 
définitions . 

Ah! Monsieur, quel poète, ce M. Littré! Songe-t-il, 
par exemple, à la chasse à courre? C'est pour la situer dans 
l'histoire, et tantôt elle est à ses yeux un acte utile, et 
tantôt une fête mystérieuse pour laquelle on revêt cet « habit 
de chasse » qu'il définit : « un costume porté par les chasseurs 
qui accompagnent le roi, l'empereur, les princes, les grands 
seigneurs »... Eh bien, Monsieur, en réalité les piqueurs 
chassent pour gagner leurs gages et les maîtres pour faire 



85 



leur devoir: en sorte que ce n'est qu'un homme peu averti 
qui pourrait prendre au sérieux le cerf et les chiens. Vous 
moquez-vous, de penser que c'est en vue de mettre hallali 
je ne sais quel prétentieux dix cors, voire un impertinent 
daguet, que nous nous imposons des temps de trot et 
de galop répétés, en pleine forêt, sans compter deux 
voyages en chemin de fer? Nous avons un dessein moins 
futile que celui-là, grâce à Dieu. Nous chassons 
parce qu'il est de bon ton de demander à X..., 
quand on le croise dans l'allée des Poteaux : 
« Vous verra-t-on demain en Hallate, cher 
ami? », ou de confier au théâtre, à Mme de B... : 
« Ce pauvre prince est bien aiïecté, il me 
le disait encore tout à l'heure, à la chasse. » 
Voilà de ces propos qui vous sentent 
leur élégant d'une lieue. Il vous faudra 
donc chasser à courre, et votre femme 
aussi. 

Là! là! ne vous effrayez point: 
je sais qu'à part le golf vous n'aimez 
point les sports, et que vous mau- 
dissez mille fois celui qui a mis à la 
puis peu, ces exercices fatigants. Na- 
fession de snob était assez douce; 
on ne gagne quelque renom mon- 
sueur de son front. Mais la chasse 
à courre est une cérémonie, non pas un sport. Pourvu que 
vous y pressiez entre des bottes convenables le cheval qu'il 
faut, peu importera que l'on ne vous y voie pas à la queue 
des chiens, croyez-moi. Quant à Madame votre femme, 
si, par hasard, elle ne paraît à cheval qu'au rendez-vous, 




mode, de- 
guère la pro- 
aujourd'hui, 
dain qu'à la 



86 



et le reste du temps en voiture, personne n'y trouvera 
à redire, du moment qu'elle sera montée, vêtue et coifïée 
congrûment... 

Ainsi, Monsieur, choisissez avec soin votre monture, 
et celle de votre charmante compagne. Vous 
avez évidemment meilleur genre que ces cer- 
veaux brûlés qui suivent une chasse en galo- 
pant à tombeau ouvert, au risque de laisser 
croire qu'ils s'amusent. Rendez-vous donc chez 
le marchand qui fournit, tout faits si j'ose dire, 
des irlandais magnifiques et de tout repos, 
lesquels trottent comme des machines, galopent 
comme des rocking- chairs, et s'arrêtent dès 
qu'on leur en formule le désir. Il n'est pas plus 
malaisé d'acheter un cheval de chasse aux en- 
virons du Rond-Point des Champs -Klysées 
qu'un peloton de fil au Bon-Marché. Le 
prix, seul, diffère. 

Mais le cheval n'est pas tout : encore 
faut-il l'habit. Faites-vous partie de l'équi- 
page ? avez-vous le « bouton » ? Voilà qui 
vous dispensera de bien des perplexités : 
jamais un bon tailleur n'a manqué un uni- 
forme. (Prenez le mien)... Ah! un mot 
pourtant : conseillez (énergiquement) à votre 
femme d'enioncer solidement son lampion 
sur sa tête, et si elle prétend faire boulier 
ses cheveux, n'hésitez pas à réclamer le divorce. 

Etes-vous «invité», au contraire? En ce cas, j'aime à 
penser que vous ne vous couvrirez pas d'une lugubre 
tunique noire, et que vous laisserez à d'autres le soin de 




8 7 



TvTCy. 



déshonorer la forêt par ce costume de croque-mort. Hélas! 

il faut avouer pourtant que l'on ne peut plus guère risquer 

le rouge avec décence. A cette heure, la tunique rouge ne 

se porte plus, sauf erreur, que dans les albums de Crafty. 

Les traditions se perdent; c'est triste à dire; mais qu'y 

puis-je? 

Vous 'aurez donc une tunique bleu foncé, marron, voire 

vert bouteille, mais coupée en forme de « jaquette » et non 
de «redingote». Pourvu qu'avec cela vous ne 
vous couvriez pas le chef d'un chapeau à 
haute forme en feutre mat, mais en soie bril- 
lante, pourvu également que vous ne mettiez 
pas vos jambes dans une culotte de velours 
(fi donc!), mais de peau de taupe blanche, 
pourvu enfin que votre compagne connaisse 
un tailleur qui consente à ne pas lui faire 
des épaules de boxeur et des hanches de per- 
cheron, alors j'ose dire que vous pourrez 
vous montrer. 

A une condition encore, toutefois, — et 
je ne vous cacherai pas qu'elle est capitale, — 
à condition que vous ayez des mollets de coq. 
Rien, Monsieur, rien au monde ne saurait 
être plus indécent que de faire pendre le long 
des panneaux d'une selle anglaise des jambes 
pacifiques et bourgeoises. Ainsi fait, vous irez 
au rendez-vous causer un peu des chasses de 
Pau, et vous retournerez à la gare aussitôt 
prendre le train de Paris. C'est cela, Monsieur, 
qui s'appelle chasser. 

Jacques BOULENGER. 





LE GOUT AU THEATRE 



A UX premières scènes d'une pièce de M. Henry Bataille, 
on ressent comme une sourde irritation. Les caractères 
sont pauvrement observés, les personnages mis en présence 
manquent de vérité. Mais on est peu à peu séduit par la 
richesse de l'intuition psychologique. De conflits arbitraires, 
opposant des héros d'une humanité excessive ou inférieure, 
se dégagent de saisissantes impressions, souvent une rare 
beauté. Dans la Flambeaux, cette beauté est peut-être plus 
apparente encore que dans les œuvres précédentes, l'homme 
de métier ayant laissé la parole au poète et au penseur. 
Mais notre tâche n'est pas d'étudier un conflit qui prê- 
terait à de longs développements. Qu'il nous suffise de 
constater que, malgré les exceptionnels mérites de chacun 
de ses interprètes, le drame de M. Henry Bataille n'est 
pas présenté avec toute la perfection souhaitable. Seule, 
Mme Suzanne Després répond à la sensibilité de l'auteur. 
Les dons dramatiques de MM. Le Bargy, Huguenet, 
Jean Coquelin, de Mlle Yvonne de Bray, ne sauraient 



89 



s'accorder. Ces quatre artistes sont des représentants 
parfaits de quatre écoles différentes et, quel que soit 
l'attrait de l' affiche, on serait tenté de préférer une inter- 
prétation moins éclatante, plus harmonieuse. 

La mise en scène des Flambeaux est très soignée, d'un 
goût très sûr. Mais n'a-t-on pas poussé trop loin le souci 
de l'exactitude ? Il ne faut pas exagérer les théories dont 
M. Antoine fut le promoteur (et dont il a donné la juste 
mesure), surtout quand il s'agit de fournir un cadre au 
théâtre idéologique. Le détail trop minutieux, à moins qu'il 
ne passe aperçu, n'a pour effet que de détourner l'esprit 
du spectateur. 

La recherche de la moindre nuance et des plus petits 
rapports n'a pas été étrangère à la surprise que nous a 
causée la représentation de Kismd. Ce conte oriental d'une 
philosophie un peu naïve ne trouve pas chez nous la faveur 
qu'on lui témoigne à l'étranger. Il en serait sans doute 
autrement si le metteur en scène s'était soucié d'offrir des 
images moins recherchées, mais plus frappantes, d'un 
ensemble plus simplement évocateur. On comprend que 
l'homme de goût parfait qu'est M. Lucien Guitry se soit 
laissé tenter par le faste et la minutie. Mais il a paru oublier 
qu'une pièce ne se voit pas de la scène, mais de la salle. 



90 



L'abondance, la diversité, plus qu'une excessive préoc- 
cupation des rapports, nuisent au Faust de M. Vedel. 
Le spectacle diminue l'œuvre. Les thèmes qu'en- 
richit l'orchestre, l'heureuse disposition décorative, /"' 
les innombrables costumes de M. Desfontaines, / ' /"_ 
nous ont ravis, mais que devient la pensée ,.(f /\.y~ 
gœthienne? Cette adaptation est une critique, 
une mise au point du livret de MM. Jules Bar- 
bier et Michel Carré. En outre, on peut 
regretter l'indécision de M. Antoine. Le direc- 
teur de l'Odéon n'a pas su fixer ses préfé- 
rences artistiques et nous a conduits de 
Rembrandt à Delacroix et à Bœcklin, de 
Schumann à Berlioz et à Florent Schmidt. 
Après avoir critiqué le luxe déployé par 
MM. Hertz et Coquelin, Antoine et Lucien 
Guitry, on ne saurait trop louer la simplicité 
dont fit preuve M. Lugné-Poë. Devant de 
simples rideaux de fond, se déroulent 
les scènes du mystère de M. Paul 
Claudel et c'est sans le secours d'aucun artifice 
que nous a émus la pure poésie de l'Annonce faite 
à Marie. Ce drame primitif et beau fait 
penser à la cathédrale que rêve Pierre de 
Craon. Ce poème estjiit sans affectation, 
avec un souci du rythme qui ne donne jamais l'im- 
pression de la monotonie. Sachons gré à l'Œuvre 
qui a laissé une grande part à la suggestion. Ainsi 
fut procurée au spectateur la joie d'avoir ajouté 
de lui même à une manifestation d'art. 








9i 



LA MODE ET LE BON TON 



JT e matin au bois. — Fi des simplicités 
matinales. On fait à présent, sa pro- 
menade hygiénique, de onze heures à une 
heure, habillée comme pour l'après-midi : 
vêtements de fourrures et de velours, cha- 
peaux aigrettes, et joues enluminées ! 

Plus de voile de dentelle blanche pour 
dissimuler les fatigues de veilles prolongées ; 
on est rose et éclatante de jeunesse, les 
lèvres pourpres, entr'ouvertes sur des dents 
de neige, et, les mèches, dites folles, ennua- 
geant les tempes et les joues, sous le minus- 
cule chapeau posé de travers avec un petit 
air qu'il faut coquin. O ça absolument, 
nous y tenons. 

J a mode du déjeuner au restaurant, 
renouvelée des habitudes anglaises et 
américaines, s'est installée à Paris. Parmi 
tant de courses et d'essayages, deux femmes 
seules, peuvent à présent, luncher au Grill- 
Room du Ritz ou du Chatham sans que 
personne y trouve à redire. 

De là cet entraînement à s'habiller dès 
le matin. 

TPoby-chien ou Fleur de Plumeau trotte 
en boule aux côtés de sa pimpante 
maîtresse, idéalement habillé lui aussi. S'il 
fait froid, il se réchauffe d'un manteau 
bleu, de coupe irréprochable, à grand col 
d'hermine; s'il fait chaud, il se vêt d'un 
simple nœud de ruban clair, au bas de la 
nuque. 

Au restaurant, il prend, place sur une 
chaise, une vraie, comme vous et moi, et 
l'après-midi, à l'heure des essayages, il pas- 
sera, pour la centième fois, dans les bras des 
vendeuses et des mannequins extasiés, dont 



les propos inattendus, pourraient bien lui 
donner l'idée de continuer la série des Dia- 
logues de Bêtes... ! 

Qui n'a pas son chien? 

Toute femme chic a le sien. Comme le 
chapeau de travers, c'est indispensable. 

A u théâtre. — Les femmes sont, dans 
la salle, aussi fardées que les comé- 
diennes sur la scène; sérieuse faute de 
goût, à laquelle il est indispensable de re- 
médier si l'on ne veut pas entendre, d'ici 
peu, médire du tact des Parisiennes. On 
aurait du reste raison, attendu que s'il est 
exquis d'avoir des yeux trop faits et 
démesurément agrandis sur un visage de 
jeunesse, il est burlesque et sinistre, 
de promener un éclat de carmin sur des 
joues fléchissantes et sous des yeux 
gonflés. 

(0)n se décolleté à outrance, ce qui logique- 
ment, est, ou merveilleusement joli, ou 
susceptible d'amener des nausées chez 
celui qui regarde. Mais, lorsqu'on a 
devant soi un dos bien en chair, finement 
traversé d'une séparation juste comme il 
faut, c'est, on doit l'avouer, le sujet de dis- 
tractions fréquentes à l'endroit de la pièce 
qui se joue. Par malheur, les femmes ne 
montrent plus leur nuque ! Ou du moins, 
elles ne la montrent plus, dégagée sous le 
casque audacieux des cheveux relevés. 
Elles l'encombrent d'une abondance de mè- 
ches amoncelées et croisées en tous sens, 
qui sont supportables, lorsque c'estla propre 
chevelure de la femme, mais bien laides, 
lorsque tout ce qu'on nous montre est pos- 
tiche . 



92 



Dites-moi, si les deux petites nattes se 
croisant autour de la tête de la jolie 
Mme Goloubew, ne sont pas cent fois plus 
seyantes, dans leur mièvre enroulement, que 
toutes les appliques X... ou Z...? Kt, ce 
qu'une femme peut être jolie ainsi, avec sa 
tête bien à elle! 

(Pomme il faut que rien ne soit traditionnel 
dans nos modes d'à présent, on en 
arrive à supprimer presque totalement le 
corsage, dans le dos, tant le décolleté est 
osé, mais par devant, c'est autre chose... 
On superpose des tulles, en biais, en tra- 
vers, n'importe comment, pourvu qu'ils 
effleurent le menton. Parions qu'avec cette 
toquade nouvelle, il sera bientôt nécessaire 
de rééditer la fameuse légende d'Abel 
Faivre, lorsqu'on s'adressera à une femme 
forte: "Le devant? c'est là où il y a la 
broche?" Et encore, sommes-nous sûrs qu'il 
y aura une broche.? 

— Je vous dis cela parce que j'ai vu 
l'autre soir, quelques semaines avant son 
deuil, Mme Georges Kahn qui portait un 
esclavage de perles retombant dans le dos, 
sur deux rangées, et qu'ici encore, le con- 
venu était en déroute. Après tout, c'était 
ravissant, d'autant que, de dix en dix, les 
perles étaient semées d'un brillant taillé en 
anneau, et quelle qualité d'anneau! 

1T es écharpes de couleurs tranchantes, bar- 
rant le buste comme un grand cordon 
étranger, ont cessé de vivre ; on leur préfère 
le tulle blanc vaporeux, seyant, et qui, 
ne riez pas, tient si chaud! Il retombe et 
enveloppe à demi le bras, que tant de 
femmes montrent avec toute la pureté de 
sa ligne, libre de la gaine de Suède. 

La main n'a que deux ou trois bagues, 
mais faites de gemmes rares et volumi- 
neuses, auxquelles riposte l'émail imper- 
tinent des ongles. Et tout cela est si joli, 
lorsqu'une femme accomplit le double mou- 



vement des bras, pour porter la lorgnette à 
ses yeux; c'est si savant et si provocant 
à la fois. 

JT e bouquet de fleurs naturelles au cor- 
sage, a été remplacé depuispeu parune 
fleur géante, en velours de couleur vive, qui 
serait ravissante vue sur une seule femme, 
mais qui lasse nos yeux, quand nous la 
voyons sur toutes les femmes... c'est trop. 
Croyez-moi, reportez des fleurs fraîches, 
toutes les fleurs, suivant le jour et votre 
fantaisie : c'est le cas de faire de l'imprévu 
comme la demoiselle aux formes idéales, 
flirteuse à l'excès, qui se montra, certain 
soir mémorable, le corsage... fleuri de 
deux colombes se béquetant. " Toujours 
des fleurs, c'est monotone, dit-elle à un 
danseur qui s'extasiait sur son idée, j'ai 
voulu changer et voilà. 

(jT^hangeons aussi, en nous chaussant de 
Chantilly sur transparent de drap d'or 
ou de satin blanc, même au fond d'une 
baignoire ; en conservant presque tout le 
temps de la représentation, un manteau 
somptueux, tel que nous les réservions pour 
les sorties de l'Opéra, dans le temps. 
Changeons, en emportant notre lorgnette 
dans un petit sac de marocain blanc, chiffré 
de diamants, et non plus au fond d'un 
grand sac. 

(T^hangeons, en mangeant force bonbons 
glacés, en quittant notre loge ou notre 
fauteuil, pendant l'entracte, afin d'aller 
faire " causette " dans la loge à côté ou en 
face, et, lorsque nous attendrons la voiture, 
sur la porte du théâtre, n'oublions jamais 
ce que Napoléon disait à son armée 
d'Egypte... Au lieu de quarante siècles, 
changeons encore, et songeons que quarante 
têtes nous contemplent, voilà tout! 

Le Bon Ton. 



9 3 




Robe et coifîure du soir 



Modèle Zimmerman 



94 



POUR LES SPORTS D'HIVER 

— — 




Costume en laine Shetland rayée de soie. La toque 
et le cache-nez sont de feutre et de laine assortie. 

Modèle James et C °, 

Champs-Elysées. 
9 5 



EXPLICATION DES PLANCHES 

PL I. Ce manteau de théâtre en Velours frappé et rebrodé est garni de zibeline et fermé 
d'une seule grande agrafe. 

* 

PL II. La matinée en crêpe de Chine est garnie de fleurs de laine; ainsi que le casaquin de 
drap fin serti de cygne. 

* 

PL III. Tenue d'équipage en drap jaune Condé avec les telours amarante. — De gauche 
à droite : Tailleur de Velours à brandebourgs garni d'Opossum. — Grande houppelande en Kasey 
doublé de Tartan. — Jaquette anglaise courte de drap rouge sur un gilet de fantaisie; culotte de 
peau blanche. — Jmazone à redingote en «côte de cheval »; sur le bras, le carrick à trois 
pèlerines. 

PL IV. Robe de dîner de Douce t en moire rebrodée de bouquets de fleurs bleu et or; la 
jupe est relevée d'un chou de mousseline. Une ceinture de mousseline se termine par un gland d'or. 

* 

PL V. Robe du soir de Paqum, en mousseline de soie Saturne avec une draperie de 
Bengaline brodée et frligranée d'or. 

PL VI. Tailleur de Paul Poire t en drap Vert sourd garni de lisérés Vert Yéronèse, de 
ganse de Velours noir et de boutons d'acier brillant. La jaquette est froncée à la taille par un 
roulotté de Velours formant martingale. Le col est de loutre. 

* 

PL VII. Le manteau de Redfern est en Velours moiré garni de renard noir. La robe en 
charmeuse ourlée de renard blanc est fermée par une large ceinture Japonaise en satin. 

* 

PL VIII. — Cette robe du soir de "Worlh comporte un fourreau drapé de damas Persan 
lamé d'or et d'argent. Le corsage est une résille de perles, les manches deux ailes de mousseline 
taupe. 

PL IX. Tailleur de Cher u if en ratine avec effet de double jupe. La jaquette garnie de 
zibeline est un petit habit fort court fermant seulement à la taille et au cou. 

* 

PL X. — L'un des tailleurs de Dceuillel est de serge, fort simple, et a les poches placées 
à la taille qui est haute; l'autre en crépm de laine a une jaquette longue à grandes basques. 

Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant. 




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LETTRE A UNE PROVINCIALE 



Paris, Janvier 1913 




EST-CE pas, chère Agathe, vous connaissez Eisa? 



Voyons, souvenez-vous d'elle ! Sa corpulence, 
ses solides ^corsets, ses pieds de coureur et son 
grand rire. Vous savez qu'Eisa a décidé 
"qu'on était sur terre pour s'amuser" et qu'elle 
s'applique à ce sport difficile avec une conscience éperdue. 
Eisa est à l'affût de tous les plaisirs ; elle les guette 
et ruse pour les saisir comme une grosse araignée 
fait pour les mouches (ou contre les mouches), au 
milieu de sa toile. Le pauvre plaisir n'en mène pas 
large, une fois qu'il est la proie de cette inexorable ! 
Où ne l'a-t-elle pas conduit, ce dieu capricieux et 
fragile, étroitement ligotté, et si triste qu'il semblait 
porter son propre deuil! Parfois, j'ai du suivre Eisa 
et sa victime. Et d'autres, avec moi, assistaient à 
ces funèbres réjouissances. Lorsque nous n'en pou- 
vions plus, succombant à la fatigue et à l'ennui, 
le cœur et les yeux remplis d'un morne désespoir, 
Eisa, au moment où nous prenions congé d'elle, 
nous réservait son plus frais, son plus coura- 
geux sourire, nous menaçant par ces paroles : « à 




97 




bientôt ! Nous nous amuserons plus encore 
qu'aujourd'hui! » 

Or, j'ai rencontré Eisa, récemment. 
Je n'ai pas pu ne pas la rencontrer. C'était 
dans une petite salle d'exposition où j'admi- 
rais, sans savoir qu'Eisa était derrière moi, 
la vitrine qui contenait les verreries véni- 
tiennes que compose mon ami Henri Farge. Me retournant, 
nous nous trouvâmes, elle et moi, face à face. Aussitôt elle 
exprima flatteusement la joie qu'elle éprouvait à me rencon- 
trer, et ajouta: « Ah! mon ami, vous-qui-faites-des-vers, vous 
devriez bien me trouver des idées : j'organise une série de 
dîners de têtes, le mois prochain ! » Et, pour qu'Eisa voulut 
bien me rendre ma liberté, j'ai promis de lui trouver des idées 
pour son dîner de têtes! 

Malgré les apparences, rien déplus difficile. De guerre 
lasse, j'allais écrire à Eisa pour m'excuser, lorsqu'elle 
m'a fait parvenir une petite liste de projets et d'idées, me 
demandant de choisir parmi ceux-ci et celles-là les plus 
ingénieux et les plus pittoresques. 






Choisissez avec 
moi, s'il vous plaît, 
bienfaisante Agathe! 
Le papier d'Ei- 
sa commence ainsi : 
« assez de dix-hui- 
tième siècle et de 
moyen-âge ! » Ainsi, 
ni coiffures à la 
Belle-Poule, ni hennins effilés sur la tête des dames, et point 
de perruques à marteaux dont la poudre tombe tristement 
sur les épaules des "Cavaliers". Eisa ne veut pas non plus 
voir ses convives déguisés en légumes, en fruits ou en 
fleurs. Elle trouve cela rebattu. Un chou galant ne 
se penchera donc pas vers la plus rougissante carotte, 
et le poireau chevelu ne risquera pas de se noyer 
dans les mobiles regards du bouillon. Notre Eisa 
aimerait assez, il me semble, le dîner blanc et noir, 
ou le dîner blanc, tout blanc. Faut-il l'encourager? 
Grands dieux ! Quel embarras I Entre nous, le dîner 
de Têtes, je ne l'aime guère : l'habit noir et la robe 
moderne sont si moroses, sous le masque suranné ou comique 
et sous la coiffure d'autrefois ! On devrait bien lancer le dîner 
de bustes. Il est vrai que, l'après-dînée, alors, serait 
ridicule extrêmement. On a aussi offert à Eisa un 
dîner chez dame Tartine, un dîner d'animaux, un 
dîner de jouets, un dîner d'oiseaux. Que sais-je 
encore? Hélas ! 

Je crois que je vais l'encourager, sans nulle 
conviction, à donner le dîner suivant. L'idée ne vient 
pas de moi, je vous jure, mais elle serait l'occasion, 




99 



peut-être, de divertissements imprévus, un peu subtils, il 
est vrai, pour se prolonger pendant tout un repas. 

Chaque convive serait dans l'obligation de se faire la 
tête d'un célèbre amoureux ou d'une amoureuse célèbre. 
Puis les couples prendraient place au hasard autour de la 
table, de telle sorte que Chloë s'assoirait peut-être à côté 
de Musset et George Sand près de Daphnis... Mais, en 
l'énonçant ici, je vois combien un pareil jeu serait Vain et 
misérable. Ah! préférons, préférons, Agathe, les bals cos- 
tumés aux dîners de têtes ! Ne serait-ce pas beau, dans 
un grand décor composé spécialement, de réunir vingt per- 
sonnages de Véronèse, accompagnés de singes, de chiens et 
de musiciens; ou encore, sous les arbres d'une tapisserie 
mélancolique, quelques bergers et quelques bergères, ayant, 
depuis ^Vatteau, le cœur à la fois souriant et désabusé. Je 
vois aussi, de la sorte, le dîner Guardi, le dîner Devéria, 
ou, dans l'intimité absolue, le dîner Giorgione, plein de 
secrets et de voluptés. Mais, alors, 
Agathe, exilons Eisa d'une pareille fête; 
laissons la organiser, d'après Goya, un 
brouet de sorcières, et venez honorer 
Giorgione avec moi, dans le lu- 
xueux silence d'une nuit de Car- 
naval, nuit chimérique, où le mys- 
tère et la protection du masque 
vous autoriseront, ô mon Amie, 
à porter votre plus beau cos- 
tume, votre costume divin ! 

Jean-Louis Vaudoyer. 





LE CARNAVAL A L'ITALIENNE 



Y ES charmants personnages de la Comédie Italienne sont 
loin de nous. On ne les connaît plus. Quelques litté- 
rateurs amis de la douce poussière leur consacrent encore 
des sonnets et des plaquettes sur papier spécial, mais le 
public tient Arlequin en piteuse estime et les élégants ne 
se soucieraient plus de paraître dans un costume trop 
usagé à leur gré et que partout a galvaudé le vulgaire. 

Depuis qu'il n'y a plus de cour et que l'aristocratie est 
un milieu, — encore sélectionné, certes, — composé d'élé- 
ments recrutés avec un éclectisme jadis moins dispersé, 
un bal costumé n'a plus les mobiles d'autrefois. 

La société n'était pas, cette sorte de cinéma où de 
nouvelles figures passent sans répit, où des individus, hier 
inconnus, sont appelés à se faire une place et saisissent 
tous les prétextes offerts. Un bal est un moyen comme un 
autre, il faut paraître à tout prix, surpasser en luxe, sinon 
en goût, les rivaux et rivales, faire parler de soi, et — 
même en s'y ennuyant affreusement, — s'en servir pour 
asseoir son crédit. Dans une société restreinte, hiérarchique, 




admmis ^L trée selon des rites immuables et 
dont cha £f\ que membre était à sa place, un 

bal costu W mé devenait une récréation. La 
pompe, les ornements, les habits parés, 

surchargés, faisaient partie de l'ordinaire de la vie, 
et l'on était bien aise d'en changer pour un soir et 
de pouvoir, à l'abri du masque, en simple veste de 
soie, en collant de tricot, en petit panier et petit 
collet, se livrer aux fantaisies que le caprice, l'heure 
et l'humeur suscitaient. On se travestissait et se 
costumait, non pour paraître plus qu'on était — à 
quoi bon! — mais se libérer, au contraire, pendant 
quelques heures, de tout ce qu'on n'était que trop! 
Les personnages de la Comédie Italienne, n'évo- 
quaient que le souci de se divertir. Ils symbolisent 
l'extravagance considérée comme chose naturelle, la 
fantaisie, la poésie, les passe-temps inutiles 
et charmants de l'amour, les 
jeux delà jalousie, les babillages 
d'une cour puérile. On se prend, 
on se quitte, on s'oublie; les 
mots toujours, éternellement, ne 
veulent rien dire. On se rit 
des honneurs, du savoir et de 
l'argent. Charmante 
école! Que ne sommes- 
nous encore à l'âge où, 
pour sortir de soi-même, 






on ne songeait pas à devenir prince ou 
rajah, mais où l'on empruntait la batte 
d'Arlequin, la farine de Pier- 
rot, la bosse de Pulcinella, pour 
n'être, toute une nuit, rien autre chose qu'un 
homme qui -Vwl s'amuser. 

Le domino vénitien, le masque, qui songe 
encore à s'en affubler: le domino, qui dissimule 
pareillement les formes de la coquette la plus 
ï\ svelte et du barbon le plus lourd; le masque, 

qui permet de tout dire et de tout entendre, 
qui donne au laid l'enchanteresse illusion de 
la beauté, au timide, la possibilité d'avoir enfin de 
1 assurance, à la femme mûre l'impression d'être aigre- 
lette et à la novice le sentiment qu'elle va paraître 
délurée ! 

... En se travestissant nos élégants pensent à évo- 
quer fidèlement un personnage d'autrefois; ils ont été 
scrupuleux jusque dans les plus inu- 
tiles minuties. Ils sont arrivés ainsi 
à rendre le carnaval ennuyeux, le 
carnaval dont le mot seul évoquait 
les rondes et les arabesques les plus 
gaies, un peu de folie régnant parmi 
les civilisés, le droit pour celui qui 
jouit des agréments de la jeu- 
nesse, des bienfaits de 
la vie, d'en jouir 
sans tenir 
plus 






compte de ce qu'il est, 

que de ce que les autres 

sont. Le rayon de lune 

éclairant les plis de satin 

d'une longue traîne qui 

glisse, les accords des 
instruments qui font danser les couples, la flamme 
inquiète des cires, que le courant d'air a chargées d'une 
collerette épaisse et d'un jabot, la détonation des 
bouchons arrachés au goulot des bouteilles de Cham- 
pagne; les grelots de la fête faisaient couler du vif 
argent dans les veines, rendaient preste le rhumati- 
sant, prodigue l'avare, amoureux l'insensible, volage 
le casanier, imprudent le modéré, vantard le modeste, 
bavard l'hermétique et licencieux le timoré. 

Nous sommes devenus gourmés, prétentieux, 
orgueilleux, cupides. Le carnaval n'est même plus 
l'ombre de lui-même. Il n'est plus... Si je devais donner 
une fête, au lieu d'aller emprunter aux Orientaux leurs 
pierreries, au passé ses spectres, j'ouvrirais toutes 
grandes mes portes à Zerbinette, à Colombine et 
Arlequin; — puis sans grenadiers, sans Henri III, 
sans Montespans, sans Agnès Sorel, sans rajahs, 
sans Chinois, sans éléphants, ni trônes, ni pharaons 
ressuscites, ni mousquetaires, je donnerais une fête, 
qui serait peut-être vraiment gaie, — enfin ! . . . 

Albert Flament. 



104 




LA VISITE IMPREVUE 



pOMME il passait devant la porte ouverte de mon 

jardin, il s'arrêta. Le vieux cheval qu'il tenait par la 

bride en fit de même et l'antique carriole oscilla sur ses 

roues branlantes... Je n'étais guère étonné; on voit tant 

d'étranges véhicules et de si singulières 

gens sur cette route qui longe la Brenta! 

Venise n'est pas loin et Venise attire 

bien des étrangers. Celui-là était un 

bizarre bonhomme, long et maigre, et il 

ressemblait à un pantin démantibulé. 

D'où venait-il? Sans doute il était las, 

car il jetait un regard d'envie sur mon 

jardin, sur ses belles perspectives, au 

fond desquelles se dressait ma villa avec 

son portique à colonnes, sa façade peinte 





io5 



et ses cheminées en hottes, à la vénitienne. Le pauvre 
diable, il aurait bien voulu se reposer sous mes om- 
brages, et son cheval était certainement du même avis ! 

J'allais appeler pour que l'on donnât à l'homme 
une fiasque de vin et au cheval une botte de loin, 
quand l'inconnu me salua familièrement. Puis, il éclata 
de rire et me cria : 

— Eh quoi, signore Ascanio, vous ne me recon- 
naissez donc point? Il est vrai qu'il y a bien long- 
temps que nous ne nous sommes vus. A cette épo- 
que, vous étiez jeune et moi aussi. Vous ne vous 
souvenez pas de moi, et cependant j'étais moucheur 
de chandelles au théâtre San Samuele que vous fré- 
quentiez assidûment. Vous étiez fou de théâtre. 
Vous siffliez ou vous applaudissiez à outrance, et le 
tragique et le comique, et le chant et la musique! Vous 






étiez héroïque avec le héros, misérable 
avec la victime, et toujours du parti de 
l'amoureux. Je vous vois en- 
core, signore Ascanio, sous le 
tricorne et la baûta, vous dé- 
menant comme un démon! 

Il rit de nouveau et 
continua : 

— Mais ce que vous pré- 
fériez à tout, en bon Vénitien, 
c'étaient les masques, les chers 
masques, les éternels masques, 
et vous aviez raison, sur mon salut! Ne sont- 
ils pas des signes parlants? Ah! les beaux 
masques! Ils n'ont qu'à se montrer pour qu'on 
les sache tout entiers! Toute la vie s'exprime 
en eux. Ils en sont la caricature et l'arabesque. 
Ils sont tous les hommes. Ils sont le paresseux 
et le gourmand, le lâche et l'orgueilleux, le fanfaron et le 
rusé. Ils sont Brighella, Pantalon, Trufïaldin ou Tartaglia. 
Et ils sont aussi la jeunesse et l'amour, Mezzettin et Colom- 
bine, et le blanc visage de Pierrot vaut le noir museau 
d'Arlequin! 

Il s'était rapproché de la grille et me parlait à travers 
les barreaux : 

— Allons, soyez franc, ne les regrettez-vous pas quel- 
quefois, les beaux masques de la Comédie? Ah! je sais 
bien que vous êtes un sage et que vous vivez maintenant à 
l'écart du monde. Vous avez fermé votre porte aux passants 
de la route, mais, quand vous vous promenez dans vos 
bosquets n'entendez-vous jamais dans l'écho le flonflon des 



107 





violons et le pincement 
des guitares?... N'avez- 
vous jamais envie de les 
revoir, les masques d'autrefois? 

Il avait repris la bride de son 
vieux cheval et, d'un geste, dési- 
gnait sa carriole fermée de 
rideaux de serge : 

— Voyons, signore Asca- 
nio, laissez-moi entrer chez 
vous. Vous me donnerez quel- 
ques tonneaux, des vieilles 
planches et quelques bouts de chandelles et je vous mon- 
trerai Pantalon et Brighella, Trufïaldin et Tartaglia, et 
Arlequin! Tenez, l'occasion est bonne, profitez-en, je les 
ai là, dans ma voiture, non pas comme vous les admiriez 
jadis, mais réduits à la mesure du souvenir, minuscules et 
rapetisses. Ah! seigneur Ascanio, les laisserez-vous donc 
partir, sans leur dire un dernier adieu! 

Il avait tiré le rideau et tous les beaux masques étaient 
bien là, pendus à une tringle. Ils s'alignaient, côte à côte, 
en leurs costumes funambulesques, mais leurs attitudes 
étaient si tristes, si disloquées, si piteuses, leurs pauvres 
mines de pantins étaient si lugubres que je me sentis envie 
de pleurer et que je fis signe au montreur de marionnettes de 
passer son chemin en lui lançant un sequin d'or qu'il ramassa 
avec un rire ironique. Et comme il se baissait, je vis, à son 
dos, sous la souquenille en loques, le moignon de deux grandes 
ailes déplumées. 



Henri de RÉGNIER. 




,OUP 
LE MASQUE ET LE DOMINO 



TQARURE de bal masqué, sauf conduit de carnaval, le loup 
et le domino gardent l'incognito de celles qui ne se risque- 
raient pas à visage découvert. A leur abri, on ose parler 
et répondre, on intrigue, on jouit du plaisir d'être une 
mystérieuse inconnue. Manteau de satin, masque de velours 
noir, livrée de l'amour timide et hardi, comment en êtes 
vous venus à jouer un tel rôle? 

Pour le domino l'aventure est surprenante. Carie domino, 
à l'origine, est un manteau ecclésiastique, que dis-je? un 
vêtement de chœur. Il se portait l'hiver pour garder du froid 
qui tombe des hautes voûtes. Et il s'est changé par la suite des 
temps en deux formes bien distinctes : le camail qui est resté 
ecclésiastique, et le domino qui s'est un peu laïcisé. Il 

n'est que les gens pieux pour 

devenir badins. Le domino 

n'est entré dans le monde que 

pour aller au bal. Il a gardé de 




109 





sa première austérité une aversion déci- 
dée pour les ornements. Il n'en porte 
point, et quand il est resté noir, il a 
encore quelque chose de la discrétion 
de son premier état. Mais trop souvent, 
il a changé jusqu'à sa couleur. Il est 
devenu rose pâle, ce qui n'est pas une 
couleur liturgique; et quand il devient 
pourpre, ce n'est pas, comme l'Église 
le prescrit, pour célébrer l'office des 
confesseurs. 

Le masque a une origine beaucoup 
plus reculée et non moins singulière. 
Il est aussi ancien que le monde. Mais 
chez les primitifs, il n'a pas pour dessein 
de cacher la personnalité. Pour des 
sauvages qui vont nus, il est bien superflu de 
dérober les traits du visage. Et pourtant, 
dans tous les musées ethnographiques, on 
voit de ces masques océaniens, où les yeux, 
figurés par des blancs coquillages ont une 
vigueur sinistre dans un teint coloré. Si l'on 
se déguise ainsi c'est pour se 
rendre plus terrible. 

Ainsi ce visage de carton que les en- 
fants mettent au carnaval nous vient de 
l'antiquité, et son caractère rituel n'est pas 
douteux. Mais en traversant la suite des âges, 
il a un peu changé de destination. Car s'il 
épouvantait les esprits, il avait aussi le mérite 
de dissimuler les traits, et de préserver le 





teint. C'est pour ces deux raisons que non seu- 
lement il a survécu, mais qu'il est, à certaines 
époques, entré dans l'usage de la vie courante. 
En France, il semble qu'il soit venu d'Italie, 
ramené par les vainqueurs de Fornoue et d'Agnadel. Les 
guerres ont des conséquences auxquelles les conquérants 
ne songent point. Nous n'avons con- 
quis ni le Milanais, ni les Deux- Sicile s, 
mais nous avons rapporté l'habitude de 
porter le masque. Et cette habitude 
a duré chez nous quand elle avait 
déjà cessé dans la péninsule. Mon- 
taigne à Rome s'étonnait de ne plus 
le voir aux Italiennes quand toutes 
les Françaises le portaient. Vers 1690, 
Brantôme constate qu'il est en usage 
chez nous depuis un siècle. Comme 
il servait à la fois la coquetterie et 
l'esprit d'intrigue, on ne sortit plus 
que masqué. Les contemporains de 
Henri III ne se montraient pas autre- 
ment; et ils tenaient le masque par un 
fil d'archal passé entre les dents. Les 
pouvoirs publics s'alarmèrent et l'inter- 
dirent, du moins aux roturiers. Mais la 
mode se moque des édits, et ne meurt 
que de sa belle mort. Celle-là arriva sous 
Louis XIII. 

Le loup est proprement le masque 
vénitien. Il se portait avec barbes de 
dentelles en haut et en bas. Il a persisté à L^t 




Venise dans tout le xvm e siècle, pour une raison fort simple. 
Il était la parure obligée du carnaval, et le carnaval, dans cette 
heureuse cité, durait six mois de l'année. Les praticiens 
allaient masqués au Conseil, le nonce du pape, sous le 
masque, était arrêté par un homme qui lui demandait à 
genoux sa bénédiction. Le S/or ma.scbera entrait partout, 
et cet heureux incognito servait même aux diplomates. 
J.-J. Rousseau, secrétaire de l'ambassadeur de Venise, 
pénétrait masqué chez Giustiniani pour lui réclamer un chan- 
teur de l'Opéra. En France, le masque ne dura guère qu'au 
théâtre. 

Les Droits de l'homme et du citoyen parurent incompa- 
tibles avec la mascarade ; mais sitôt la tragédie révolutionnaire 
terminée, la mode revint de se couvrir le visage pour se divertir. 
C'est en 1799 que pour la première fois des masques furent 
fabriqués à Paris. 

Nous sommes devenus sérieux. Le faux-nez est abandonné 
au peuple et aux enfants. Le loup et le domino ont à peu près 
disparu avec les bals masqués. Nous n'essayons plus d'ins- 
pirer de la terreur aux esprits, nous renonçons aux vêtements 
ecclésiastiques pour aller au bal. Nous sommes de très vieilles 
gens. Nous savons que notre figure même est un masque, et 
qui suffit à nous importuner. 

Henry BlDOU. 





ip\ans la source des fées est venu se mirer Le 
Petit Chaperon Rouge. 

On a raconté bien des histoires, et, natu- 
rellement, bien des histoires fausses, sur le 
compte du Petit Chaperon Rouge. 

La Vérité c'est qu'il n'y a jamais eu de loup. La 
vérité, c'est que Le Petit Chaperon Rouge 
partit, un beau matin, avec un marmiton de 
son père, pâtissier, comme chacun sait, dans 
la plaine de Montrouge. Pour les voisins, le 
boucher, la mercière, et plus particulièrement pour l'épicier 
de Montrouge, cette mauvaise langue, on tenta d'accréditer 
la légende du loup, et de la mère grand. Infortunée mère 
grand!... En vérité, je vous le répète, c'est qu'en effet le 
marmiton, jeune gredin, graine d'apache, assassina la 
grand'mère, afin de lui prendre son argent, et de s'enfuir, 
avec cet argent et Le Petit Chaperon Rouge, vers les 
Amériques... 



iVLais Le Petit Chaperon Rouge, après ce coup, 
à jamais dégoûtée du marmiton refusa de partir 
vers les Amériques. Le marmiton assassin lui faisait 
horreur, et elle le laissa partir seul, — d'abord parce 
qu'il lui faisait horreur, ainsi que j'ai dit et qu'il se 
comprend de reste, — et puis aussi, il faut bien le dire, 
et cela se comprend également, parce qu'elle avait ren- 
contré dans la forêt le Fils du Roi. 

Car les fils de Roi chassent toujours dans la forêt à 
point nommé pour que les jolies filles les ren- 
contrent. Et le Fils du Roi avait invité tout de 
suite Le Petit Chaperon Rouge à venir le retrou- 
ver dans le palais du Roi son père. 

Mais Le Petit Chaperon Rouge a songé que le 
pâtissier de JMontrouge avait dû donner son signa- 
lement à la police du palais, et que la police du 
palais, si aveugle et distraite fut-elle, ne pourrait 
manquer de reconnaître son ajustement notoire et 
singulièrement son petit chaperon rouge. Est-ce que 
déjà les grenouilles de la source des fées ne sont 
pas accourues aussitôt, coassant : 

— Tiens, tiens, voilà Le Petit Chaperon Rouge ! . . 
Car on sait que le rouge attire les grenouilles. 
Et, dans la source, mirant son image, Le Petit 

Chaperon Rouge enviait les chapeaux des fleurs 
penchées près d'elle, les chapeaux aux mille couleurs, 
au lieu du rouge insolent et si malencontreusement 
révélateur de son chaperon. 
Une noisette tomba : 

— Chaperon, Petit Chaperon, tu seras donc 
cette noisette!.. 




te> 



114 




Mais, dans le bois, Le Petit Chaperon Rouge pensa 
que le Marmiton était encore là, le Marmiton grand cro- 
queur de noisettes... 

— Chaperon, veux-tu être cet épi de blé? 
Mais Le Petit Chaperon Rouge avait une 

chevelure noire, dont elle était très fière, et que 
pour rien au monde elle n'eût consenti à laisser 
teindre ; et comment, avec des cheveux noirs par- 
ticiper aux moissons blondes? 

Sans compter qu'avec le blé se fait la 
farine, et les galettes avec la farine, et ce 
n'eût pas été la peine, pour y revenir 
farine, que Le Chaperon Rouge se 
donnât tant de mal à éviter la pâtisserie 
de Montrouge... 

— Chaperon, Chaperon, tu seras 
la Fleur des Pois ! 

Çà, c'était assez flatteur; être la 
Fleur des Pois, c'est un compliment; et 
qui donc, sinon la Fleur des Pois, le Fils du Roi 
épouserait-il ?. . . 

— Mais déjà la guêpe jalouse s'est précipitée 
sur la Fleur des Pois et la pique affreusement : 

— Qui me délivrera de cette piqûre? 

— Moi, dit la Flamme, que l'on emploie 
communément pour détruire les nids de guêpes. 

Seulement, il n'est pas beaucoup plus 
agréable d'être la proie des flammes que des guêpes : 

— Qui me délivrera de cette brûlure ? 

• — Moi, dit, cette fois, la Source elle-même. 
Seulement, il arriva au Chaperon Rouge ce qui arrive 




n5 





aux personnes un peu précau- 
tionneuses lorsqu'elles se jettent 
à l'eau, eau de Seine ou eau de 
source; pour ne point mouiller 
ses vêtements, elle les accrocha 
soigneusement, avec son cha- 
peron, aux roseaux de la berge, 
— et c'est le moment que le Roi vint à 
~^v passer sur cette berge, non plus le fils 

du Roi, mais, le Roi son père. 
Le Roi ne put donc savoir qu'elle avait un cha- 
peron rouge, puisqu'elle était nue. 

Mais parce qu'il l'avait vue nue, et qu'il avait 
des principes, ce bon Roi estima que c'était lui- 
même, et non pas son fils qui devait épouser, — 
et il l'épousa en effet, — Le Petit Chaperon Rouge. 



Franc-Nohain. 




MASCARADE 




ES déguisements à mon avis sont de trois 
sortes, — les déguisements utilitaires, les 
déguisements historiques auxquels je joins 
les ethnographiques; et les autres. 

Les premiers n'ont que faire ici dans 
le Bon Ton, j'entends les travestis revê- 
tus selon les âges par les malfaiteurs dans 
le but de tromper sur leur qualité, à commencer par le 
démon et son habit de serpent. Les historiques, les voici : 
— Tandis que tourbillonnent sur un air de boston mous- 
quetaires et Suissesses, bohémiens et bretonnes aux cos- 
tumes authentiques, François premier, la jambe avanta- 
geuse conte comme il sait faire, fleurette à une belle; — 
il est bien près d'avoir conquis le cœur de la Pompadour car 
c'est elle ; on le connaît à sa coiffure poudrée, aux guirlandes 
de roses "mousse" rampant sur son corsage à taille inter- 
minable ; son bras que prolonge l'éventail peint en miniature 
embrasse négligemment le col de cygne de la causeuse 
Empire et notre hôtesse s'écrie: "Quel charmant tableau". 
Et je lui crierais moi, s'il existait des termes galants pour 



117 




contredire en ville : ' ' Non Ma- 
dame, ce n'est pas un joli tableau". 
Mais ici, sur un terrain plus neutre, 
je lui dirai ce que j'ai au cœur : 
" Comment avez-vous pu tomber, 
Madame dans cette erreur de don- 
ner en 1913 un bal où se heurtent d'aussi cho- 
quants contrastes. Vous avez, je n'en discon- 
viens pas, satisfait à certains désirs secrets de 
vos convives en leur donnant occasion d'incarner 
pour une heure une figure enviable; peut-être 
aurez-vous même marié le roi galant du seizième 
à la royale et Louis XV concubine, ce dont on 
ne saurait à la lettre vous blâmer, mais ce 
faisant, vous avez péché contre le goût pur et, 
ce qui est plus grave, contre la mode. N'eut-il 
pas été bien plus glorieux de réconcilier Schar- 
riar avec Schéhérazade ou de rapprocher Aladin 
de Badroulboudour ? — Pourquoi cela? dites-vous? 

Madame I — une sem- 
blable question ! ! igno- 
rez vous donc les ten- 
tatives récentes des 
croisés de la mode? 
partis là-bas, en Perse 
et en Alger, non pour 
convertir cette fois 
mais pour être con- 
vertis. — A l'Isla- 
misme? — ' il n'en est 
pas question, mais 





aux modes bigarrées, aux turbans, 
aux aigrettes et aux bouffantes culot- 
tes; c'est être mécréant à la façon 
nouvelle que de l'avoir méconnu. 

Mais à ce propos, puisque vous 
semblez ignorer Madame tout cela, à 
moi de ne pas vous mal initier à ce qui se doit faire 
et vous induire en erreur. Vous saurez donc que nos 
croisés n ont pas rempli cette année la mission orientale 
que l'on attendait d'eux, pareils à certains de leurs 
pieux devanciers détournés de leur but par d'impré- 
vues délices, ils se sont arrêtés en chemin; leurs vais- 
seaux ont mouillé dans les eaux de Venise, leurs 
ancres ont grippé le fond de la lagune. Nouveau Vil- 
lehardouin j'ai couché par écrit dans ma chronique 
leurs travaux. 

Permettez-moi, puisque j'ai commencé, de vous gar- 
der Madame pour interlocuteur, je ne vous acca- 
blerai plus, j'en fais le serment, de mes reproches. 
— Ainsi donc, votre 
prochain bal sera 
plus chrétien qu'il 
n'eut été l'an passé, 
quoique plus mas- 
qué ; le masque en 
effet y aura la plus 
large place, mais, ô 
subtilité, je me fais 
scrupule ici de dé- 
crire et de préco- 
niser les habits véni- 




119 



tiens qui d'abord viennent à toutes les mémoires. Certes, 
nous serons reconnaissants de voir à ce bal Arlequin, Pulci- 
nella et la Signora Lucretia, Fracasse, Fritello et tant 
d'autres de la Comédie, mais, c'est l'Esprit même de Venise 
qu'il me plairait de voir régner ici, avec le masque rendu à 
sa mission primitive: favoriser l'incognito. — Ceci est le 
point important, mais qui voudra se résoudre à ne point 
être reconnu, à passer peut-être, horreur!... pour un autre? 
les vénitiens pourtant le faisaient, il vous faudra donc en 
passer par là. Ils en avaient une grande coutume, j'en 
conviens, eux dont le simple habit de promenade était pour 
le moins un domino. Sans pousser aussi loin qu'eux l'hor- 
reur de se montrer tel qu'on est, ayons confiance en leur 
don périmé d'invention pour se travestir. Ils ne fuyaient pas, 
certes, les costumes consacrés aux allégories traditionnelles, 
mais choisissaient parmi eux ceux qui répondaient à leur 
caractère; un Gille au cœur tendre ne se mettait point en 
pohchinelle. En conséquence, mais je crains d'encombrer de 
mêmes masques tout le Carnaval, je dirais, si vous avez de 
l'esprit, mettez-vous en bossu. 

Jean Besnard. 





Le T&nt-Muf eft dans la ville 
||lgw eft dans te corps ku) 

ÉBifc 



QOURIANTE, au seuil du bal enfantin, Lady Clare 
nous accueille : « J'étais lassée, dit-elle, des 
légendes persanes; du poète à l'œillet, de la mys- 
térieuse Péri. Leur langueur sied mal à nos alertes 
bonshommes. J'ai préféré renouveler les jours pim- 



HAÛÔIE t% 




^1Xj\ 



pants de la Régence; voyez! de mon salon, j'ai 
fait le Pont-Neuf! » 

Les boiseries ont disparu. A leur place, un 
décor en grisaille étend un ciel fin au dessus des 
toits. Entre deux rangées de boutiques, un peuple 
menu badaude et s'admire. Ce sont petites gens 
(de cinq à douze ans) venues à la promenade et 
aux emplettes. Il semble que les saisons et l'usage 
aient caressé leurs vêtements aux tons doux. N'est-ce 
pas la pluie qui rouilla la houppe- 
lande cannelle du mendiant? la les- 
sive qui pâlit tendrement 
le jupon ardoise de la pour- 




J^AGCie. 13 




voyeuse ? Kt la chape 
grise du preneur de rats 
garde -t- elle pas en ses 
plis un peu d'ombre ? 
Tous sont si naturels, que chacun de leurs 
gestes éveille une image oubliée. Bleus crayeux, gris 
d'argent, roses mûrs de Lancret : devant 
l'échoppe de l'herboriste s'arrête une com- 
pagnie. Une dame de qualité fait boufîer sa 
jupe "ébaubie"; le maître de bon ton, la mar- 
chande de modes choisissent de l'origan et de la 
nonpareille. Rouges tannés, bistres sourds, noirs 
profonds de Van Troost: aux pieds du montreur 
d'images, le porteur d'eau, le gagne-petit, l'écaillère 
et le chaudronnier s'interpellent. Cartouche, un 
emplâtre sur l'œil, feint de s'intéresser au débat. 





MACCi'c 13 



123 



Mais voici poindre le justaucorps bleu et les bas écarlates 
d'un Garde-Française. Le bandit s'efface. . . 

De grands laquais, en livrée gris de lin, passent sur 
des plateaux les sorbets fruités et les crêpes d'or 
du mardi- gras. Aussitôt des rondes gourmandes les 
encerclent. 

Les flammes des bougies brasillent dans l'air 
chaud; un halo de poussière enveloppe le bal bour- 
donnant. Surgit une silhouette d'une sveltesse fragile. 
Un jeune garçon en costume d'étudiant. Son 
regard suit un rêve, sa bouche sourit. Et je tres- 
saille de voir, par dessus les siècles, 
cheminant, solitaire dans la foule du 
Pont-Neuf, le pensif, le divin AVatteau, 
que ses songes invitent à l'amoureux 
voyage. Maggie. 




-macîgi£: 13 



12.4 



DE ET LE BON TON 



î E Carnaval ! Évocateur et troublant 
ce mot fait rêver aux Tiepolo, aux 
Souvenirs du Président De Brosses, à 
Casanove, à Longhi, à Goldoni! Nice 
et Cannes, avec leurs cavalcades burlesques, 
comprises suivant la tradition, donnent 
lelong de leurs routes embaumées et fleuries, 
sous le bleu lumineux du ciel méridional, 
l'impression très nette et très juste de ce 
que doit être le carnaval : une folie, la 
métamorphose complète d'un jour qu'on 
désavouera peut-être demain, mais qui 
donnera à l'esprit et aux sens, la vie d'heures 
intenses, invraisemblables et fugaces... 
le carnaval c'était cela à Venise. 

A Paris, c'est le bal costumé dans le 

cadre plus ou moins restreint d'un 

hôtel ou d'un appartement moderne ; 

l'intrigue n'y a plus cours, l'audace du 

masque y est interdite. . . Alors ? 

ALORS, ô toi, qui dois, demain, faire 
figure au bal Louis XIII, Persan ou 
Grec de la Duchesse de XX X... cherche 
à remplacer la fantaisie et la folie par une 
reconstitution scrupuleuse et si j'ose dire, 
fantomatique. N'arrange pas une coiffure à 
ton minois, ni un costume à ta taille, ton 
effet serait raté et tu n'aurais l'air que d'une 
bourgeoise; mais cherche au plus profond 
de l'époque qui t'intéresse un personnage 
saisissant et coloré. 

Etudies-en l'âme et le caractère, fais le 
revivre pour un soir, fût-il féroce, inattendu 
ou laid. 

"NIE cherche pas "l'agréable" nous n'y 
tenons pas plus, que nous ne tenons à 



une jolie femme aujourd'hui; il est des laides, 
étranges et pleines de caractères, qui savent 
nous captiver bien davantage. 

Pourquoi ? 

Parceque nous avons évolué, parcequ'une 
personnalité est plus pour nous que la 
beauté conventionnelle; parceque notre 
époque est par excellence celle des contra- 
dictions, des paradoxes et de l'inattendu; 
parceque c'est ainsi et pas autrement, voilà 
tout. 

QI le bal où l'on te convie ne comprend 
aucun style spécifié, cherche dans les 
objets, et non plus dans les personnages, une 
figure amusante : un de mes amis souhaite 
une invitation de ce genre pour arriver en 
"poire" ce pour quoi nous lui prédisons un 
succès fou, car, en homme spirituel qu'il 
est, cette personnification du fruit idiot ne 
sera pas sans créer du piquant à sa 
conversation. 

(T^ERTAIN couple charmant rêve de se 
faire annoncer en "œufs de Pâques": 
l'œuf en sucre et l'œuf en chocolat. 

Que dirais-tu d'une potiche, japonaise 
d'où ta tète émergerait étudiée et étrange ? 

Le poussin " jusl oui" inspiré de l'affiche 
célèbre, serait une reconstitution charmante 
comme l'évocation d'un monument très 
connu, d'un tableau trop vu ! 

TA caricature d'un style est une des choses 
les plus curieuses, qui soient non par 
la beauté, mais par le cocasse de sa réali- 
sation. Demande, en ce cas à un peintre 
son avis et son conseil; lui comme aucun 
autre, saura trouver du grotesque... réussi. • 



12Ô 



¥L me souvient d'un certain Louis XIV, 
en personne, dont les canons étaient faits 
de centimètres multicolores et la perruque 
d'échevaux de soie jaune; dont la culotte 
était composée de son pantalon retroussé, 
et son habit, d'une veste de femme en 
piqué blanc; celui-là, les joues peintes au 
ripolin, la canne faite d'un manche à balai; 
un chapeau de paille de cinq sous troussé 
en tricorne sur la tête; celui-là dis-je, restera 
comme une des impressions les plus 
comiques que j'ai eues. 

^TOIS-TU la caricature de Catherine 
de Médicis, de Mme de Maintenon 
ou de Cléopâtre; celle de Mme Vigée le 
Brun? Elles pourraient être chacune dans 
son genre, le clou d'une soirée, si tu te sens 
prête à la riposte burlesque, à l'assaut 
imprévu que suscitera une pareille fantaisie. 

Ql tu es contemplative et lente d'esprit, 
si tu aimes par dessus tout à regarder, 
et si tu dois être décontenancée à la moindre 
attaque, alors porte le domino, magnifique 
et éclatant sous la lumière des lustres. 
Accroche le masque de velours qui dissimu- 
lera ton visage et ce sera encore très beau, 
d'avoir sur ton passage, l'évocation des 
belles princesses de Venise qui sous les 
arcades des Procuraties promenaient leurs 
voluptés et leur dilettantisme en ce joli 
temps de licence qu'était le XVIII e siècle. 

IpN tous cas, tout ce que je te demande, 
c'est de ne pas t'habiller en arlequine 



et en folie pour t'en aller mélancoliquement 
bâiller dans l'embrasure d'une porte ou 
souffrir le pauvre martyr d'une belle 
dame habillée en ruche à abeilles, à laquelle 
il advint l'aventure suivante : meurtrie et 
fourbue, les pieds à l'étroit dans des souliers 
minuscules, elle voulait s'asseoir, mais dans 
l'impossibilité de le faire, à cause de sa 
jupe : une véritable ruche, raide et sans 
souplesse comme de juste, elle cherchait en 
vain un soutien au chambranle des portes, 
contre les cheminées, partout... à demi 
morte, on la trouva à cinq heures du matin 
le dos assis sur le coussin d'une bergère, le 
reste du corps raide et effleurant le sol 
comme un parapluie oublié là... 

Encore un conseil pour finir : va au bal 
costumé, pour t'amuser, seulement dans ce 
but, sinon mieux vaut prendre un bon livre 
et t'asseoir au coin de ton feu, car rien ne 
peut concourir davantage au raté d'une 
fête que la présence de masques tristes qui 
se regardent en se demandant ce qu'ils sont 
venus faire là. 

Le Bon Ton. 

P. S. Quelque soit le costume choisi 
n'emploie comme sortie de bal qu'un 
vêtement exotique ou de pure fantaisie : 
gandourahs égyptiennes, manteaux indiens, 
robes japonaises fourrés ou ouatés, capes 
espagnoles, manteaux de papes ou vêtements 
russes, mais ne mets jamais un manteau 
d'opéra si tues une femme, ni un mac farlan 
si tu es un homme. 

L. B. 7. 







Un chapeau de Maria-Guy 

127 



PI. I. — Costume d'homme en gros satin borde de cygne. Le maillot, la doublure du 
manteau et le turban sont en Velours. 

PI- H- — Elle est Vêtue d'une iupe plissée en gaze d'or sous une autre jupe lai tonnée en 
tissu persan broché. La culotte et la blouse à manches longues sont en mousseline de soie plissée 
avec des bracelets d'or aux poignets, aux chevilles et au cou. 

PL III. — Robe princesse en gaze lamée d'argent. Les feuilles de nénuphars bordant le 
décolleté sont en Velours ainsi que la coiffure oit se mêlent des roseaux. 

PI. IV. — La robe de Paquin est en charmeuse blanche peinte de petits oiseaux Verts et 
rouges et garnie dans le bas de larges Volants plissés rouges. La cage, de mousseline de soie 
transparente à barreaux d'or, est garnie de glands, de fleurs et de fruits de laine. 

PI. V. — Le costume de Paul Poire 1 est en soie plissé. Les boulingrins en mousse de laine 
sont piqués de petites fleurs de laine également. Des stalactites de cristal et de strass garnissent 
la coiffure en Velours marbré. 

PI. VI. — La robe princesse de Redfern en Velours frappé incrusté de paillettes d'argent 
s' ouVre sur le devant et laisse Voir un dessous de mousseline de soie. 

PI. VII. — La "Maya" habillée par W*ortb est Vêtue d'une robe à panier de taffetas- 
changeant bordé de ruche, sur une jupe, de Tarlatane blanche à girandole de roses de Velours. 
Elle est coiffée d'une mantille noire sur ses cheveux poudrés où est piquée une rose. 

PL VIII. — La Bergère de Cheruil est Vêtue d'une jupe panier en Velours prunelle. 
La casaque décolletée, en carré et découpée en larges vans, est taillée dans une grosse peau de soie. 

PL IX. Le manteau chinois rouge et noir de Dceuillet est doublé de soie et couvre un 
panier de satin sur une jupe de soie brodée d'une guirlande. La robe de dessous est en crêpe de Chine. 

PL X. —Le costume de Douce t est un panier d'organdi "aurore" sur du quinze-seize 
"nuage ". Le nègre est habillé de soie. 

*{* JU JL JU JU JU JU JU JU. j|* >Jc *J* *J* *tt j|» jjU *J* »J* j^» j|» i|* jj» JU JU »T* *t* «Jt «Xt *î» *$* *J» *j|* .>|«. *|» *|* *!* j|t 

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LETTRE A UNE PROVINCIALE 




Paris, i er Février. 

|c«N cette mi-février, chère Agathe, c'est, à Paris, le prin- 
temps! Depuis une semaine le plus doux soleil n'a pas 

cessé de briller, invitant les arbres à fleurir et à verdoyer. 
Les arbres ont vite cédé à cette hâtive in- 
vitation ; il y a, à côté du champ de courses, 
à Auteuil, un marronnier qui porte toutes 
ses feuilles: des feuilles d'un vert tendre, 
cru comme une salade, et, dans les taillis 
du Bois, un peu partout, les cerisiers, les 
troènes, les épines sont étoiles de rose et 
de blanc. Ce pavoisement végétal, au heu 
de réjouir, attriste et fait peur. Pauvre et 




129 




imprudente saison ! Ce soir, demain 
peut-être, l'hiver va revenir, les gi- 
boulées de mars meurtriront 
ces faibles et fragiles richesses, 
et lorsqu'il s'agira du véritable 
printemps, les bourgeons et 
les boutons payeront chère- 
ment l'empressement 
qu'ils mettent à s'ouvrir 
aujourd'hui. 

En attendant, sans 
les souhaiter, ces jours 
moroses, on accepte les 

jeunes fleurs, et l'on fait des bouquets. Agathe, vous en 
souvenez- vous? la première fois que je vous vis, c'était dans 
le salon de madame votre mère. J'y causais cérémonieuse- 
ment avec celle-ci, lorsque la porte fut poussée devant 
vous, qui entrâtes, à pas lents, droite et précautionneuse. 
Vous teniez un vase entre vos mains, un vase de cristal 
rempli d'eau. Vous ressembliez à quelque prêtresse adoles- 
cente, à quelque vestale dans ses débuts, et je songeais, 
en vous voyant ainsi, portant ce beau morceau 
de cristal liquide, à ces iris noirs, à ces pâles 
jonquilles qui fleurissent sur le Forum, au pied 
des colonnes brisées qui entouraient, à Home, 
le temple de Vesta. 

Mais il ne s'agissait point de jonquilles et 
d'iris romains. Vous aviez reçu du Midi un 
grand panier de fleurs, et vous alliez vous 
donner le plaisir de « faire des bouquets » . Il 
y a dix ans de cela, et vous faisiez déjà les 




i3o 



plus jolis bouquets du monde. Sport délicat, art difficile, 
auxquels bien peu excellent! Connaissez-vous rien de plus 
triste que des fleurs mal arrangées, placées au hasard, dans 
un salon, sur un guéridon, sur la cheminée, le jour où on 
reçoit, parce qu'il faut avoir des fleurs? Bouquets stupides et 
cossus, que torture un fil de fer, et sur lesquels parfois 
(horreur!) voltige et palpite, au bout d'un laiton rose, un 
papillon ou un petit étendard de soie qui 
porte sans modestie le nom en or d'un 
fleuriste réputé. 

Ces bouquets-là, Agathe, vous les 
méprisez comme moi. Ce que vous aimez, 
ce sont les fleurs lib- ,:s et heureuses, trem- 
pant dans une eau pure leurs vertes jambes 
d'hamadryades. Et d'a- 
bord, avant de choisir les 
fleurs, il s'agit de choisir 
les vases. Vous n'em- 
ployez jamais, je gage, ces 
vases dont la décoration 
est faite de fleurs : rien 
de plus chétif, de plus lamentable 
que ces fleurs peintes en trompe- 
l'œil (et qui ne trompent personne) 
sous la retombée des fleurs vraies. 
Pour les grands bouquets, les 
vases de cristal sont les seuls que l'on puisse ad- 
mettre, avec, il est vrai, les hauts et sombres tubes 
de bronze japonais. Pour les petits bouquets, les 
porcelaines et les grès unis, et le verre, le cristal 
encore. Quant aux fleurs elles-mêmes, j'étais l'autre 4^ lu 




?.«>. 




i3i 



soir, chère amie, dans un salon où triomphait l'odeur de 
la jacinthe. Je sais que vous aimez ces riches et graves 
fleurs qui donnent à l'odorat une sensation analogue à celle 
qu'une bonne crème, qu'une glace réussie donnent au goût. 
Et dans ce salon fort confortable, tandis que les jacinthes 
répandaient leur puissant arôme, une belle cantatrice 
chantait voluptueusement. La langoureuse voix s'emmêlait 
aux invisibles rubans de parfums. Je ne sais pourquoi une 
belle voix de femme, lorsqu'elle exprime des sentiments à 
la fois tristes et passionnés, évoque devant moi les couleurs 
et l'atmosphère des plus beaux tableaux vénitiens. Ce qu'il 
y a d'attachant, d'enivrant dans une toile de Palma ou du 
Titien, il me semble que la musique seule le peut traduire, 
et mieux encore lorsque cette musique s'exprime par le 
moyen d'un grand soprano dramatique et chaleureux. 

Je vous ai bien regrettée, tandis que je goûtais cette 
luxueuse et noble gourmandise. A vrai dire, une demi-heure 
après, je m'apercevais que tant de jacinthes m'avaient 
donné un peu mal à la tête, mais, aujourd'hui, je ne me 
souviens plus que de l'agrément de cette heure trop rare, 
et qui eût fort heureusement rompu, chère Agathe, la 
solitude champêtre où vous vous confinez. 

Jean-Louis Vaudoyer. 











yoiwùûv) 



PETITS CHAPEAUX 

Pour Âristoh. 

QUELQUE humoriste un peu pressé, émit naguère cet 
aphorisme : le chapeau, c'est l'homme. — Le tour 

était bon, mais la vérité bien hâtive. J'y 

contredis. Le chapeau, dirons -nous, c'est la 

femme. Je le prouve. 

C'est par le chapeau qu'elles commencent 

à s'habiller, au sortir du lit. La chemise 

vient ensuite ; et les soins du coiffeur, après, 

— car ce n'est pas vrai qu'une femme naît 

coiffée, et encore moins qu'elle se réveille 

telle. C'est par le chapeau qu'elles finissent, 
le soir, de se dévêtir. Et l'on a vu mainte 
honnête personne, qui n'avait plus rien à 
refuser pourtant à son ami, s'obstiner à rester 
couverte. Elle avait, ma foi, bien raison : je 
ne vois pas pourquoi si les grands de son 





i33 





pays restent chapeautés devant le roi d'Es- 
pagne, une jolie femme ne garderait point 
son bibi ou sa toque devant l'amour, qui 
n'est en somme qu'un petit garçon. 

Tlien de plus joli qu'un petit chapeau, — si ce n'est 
ce qu'on met dessous. Et il faut bien reconnaître qu'un joli 
chapeau est une jolie chose en soi, rien que par sa joliesse, 
sa commodité étant nulle. A-t-on jamais vu que les dames 
se couvrent le chef pour le protéger des cou- 
rants d'air, de la pluie ou du gros soleil ? Non 
pas. Elles se chapeautent pour faire bien. Le 
chapeau est, pour le sexe, une parure — et 
fort inutile. C'est pourquoi on la doit soigner 
du mieux que l'on peut, beaucoup plus 
qu'une robe — chose qui s'enlève — et voire 
même, que des dessous, dont on change. 

Aussi bien s'agit-il d'adapter au temps, à l'heure, à son 
cœur, aux saisons, des chapeaux adéquats et particuliers. 
Point de salut, n'est-ce pas? hors des plus petits. 

Vos chapeaux seront donc petits, tout petits, petits — 
comme il est chanté du cœur de ma mie. Ridiculement 
petits de tonnage ; mais de jaugeage plus considérable, si 
je puis dire : car il s'agit d'y entrer votre tête en entier, 
par dessus les oreilles, et jusqu'aux sourcils — non compris. 
La calotte large, et le bord étroit. Cela 
donne l'air crâne, et vous l'êtes, n'est-il 
pas vrai? Ornez ce modeste objet d'ap- 
pendices variés, mais de style : aigrettes, 
pompons, houppettes, verre filé, colibris, 
plumages. Je laisse la chose à votre gré. 
S'il vous plaît même de nouer d'un ruban 

134 






sous votre menton ce paradoxe 
de chapeau, j'y consens, encore 
qu'avec peine. Mais, pour 
l'amour de Dieu et par le dieu 
de l'amour, renoncez, ah! renoncez, Madame, à 
ces épingles meurtrières dont vous eûtes la manie 
assassine de perforer vos plus sensibles coiffures ! 
Enfoncez désormais votre chapeau sur votre tête, et l'y 
maintenez. Qu'il tienne tout seul, et qu'au besoin, si 
quelque malappris vous rencontre au Bois et néglige de 
vous saluer, vous puissiez, d'une main experte, le saluer 
vous même la première d'un coup de votre très joli 
chapeau. La leçon sera salutaire — et le geste aura du 
piquant. . . Auriez -vous peur de paraître excentrique? 
Laissez ces terreurs à celles qui ne sauraient jamais l'être. 
Il y a, là comme ailleurs, la manière ; et vous l'avez. 

Il faut encore que je vous dise quelque chose. Vous 
possédez une nuque exquise. Quelques frisons y jouent. 
C'est charmant. Cacheriez-vous cette merveille ? — Point. 
J'admets que l'oreille et le front soient 
masqués : il n'y a pas de mystère à cela. 
Mais la nuque, Madame, montrez votre 
nuque, ou du moins qu'il soit 
loisible d'en voir quelque 
chose. Vous consentez? Votre 
petit chapeau s'arrêtera donc 
net, sur le derrière de votre 
tête. Quelques cheveux dé- 
passeront son bord extrême. 
Merci. 

Vous retiendrai-je encore 





i35 





par mes conseils — pour que vous 
ne les suiviez pas et que j'aie 
un air ridicule ? Non, Madame, 
non. «Je vous ai dit des choses 
définitives, mais vous serez tout 
à fait libre : vous choisirez les 
formes de vos petits chapeaux 
vous-même : le pétase de Mercure, la toque 
russe, le bonnet persan, le turban, jusqu'à 
la salade et au morion de nos guerriers 
d'autrefois, voilà ce qui vous convient. 
Vous avez du goût : je vous laisse. 

Emile Henriot. 





L'OMBRELLE 



« Un autre traçait, qui me demanda beaucoup de temps et beaucoup 
de peines, fut ta fabrication d'un parasol.. » 

C'est ainsi que parle Robinson, racontant ses aventures. 

Vous faut-il autant de temps, autant de peines, madame, 
pour choisir la plus belle ombrelle, la plus digne de vous ? 

En réalité, vous craignez moins le soleil que le crai- 
gnaient votre mère et votre sœur aînée. Le hâle ne vous 
déplaît pas, et vous préférez, pour votre teint, la nuance des 
pêches, et presque des brugnons, à celle du papier de riz et du 
camélia. Mais, méfiez-vous ! la mode des joues colorées peut 
fort bien ne plus durer longtemps, et vous serez prise au 
dépourvu s'il faut que, cet été, votre visage abandonne les 
chaudes teintes de l'ambre pour adopter des pâleurs diaphanes 
semblables à celles que les maraîchers souhaitent donner 



xS 7 




ner aux cœurs des salades en liant celles-ci, dès leur 

jeune âge, et fort étroitement. 

Il y a quelques années, vous avez été tentée, 
pour vous amuser, d'adopter ces minuscules ombrelles, à 
peine plus grandes que l'armet de JMembrin, dont usaient, 
avec un sérieux attendrissant, pour descendre l'avenue de 
l'Impératrice et faire le Tour-du-Lac, vos grands-mères à 
crinolines, héroïnes de Balzac et d'Alfred de Musset. 

Mais vous cessâtes vite de trouver dans de tels 
archaïsmes, plus curieux que jolis, un divertissement 
capable de vous suffirj, et, aujourd'hui, la seule ombrelle 
qui puisse convenir à vos toilettes à sobres lignes, c'est 




i38 




celle que manièrent, des portes jusqu'au fond de 

l'Orient, vos pareilles de Grèce, de Perse et du Japon. 

Vous mépriserez donc, madame, l'ombrelle importante 
et surbombée de jadis, et vous aimerez passionnément ces 
parasols nets et minces, dont nous vous dirons bientôt les 
couleurs presque plats, dans le goût des chapeaux dont se 
coiffaient les filles de Tanagre, dans le goût aussi de ces 
instruments cérémonieux, parasols d'honneur que le roi de 
Siam accorde aux vénérés Sancrats. 

Et, pour les beaux matins de Bagatelle, au cours d'une 
oisive promenade, trouverez - vous rien de mieux, contre le 
regard indiscret d'un promeneur séduit, que la muraille 
obéissante et brusque en quoi se métamorphosera cette 
ombrelle : elle porte, à l'extrémité de chacune de ses 




1^9 



baleines, un petit gland de couleur vive, son manche est fait 
d'un bois rare et nu, et, toute entière, elle est copiée 
idéalement sur l'ombrelle que tenait dans sa main pointue, 
au moment de paraître devant Salomon, la Reine de Saba, 
l'amie de vos rêves, celle à qui vous ressemblez tant, lorsque, 
sous les arbres, vous attendez votre « flirt », ou même 
(Madame, excusez-moi) l'unique Bien- Aimé. 

Mais lorsqu'il sera là, ce Bien- Aimé, croyez-moi, renon- 
cez, quelle que soit la violence du jour, à vous servir encore de 
votre ombrelle, et méditez la vérité de ces quatre vers galants : 

... Laisse ton parasol, nymphe, prends d'autres armes, 
Si lu Veux te sauver de la plus tiHe ardeur, 
Des rayons du soleil tu garantis tes charmes, 
Mais les feux de l'amour s'allument dans ton cœur... 

que je trouve enfin (et un peu laborieusement), Madame, le 

moyen de vous citer. 

UALAOR. 





LE MANTELET 




ï A mode qui change toujours mais toujours recom- 
mence, a remis en vogue le mantelet. Nos 
mères l'avaient connu, et aussi les grand' - 
mères de nos grand'mères. Marie Lecsinska, 
dans le pastel de La Tour, en porte un 
qui est noir. 

Il se drape, et sa grâce vient de là. Il recouvre molle- 
ment l'épaule, — se joint à la ceinture et retombe en flot- 
tant. Il y avait autrefois tout un art de porter le châle, 
et l'on jugeait une femme à la courbe qu'il faisait. Il y 
avait un certain pli, une façon de revenir sur le bras, et 
de glisser par dessous, qui était inimitable. Le mantelet ne 
sera pas moins heureux. Le geste qui l'attache est celui 
de la petite Diane du Louvre, qu'on appelle la Diane de 
Gabies; et que cette déesse l'ait porté à la chasse, c'est assez 
dire son agrément léger. 



Mi 



Voilà l'épaule libre sous 
ces plis qui ne la serrent point. 
C'est un événement, et de con- 
séquence. Une femme peut lever 
les bras. Jugez-vous que ce 
ne soit rien? Cette facilité 
était entièrement sortie de nos 
mœurs, et l'on sait qu'on ne 
pouvait mettre son chapeau 
qu'à la condition d'être en 
chemise. Il en résultait que 
retirer seulement une des lon- 
gues épingles qui le tiennent 
était la plus compromettante 
des faveurs, et 





qui entraînait 
toutes les au- 
tres. De sorte 

qu'il n'y avait pas de milieu dans l'art de 
céder, et qu'il fallait rester toute armée et 
hérissée d'aiguillons dangereux, ou se 
merci. 

Le mantelet permet de dé- 
faire son chapeau seulement, et 
même de le tenir contre le vent. 
Il permet tous les sentiments 
qui veulent qu'on élève les mains 
vers le ciel. Une jeune femme 
peut maintenant attester les 
dieux ou sa mère. Elle peut 
crier qu'elle est malheureuse. 



P.fc. 



142 




Elle peut, allongeant sur le banc d'un jardin un 
bras négligent, en laisser voir la courbe mincie 
et la frêle élégance; elle peut lever l'avant-bras 
reployer une main plus tendre qu'une pâte de 
roses. Que n'exprime-t-elle point par cet abandon! 
Voilà les bras déliés. Elle peut cueillir des noi- 
settes. Elle peut jouer avec un bull et lui jeter 
du sucre. Toute la psychologie est transformée. 
Il est vrai que si l'on veut, le mantelet serrera 
les coudes. Il prendra alors un grand air de sa- 
gesse et de sérieux. Il sera propre à la confidence 
et à la réflexion. Négligent ou réservé, tantôt fait 
pour le loisir pares- 
seux d'un parc, tantôt 
pour la 
prompte 
prome- 
libre et 



nade 

ajusté , gracieux, 
changeant et ani- 
mé variant avec 
l'état d'esprit, il 
répond à tous les besoins 
d'une sensibilité distinguée. 
Les formes des vêtements 
s'engendrent les uns les autres 
avec autant de sérieux que 
les espèces vivantes évoluent. 
Et il y a un darwinisme de la 
toilette où l'on regrette que 
l'Académie des sciences ne 




143 



s'applique point davan- 
tage. Les corsages croi- 
sés en pointe que l'on 
vient de porter, avec 
leurs manches largement 
ouvertes, sont assurément 
l'origine physique du 
mantelet. Il a suffi qu'il 
se fit à ces corsages, une 
de ces variations brusques 
qui apparaissent pour 
des causes encore mysté- 
rieuses dans la nature, 
et que les physiologistes 
nomment des mutations. 
Cette mutation s'est pro- 
duite aux premiers jours 
du printemps : il a poussé 
une queue aux corsages. 
Ces choses-là se sont vues dans beaucoup de genres d'ani- 
maux. Le mantelet était né. Cet allongement a pris lui-même 
toutes sortes de formes. Il est resté flottant comme le bout 
d'une écharpe, ou il s'est appliqué avec conscience. Mais le 
moindre naturaliste démêlerait aisément son origine. Le 
costume est le plus libre agencement de la fantaisie; il est 
aussi le produit le plus rigoureux de la logique. Le petit 
manteau était déterminé de tous temps dans l'ordre universel 
et la sagesse des choses. 

Henry BlDOU. 




M4 




E LA CRAVATE 



\N a beaucoup écrit sur ce chapitre et, j'en conviens, 
l'embarras est immense quand, après tant d'auteurs illustres 
on se hasarde à vouloir traiter un sujet de ce poids. Qu'on 
y songe, M. de Gramont-Caderousse a dit en propres 
termes : "L'art de mettre sa cravate est à l'homme du monde 
ce que l'art de donner à dîner est à l'homme d'état." 
Au surplus quelle abondance en la matière ! Parlerons-nous 
des cravates à la Colin ou des cravates à la Bergami, des 
cravates à la paresseuse ou à la gastronome, des cravates 
en coquille, en cascade, en valise ! Evidemment la sagesse 
veut que nous nous bornions, que de préférence nous 

145 







insistions sur les modes les plus en 
faveur, enfin que nous procédions 
par ordre. 

Aussi bien est-il logique de 
toucher d'abord un mot des cra- 
vates qu'on porte le jour et pour 
commencer du nœud dit nœud 
marin ou, si vous préférez, nœud 
régate. C'est à coup sûr le plus 
simple et le plus répandu, le nœud classique entre 
tous. JMais encore là faudrait-il s'entendre et la 
marge est grande entre une cravate nouée au petit bon- 
heur dont la nuance, fruit d'un choix hasardeux, jure 
pitoyablement avec celle de l'habit et la cravate ainsi 
qu'elle doit être, c'est à dire ni trop serrée, ni trop lâche, 
ni trop étroite ni trop large, à rayures ou à pois et noire 
ou bleu foncé plutôt que vert-pomme ou jaune-serein. Afîaire 
de tact, évidemment. Mais pour dieu ! évitez les arabesques 
saugrenues, les dessins trop ingénieux, enfin si vous y tenez 
absolument, gardez les couleurs audacieuses pour les tenues 
d'été, les complets de chasse ou de voyage. 

Je le répète, on ne saurait trop s'attacher à ce grand 
principe que la cravate marine est par excellence la cravate 
correcte, l'attribut naturel de la redingote et du chapeau de 
soie. Par contre il me semble que je réserverais le nœud 
papillon — ce terme même n'indique-t-il pas dès l'abord un 
caractère, comment m'exprimerai-je... plus frivole, plus 



146 




(TT""" 



m 




fantaisiste ? — je le réserverais, 
dis-je, pour un complet veston, 
un chapeau de feutre ou de paille. 
Mais cette fois encore, à votre 
place, je me garderais d'adopter 
le rose vif ou la couleur de feu. 
Le plastron eut jadis la vogue, 
j'entends vers 1872, à l'époque de 
Paupaul et de l'amant d'Amanda, 
quand celui-ci promenait autour 
du lac ses manches pagodes et ses pantalons en 
pattes d'éléphant. L'on a si je ne m'abuse, renoncé aux 
manches pagodes non moins qu'aux pattes d'éléphant; mais 
le plastron est rentré quelque peu en faveur et, muni d'une 
perle de cent louis, c'est, il faut en convenir, une belle 
chose qu'un beau plastron. Il est vrai que pour le bien 
porter un maintien élégant, beaucoup de prestance naturelle 
sont choses indispensables et si par la noblesse de ses manières, 
l'autorité de sa démarche, le volume de son torse, M. le baron 
de Grandmaison, par exemple, a droit d'arborer à sa 
guise le plastron, la même cravate aurait, n'en doutez 
pas, un aspect tout autre sur tel ou tel des intimes de 
M. Fallières. 

J'en dirais autant de la cravate flottante laquelle est 
essentiellementl'attribut de ce que nous appelleronsle Monsieur 
de la rive gauche. Le Monsieur de la rive gauche ne quitte 
jamais sa rive excepté pour gagner le Jockey. Il porte un haut 



*47 



de forme, avec son haut de forme un veston, avec son veston 
une fleur à la boutonnière, enfin autour du col son éternelle 
cravate, dite cravate Lavallière, le tout fortement usagé. Soyez 
seulement de l'Epatant au lieu d'être du Jockey, habillez- vous 
à la mode du jour, ayez trente ans au lieu de soixante, si par 
surcroît vous avez l'idée malchanceuse d'adopter la cravate 
flottante, alors, autant le dire de suite, vous serez grotesque. 
Voilà comment par un lien d'idées facile à saisir j'en 
arrive tout naturellement à parler des cravates de soirée. Elles 
sont de deux sortes, la noire pour le smoking qu'il faut, 
— je dis il faut — porter avec un col à cornes, la blanche pour 
l'habit que par contre je n'admets qu'avec le col manchette. 
A cela vous m'objecterez que le col manchette est gênant, — 
Monsieur, ça m'est égal, — qu'il n'est pas toujours facile 
de réussir un nœud de cravate, — Monsieur, exercez-vous, 
travaillez. Je n'ajoute que ces quelques mots. Si par malheur... 



comprenez -moi 
on s'apercevait que 
nœud tout fait, en 
dites vous une fois 
vous resterait qu'à 
disparaître au plus 
parisienne. 




bien, si par malheur 
vous portez un 
ce cas, mon cher, 
pour toutes qu'il ne 
plier bagages et à 
vite de la scène 
R. B. DE MONVEL. 




LE GOUT AU THEATRE 



^U'IL s agisse des idées, des sentiments ou des chapeaux, 
il arrive parfois que le théâtre précède la mode . Mais 
le plus souvent, il la suit, ou plutôt il la résume, la met au 
point et la consacre. Ce que nous enseigne une pièce 
nouvelle, ce n'est pas le goût qui naît, c'est le goût qui 
s'achève, le goût de l'année, du mois qui va finir... 

j E rideau se lève sur le dernier acte des " Éc/aireuses ". 
Voici, £ixèe pour l'avenir, l'image de nos maisons et la 
nôtre propre en l'année 1912. Dans une grande pièce de 
campagne ouvrant sur une colline normande, M. Garry et 
Mlle Dorziat parlent d'amour. Mlle Dorziat a ôté son 
manteau, mollement drapé de ratine verte ; elle a soigneu- 
sement laissé voir la doublure de peluche, vert plus pâle; 
elle s'est assise avec sa jupe courte, de laine douce, verte 
aussi, et taillée dans une teinte intermédiaire entre celles 
de la ratine et de la peluche; son chapeau plat, gris vert, 
ombre son visage. Et rien n'est plus d'hier que cette grande 
jeune femme parlant à son ami, habillé, lui aussi, d'une 
laine verte et guêtre de jaune. Tous deux sont assis sur un ca- 

■49 




napé Louis XVI, 
ayant à côté d'eux 
quelque table Louis- 
Philippe, un fauteuil 
Directoire ; au mur 
une toile perse à per- 
sonnages; des oiseaux 
empaillés sur les biblio- 
thèques ; de hauts can- 
délabres maigres en- 
tourant sur la cheminée une pendule basse. — Nous 
sommes bien en Décembre 1912. 

Avant l'engagement d'amour à la campagne, c'était la 
lutte et la bataille à la ville. Et les petites "Eclaireuses", 
réunies dans un atelier décoré par M. Groux dans les 
teintes vives et inattendues qu'il affectionne, exhibaient les 
silhouettes nettes, fines et provocantes qu'il convient de 
montrer dans la rue en marchant vite. Toutes ces petites 
"Eclaireuses" alertes deviendront, à l'acte suivant, de petites 
Madames réunies pour prendre le thé ou pour écouter une 
poétesse. Et dans la soirée nous les aurons vues, à toutes 
les heures, les petites dames d'aujourd'hui : costume de 
marche ou de bataille, costume de snobisme, costume de 
sentimentalité tendre. Il y aura un point commun entre elles 
toutes : elles sont — et nous avons été — menues, très menues, 
de plus en plus menues à mesure que le regard descend de la 
nuque jusqu'aux talons. 

tt^ntrons maintenant au Théâtre des Arts pendant une de 

ces exécutions de musique qu'on y renouvelle chaque mois. 

On donne un opéra de style pompéien et un ballet de 



i5o 



"fêtes galantes". Mais un courant de goût moderne, de 
goût neuf et créateur, vivifie la reconstitution romaine et 
l'évocation pastorale. Dans le Couronnement de Poppée, l'œuvre 
admirable de Monteverdi, nous verrons pleurer Octavie 
devant un petit lac impressionniste aux collines basses. 
Un page et une demoiselle se rencontreront dans un 
palais impérial, dont les jardins semblent arrangés par 
Corot et éclairés par Claude Monet. Dans l'Amoureuse 
Leçon, le charmant ballet de M. Alfred Bruneau, des 
couples Watteau, un peu rehaussés de ton, dansent 
devant des arceaux et des colonnes d'un vert et d'un 
violet inattendus et satisfaisants. Danseuses en robes 
blanches, agrémentées de roses cerise ou cerclées de bleu 
vif; danseurs à culottes blanches, à veste cerise ou bleue;... 
tout cela pare, et sans fausse note, une œuvre ancienne; 
pourtant un couturier, un couturier d'audace, pourrait s'en 
inspirer pour ses modèles les plus aventureux de demain. 



u Théâtre Français, dans 
Kistemaeckers , un défilé 
traverse le décor le 
plus banal : jardins 
au bord de la Mé- 
diterranée qui sem- 
blent copiés d'après 
quelque affiche de 
chemin de fer; pro- 
blématiques décom- 
bres en carton trop 
mince. Mlle Cerny 
y promène son al- 



la pièce de M. Henry 
de silhouettes élégantes 




lure altière et féminine; Mlle Robinne sa grâce imper- 
sonnelle et sa blondeur lumineuse ; Mlle Faber, sa 
fraicheur agressive; Mlle Bovy, sa gaminerie fluette et 
piquante. 

Mais admirez comme les costumes s'accommodent 
justement aux situations ! Pour un dénouement mélancolique, 
dans le décor qui représente l'usine en ruines, sous un 
éclairage lamentable de petit jour, Mlle Robinne apparaît 
fastueusement drapée dans un manteau de dentelle et d'argent 
lamé, tandis qu'à côté d'elle, et pour mieux accuser l'invrai- 
semblance, Mlle Cerny, en manteau sombre et la tête serrée 
dans son écharpe, a l'air d'une pénitente pitoyable cherchant 
le confessionnal? 

A l'Odéon, on se soucie davantage d'assurer l'har- 
monie réciproque des costumes et leur adaptation réelle 
à l'action. Tout l'appareil extérieur du spectacle est calculé 
pour créer autour des personnages une atmosphère morale- 
ment juste. Même dans des spectacles hâtivement 
montés, comme ceux des matinées inédites, cette 
préocupation est sensible. Au troisième acte de la 
Maison Divisée de M. André Fernet, une tenture 
bleu toile, des meubles bas en bois sombre, quel- 
ques photographies au mur, la table de travail 
éclairée par une lampe à abat-jour sombre, suffi- 
sent à former autour d'une action pathétique et 
sérieuse un cadre exact et évocateur. De tels effets 
n exigent pas beaucoup de dépense ni même beau- 
coup de peine. Mais il faut quelque chose de 
plus rare, l'intelligence et le vrai goût. 

Lise-Léon BLUM. Mlle Dorziat. 





r 



L sommeillait depuis les vacances dernières. Nous 
l'avons retrouvé à Pâques, avec la vieille maison. 
C'est lui qui, le matin, frôle notre fenêtre et appelle 
les petits au dehors ; il est dans la brume des coteaux, 
dans les branchages humides, dans l'azur vif qui bleuit 
la campagne; il est irrésistible. 

Janot court le rejoindre, avec son cerf-volant. 
Aussitôt le jeu commence. L'oiseau 
de toile jaune hésite, fléchit et 
soudain, l'Invisible aidant, s'enlève. Janot 
haletant, en veste de laine brune et kilt 
strié de blanc s'immobilise et semble ne 
faire qu'un avec la terre nue des 
champs tandis qu'il suit des yeux, 
là haut, son rêve et son oiseau 
qui tournoient au soleil. 

Avec Claude, l'Invisible fait 




i53 




une partie de chasse. 
Dûment équipé, ayant 
revêtu pour la circons- 
tance un ample sarreau 
chamois, Claude — 
Petit qui porte encore 
la robe, enjambe ambi- 
tieusement des lieues 
imaginaires en quête de 
gibier; il s'en prend, 
faute de mieux aux 
pigeons du verger. 

Mais le singulier 
Compagnon, aux allu- 
res fugitives mène toujours le jeu. Isette le suit au fond du 
ravin, et se grise de joie et de parfum à cueillir la jacinthe. 
Elle serre ses trésors sur sa cotte bleue. On dirait à la voir 
debout sur une roche 
quelque berger échappé 
de ^Valter Crâne. 

Parfois l'Invisible 
s'éloigne de nos jeux. 
Une visite le met en 
fuite, ou l'apparition 
détestée de nos voisins, 
les Enfants Sages, en 
gilets de velours et bon- 
nets de crépon gaufré. 
Le soleil cuisant 
blêmit, et les flèches de 
l'averse tombent par 




*54 




myriades, si froides et 
si drues que nous ren- 
trons transpercés. 

Il est là, l'Espiègle 
qui rit dans la flambée 
tandis que les petits 
changent leurs vête- 
ments détrempés contre 
de moelleuses capu- 
ches. Il flotte par la 
maison dans l'odeur 
des perses fanées, et du 
goûter qui s'apprête... 
Lorsque le soir 
tranquille descend sur les champs, Claude est assis à la turque 
devant l'âtre et ramène ses pieds nus chaussés de babouches 
sous sa douillette mamelouke. Il médite. Son ombre esquisse 

sur le mur une danse 
guerrière. N'est-ce pas 
toi, Invisible, qui te 
glisses p-rès de lui, 
effleures doucement ses 
paupières? Le feu cré- 
pite, Claude sursaute, 
cherche à tâtons sa lu- 
mière et s'en va pour- 
suivre en rêve les jeux 
et les immenses projets 
qui tiennent en une 
journée. 

Maggie. 




i55 




Robe de petit dîner 

i56 



Modèle Buzenel 



LA MODE ET LE BON TON 






C ,E que sera la mode de l'été ? Elle sera 
ce que chaque femme voudra, laide et 
jolie suivant le goût et l'audace des unes et 
des autres ; cependant la caractéristique, 
c'est-à-dire ce qu'un peu tout le monde 
adoptera c'est le costume trotteur fait de 
pièces et de morceaux, commencé Dieu sait 
où, fini... on l'ignore davantage encore. 

| ES cover-coat, les côtelés, les serges, 
les draps légers et croisés, serviront à 
ce genre de costume dont les jupes ne lais- 
seront presque plus la possibilité de mar- 
cher. Certaines, (puisqu'on ne peut plus 
relever sa robe) seront ironiquement re- 
troussées du bas, comme le pantalon du 
business-man. Sur la hauteur de l'ourlet, 
en bordure, ce relevé adoptera des allures 
de garnitures. Comme on voit là que notre 
goût "lassé de tout" comme le cœur du 
poète... Mais passons ! 

jf UPES montées avec ampleur que res- 
' serre une patte à boucle, tout comme la 
culotte de Foottit ; jupe à poches à re- 
volver (signe des temps '.) ; jupes lacées 
sur les côtés, froncées en store au milieu 
des devants avec gros gland de tapissier 
retombant dans l'espace libre, nous aurons 
des imprévus de jupes, à l'infini. Toutes 
sont heureusement ou drôlement troussées, 
ce qui occasionne plus d'une fois le joli 
mouvement de faire sauter en l'air les 
basques de sa jaquette, pour dire en se 
retournant: " O regardez, chère, l'amour 
de jupe que j'ai choisie. 



Il est vrai qu'à part quelques réminis- 
cences d'habits Louis XV, assez longs, elles 
ne seront pas gênantes à faire sauter, les 
basques " pour rire " de nos jaquettes 
dont quelques-unes ont l'air de l'habit de 

Chocolat ", court devant à l'excès, et 
finissant en petite queue de morue par 
derrière. 

A VEC ses apparences de démence, la 
mode a sa raison, et si elle voulait nos 
devants de jaquettes si courts, c'est qu'elle 
tenait à imposer les gilets, mais oui, les 
fameux gilets qui se pressent en foule, tous 
si jolis, que nous en aurons désormais des 
centaines, variés, clairs, sombres, anciens, 
paysans, grands seigneurs et Dandys. 

T E plus chic pour le moment c'est le gilet 
d'habit, des hommes, en satin blanc, 
s'ouvrant en vol d'hirondelle sur la jupe, 
un peu plus bas que la taille. 

Quelques-uns ont la partie du dos as- 
sortie et se conservent sur la blouse, une 
fois la jaquette retirée. 

IDOUR les après-midi de danses ou de 
goûter au Bois, nous aurons des taf- 
fetas clairs, sans ornements ni broderies 
qui donneront sur les pelouses immenses, 
des réminiscences de Trianon, mais un 
Trianon retouché par Lepape, modernisé, 
simplifié, exquis, où la draperie jouera le 
rôle principal. Taffetas puce, rose vif, noir 
ou taupe, c'est pour l'été l'étoffe remise en 
honneur que piquera au corsage ou dans 



iÔ7 



un retroussé de la jupe, une ou plusieurs 
fleurs de laine tricotée ou de satin froissé. 

1T ES transparences, au corsage, n'auront 
jamais été plus voulues à l'instar de 
Dorine, et c'est infiniment joli, contrastant 
avec la partie du dos très montante, que 
complète le plus souvent, une ruche de 
tulle, raidie par un laiton. 

QUANT aux ceintures des robes ha- 
billées, elles varieront presque autant 
que nos gilets, mais la préférence va surtout 
à la ceinture de Cléopâtre, ceignant les 
reins et enroulée par deux fois, avant que 
de venir se nouer derrière, à hauteur des 
genoux. Souples et fournies pour se froisser 
en plis nombreux, il les faut de crêpe de 
Chine, de satin Liberty ou de voile Ninon, 
toujours alourdies de franges ou de glands 
à leurs pans. 

On parle beaucoup des robes longues, 
sinon à traîne, du moins retombant en tu- 
lipe sur le sol ; j'en ai vu non pas dehors, 
mais dans les réunions de l'après-midi, ba- 
layant nonchalamment les lames miroi- 



tantes du parquet. C'était joli là, mais 
que sera-ce à la mer ou sur champ de 
courses... C'est l'avenir, pas très loin- 
tain au reste ! qui va nous l'apprendre. 

1VTOS chapeaux seront étroits et hauts, 
quelques-uns adorablement ébouriffés 
de coques de tulle ou de dentelle, d'autres 
ridicules et laids sous le hérissement d'une 
famille d'aigrettes en fureur, qui commu- 
nique au visage un air agressif. 

Le retour aux petites formes qu'affec- 
tionnèrent les impressionnistes, semble sé- 
duire les originales, mais l 'inquiétant, c'est 
que ce sont les moins jeunes qui s'en 
parent, alors que pareille audace ne con- 
viendrait guère qu'aux adolescentes... 
Quand donc les femmes apprendront-elles 
à se connaître? Il existe pourtant, le miroir 
Malin... dans les yeux des bonnes amies. 
Moins compliqué à atteindre que celui du 
fond de notre sac, il mérite que nous le 
consultions, aussi souvent que possible; 
celui-là ne trompe jamais, croyez-moi. 

Le Bon Ton. 



rf»*—*^ 








Mantelet d'après-midi 



Modèle Zimmermann 



EXPLICATION DES PLANCHES 

PI. I. — Robe de soirée en marquisetle lamée d'argent. Manteau de soie brochée à grands 

dessins. , 

* 

PI. IL — Ce costume tailleur est composé d'une jaquette en forme de blouse serrée à la 
taille par une ceinture fermant derrière. La jupe est étroite et garnie dans le haut d'un drapé en 
forme de pannier. 

PI. III. — Habit d'homme en épingle. La cape est de drap noir à grand col. Doublure de 
soie noire. 

* 

PI. IV. — Robe de printemps de Paul Poirel, en crépon blanc. La tunique est en linon; 
le chapeau de paille de riz est garni de satin noir et de petites fleurs également en linon. 

PI. V. — Robe d'après-midi de Redfern en drap du Pôle à impressions. Jaquette envelop- 
pante, fermée par un seul gros bouton d'où pend une écharpe; des manches pendent deux glands. 

* 

PI. VI. — Robe de soirée de Worth en salin ondoyant doublé de liherty et garni de 
chantilly. Echarpe de mousseline noire retombant sur la robe. 

PI. VII. — Robe de Cberuit pour la promenade, en serge à carreaux Ecossais Verts et noirs 
avec petit saute-en-barque de salin noir bordé de petits biais en ruban picot. 

PI. VIII. — Robe de Dceuillet en côte de cheval. Les revers du corsage sont de moire 
brodée de métal or et acier. Ceinture en pareil. 

* 

PI. IX. Robe de dîner de Doucel en taffetas glacé à dessin de petites roses à l'ancienne. 

PI- X. — Ces deux tailleurs sont: l'un en "creed" l'autre en "corscrrti". Les deux 
jaquettes sont ornées de piqûres. 

+ 4. 4.4. 4. 4. 4. 4. 4. 4. 4. 4. 4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4.4. 

Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant. 




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LETTRE A UNE PROVINCIALE 





N 


.X 



Paris, mars 1913. 

OTRE belle amie Patricia, chère Agathe, est 
venue de Londres passer quelque temps à 
Paris. Elle ne change pas. Elle est toujours 
cette grande personne à moitié fée, à moitié 
déesse, à la fois Titania et Hébé ; vraiment les 
personnages de certaines tragédies de Shakespeare, Hélène 
ou Portia, telles que nous les montrent les peintres anglais 
dans les Keepsakes de 1840, hardies et bien membrées, 
tenant le glaive ou le rameau. 

Ses toilettes sont plus que jamais intrépides et singulières. 
Cependant elles n'ont pas des couleurs ni des formes plus 
baroques et plus audacieuses que les toilettes qui sont 
« à la mode » en ce moment chez nous. Les robes de 
Patricia, néanmoins, seront toujours voyantes. C'est qu'elle 
est seule à en porter de semblables. Elle le lait avec une 
sorte de gravité enfantine, de noble gaucherie qui lui donne 



un « style » extraordinaire. Pas une française ne résisterait 
à de pareils attiffements ; elle aurait aussitôt l'air d'une 
« déguisée ». Les françaises veulent bien braver le ridi- 
cule, mais en corps ; et, quand il s'agit d'adopter une 
forme de manche ou de jupe, elles ne font pas de diffé- 
rence avec leur goût et leur devoir. Patricia ignore de pareils 
héroïsmes. Elle a des opinions très personnelles sur la façon 
dont elle doit et veut se vêtir; et elle obéit sans fraude 
aucune à ses opinions. 

Elle est venue à Paris pour « rafraîchir son français », 
qu'elle prétendait ne plus savoir parler. Vous savez que, au 
contraire, elle le parle avec une pureté presque livresque; 
elle a appris notre langue en lisant Renan et M. France; 
aussi, parlant si bien, mais avec tant d'accent, a-t-elle 
toujours l'air de se moquer un peu de vous. 

Cette cure, Patricia avait décidé de la faire en assistant 
chaque jour, pendant une semaine, à 
une conférence. Elle avait aussi décidé 
que je l'accompagnerais. C'est une 
grande et forte épreuve que je viens 
de subir. Agathe ! Il faut me 
plaindre un peu. Jugez-en! 
Lundi, nous avons été 
au vénérable collège de 
France, dans une pe- 
tite salle qu'emplissait 
l'odeur du rhume. Un 
extrêmement petit et 
délicat vieillard, à peine 
discernable derrière sa 
chaire, nous a entretenu 




de certains épisodes peu connus de la vie de 
saint Papoul et de celle de saint Saturnin. 
« Quel bizarre accent a ce monsieur! Je ne 
connais pas cet accent là! » disait Patricia. Ce 
professeur n'avait pas d'accent, mais il n'avait 
plus une seule dent, et cela lui donnait en 
effet une façon de parler particulière, assez 
confuse. — Mardi, je pensais me dédommager. 
C'était dans une salle élégante. — Un très cé- 
lèbre couturier devait exposer ses idées sur la 
mode. Il l'a fait avec une gravité déconcertante. 
Ah! par comparaison, le professeur du collège 
de France nous a paru bien futile ! Ce couturier 
a cité deux fois saint Augustin, une fois Por- 
phyre, et le passage qu'il nous a lu, pris dans 
M. de Sacy était interminable. 

Mercredi, une comédienne fastueuse, qui, 
sur les scènes des boulevards, joue des rôles auxquels rien 
ne résiste, est venue nous dire ce qu'il fallait penser du 
renouveau patriotique qui fait battre 
le cœur de tout bon français. Elle avait 
une robe tricolore, la narine frémis- 
sante, le geste ému. Elle nous a lu, 
pour finir, quelques cen- 
taines de vers d'Hugo, 
une dépêche de M. 
Déroulède et une œuvre 
de M. Gustave Hervé — 
Le jeudi, un journaliste 
réputé pour son esprit 
et un jeune chirurgien 





i63 



réputé pour son adresse ont fait le diable et le bon dieu, 
c'est-à-dire, une conférence contradictoire, sur un sujet que 
j'ai oublié. 

Vendredi « une très grande dame », à la silhouette de 
tambour-major a su nous apitoyer, son face à main lui che- 
vauchant le nez, sur un sort particulièrement cruel. Il s'agit 
de malheureux poissons vivants que l'on emporte dans des 
viviers, sur les transatlantiques, pour nourrir les passagers. 
Ces infortunés poissons, parait-il, entendent le bruit des va- 
gues et de la liberté à l'heure même de leur mort. C'est contre 
ce raffinement sadique qu'on nous a demandé de nous élever. 

Enfin, samedi, une conférence. Un petit garçon, (costume 
de velours, col de dentelle) qui a fait deux fois le tour du 
monde. Il en a rapporté des cornes de rhinocéros, des mor- 
ceaux de minerai, des échantillons de graines oléagineuses, 
et un certificat qui prouve 
qu'il a été embrassé par le 
président Kruger. 

Après cela, Patricia de- 
vait rentrer à Londres. Mais 
elle a voulu se rendre au fa- 
meux bal des pyjamas et des 
chemises de nuit. On n'a pas voulu 
nous laisser entrer. Jamais on n'a 
consenti à croire que la chemise de 
nuit de Patricia en était vraiment 
une. Ce qui était cependant vrai. 
Ah ! Agathe, que je vous envie 
d'être aux champs. Mille choses 
aux lilas, je vous prie. 

Jean-Louis Vaudoyer. 




164 




Coiffure et corsage. 



LES ROBES DE BAKST 

ip\ ANS les salons et les ateliers d'artistes, dans les maisons de 
thé et les théâtres, dans les halls des grands hôtels et 
des paquebots transatlantiques, dans les wagons des trains 
de luxe, partout, en ce moment, partout Ton ne parle que 
des robes dessinées par Bakst, réalisées par Mme Paquin et 
M. Joire. 

Mais l'on n'en parle pas de la façon que l'on parle 
ordinairement de ces sortes de choses : l'on en parle comme 
de choses vivantes, d'êtres animés. Elles ont, en efîet, cha- 
cune, leur vie propre, leur individualité, la vie et l'indivi- 
dualité que leur ont données les deux artistes de l'imagination 
et des mains de qui elles sont nées à la lumière. 

Et puis, elles portent des noms exquis, délicieusement 



i65 




La manche d' 



évocateurs, des noms de déesses et de 
nymphes. Vous les avez vues, n'est-ce 
pas? 

— Sans doute, sans doute. 

— Je les aime toutes. Atalank 
m'enchante et Ak$om me ravit. L'har- 
monie de noirs et de blancs rehaussés 
de rouge à! Atalank, l'harmonie de bleus 
intenses, de blancs et d'argent d'A/cyone 
a pour moi un charme irrésistible. Cela 
est si imprévu, si différent de tout ce 
qui se fait et de tout ce qui se voit. 

— Trop différent peut-être... 

— Ah! que non. Je raffolle, moi, 
dAglaé. Rappelez-vous cette tunique 
blanche dont le bas est brodé de perles cerise et qui se détaché^ 
et s'ouvre, retenue à mi-jambe par un gros camée bleu, sur 
un fourreau noir doublé de satin blanc et liseré de rose... 
ce corselet en damier bleu et argent serré à la taille par un 
autre camée plus petit, également bleu. 

— Et DeauH/lk/ Toute blanche, en dentelle et satin blancs, 
la jupe ornée de petits volants de dentelle d'un dessin si 
original, fraîche vision de printemps dans l'entrebâillement 
de la jaquette de charmeuse noire qui la complète. 

— Et fiïkél Niké! ma chère! Ah! qu'elle porte bien 
son nom ! Une vraie toilette de Victoire, cette robe de satin 
rose chair aux manches flottantes et au corsage ornés de 
larges jours, ceinturée de soie émeraude, sous l'étonnant 
et fastueux manteau de soie émeraude qui ressemble, avec 
ses amples draperies et sa riche bordure noire et blanche, 
au manteau triomphal d'une impératrice d'Asie ! 



166 



— Oui, oui ! Mais que dire, 
alors, d'Hébé, de ce péplum bleu 
charron sur un fond noir... 

— Elle me séduit moins et 
je lui ai préféré infiniment /.y/y 
où les blancs, les bleus et les 
verts intenses s'accordent de si 
étrange et si plaisante manière. . . 

— Avez-vous remarqué les 
bottines blanches d'/.y/y; elles 
ont des bouts bleus et leur 
talon est liseré de bleu. D'ail- 
leurs, pour chaque robe Bakst 
a composé et dessiné les chaus- 
sures et la coiffure qui lui con- 
viennent. 

— Je dis que tout cela est 
d'une fantaisie, d'une audace, 
d'une nouveauté rares et que 
M.. Bakst est un artiste du plus 
précieux talent, qui a des idées 
à en revendre, une imagination 
du détail presque trop riche, 
un sens de la couleur excep- 
tionnellement aiguisé et que je 
comprends et partage l'enthou- 
siasme que provoquent ses 
créations. Mais je dis aussi 
que je trouve parfois excessif 
l'usage que fait M. Bakst 
des ornements géométriques et 




' DeairttUc ' 



\6j 



des couleurs tranchées et que je regrette de le voir parfois 
se laisser entraîner par son goût du « jamais vu » à des 
recherches un peu trop étranges, comme les applications 
d'étoffes ou d'autre matières épaisses et pesantes sur des 
tissus légers... 

Je dis enfin qu'il faut, malgré tout, louer sans réserve la 
largeur de vue et l'audace d'une maison comme la maison 
Paquin qui n'a pas hésité à mettre à la disposition d'un 
artiste de la valeur et de l'originalité de Bakst les 
trésors de son expérience et la sûreté de sa technique, 
et que cette étroite collaboration leur fait à tous deux le 
plus grand honneur, et que le succès de curiosité qui a 
accueilli cette tentative est parfaitement légitime et doit 
réjouir tous ceux et toutes celles qui aiment l'art, de quelque 
façon qu'il se manifeste. 

Gabriel M.OUREY. 



"Akyoi 




jupe. 




CHAPEAUX 
ET PETITS THEATRES 




E petit théâtre est une invention toute fraîche. 
La Bodinière fut à la mode il y a une vingtaine 
d'années. Le théâtre Michel, il y a quelque 
douze ans, joua "Oui trop embrasse". Mais le thé- 
âtre Michel est une arène immense si on le com- 
pare aux Capucines. Cette scène de poupée parut dans son 
temps une merveille. Les loges, d'une couleur d'oranger, sont 
ornées d'un feston de roses au naturel, et la commère des 
revues, du bout du pied, ferait aisément choir le lorgnon des 
premiers spectateurs. Cette disposition donne un vif senti- 
ment d'intimité. Les auteurs l'ont compris et ils n'ont pas 
hésité, deux fois sur trois, à faire jouer les comédiennes en 
chemise. Ce costume ne serait pas de mise sur une grande 
scène. A la Porte Saint-Martin, une académie grelotterait, 



169 




mais dans une bonbonnière pimpante comme un boudoir, il 
semble bien naturel d'ôter son corset. 

A mesure que les comédiennes sont moins vêtues, les 
spectatrices, par un effet inverse sont plus parées. Compa- 
rez le misérable public du Théâtre Français à l'assemblée 
serrée et brillante qui vient applaudir trois pe- 
tites pièces exécrables devant une petite scène, 
où des acteur de dixième ordre donnent la ré- 
plique à des petites personnes totalement 
dépourvues de talent. Les gens de peu qui vont 
voir jouer Le Misanthrope n'ont pas, à eux tous, 
dix mille francs de perles, et les 
fameux mardis semblent une as- 
semblée de vieilles parentes de 
province. Mais parlez-moi d'une 
belle ineptie dans une petite 
boîte. Là, toutes les robes sont 
signées, toutes les étoffes cha- 
toient, toutes les épaules sont 
nues, toutes les gorges sont 
poudrées de poudre mauve, et 



170 





les bijoux scintillent comme le gîvre sur un jardin. 

Cette élégance s'accroît toujours ; le plus récent de 
ces petits théâtres, le Théâtre Impérial de la rue du Colisée 
est tout rose. Les fauteuils sont tendus de toile de Jouy 
blanche et carmin et le rebord des loges couvert de cristal 
s'éclairant soudain par une lampe cachée, farde d'un feu rose, 
pareil à celui de la rampe, les joues des spectatrices. Ces 
spectatrices peuvent-t-elles faire moins que d'être décolletées, 
parées, jolies et entourées de soupirants. 

Seulement, dès qu'une femme se pare, une 
question se pose. Que mettra- t-elle dans ses 
cheveux? Peuvent-ils rester sans or- 
nement? La nature ne l'a pas voulu, 
elle qui a paré la huppe. On a réussi 
avec peine a obtenir que les femmes 
viennent au théâtre sans chapeau. 
Mais c'est une victoire précaire et 
sans cesse menacée. La chevelure 
d'une jolie femme est merveilleuse- 
ment fertile en parures, toutes petites 
d'abord et qui s'accroissent, qui 




171 



s accroissent. . . Le chapeau supprimé, l'aigrette a poussé à 
sa place. D'abord, elle était couchée sur l'épaule, peu à 
peu elle s'est redressée et maintenant, c'est un haut nuage 
blanc qui s'élève. . . ou bien c'est une toute mince et longue 
et diabolique plume verte qui danse devant vos yeux comme 
un méchant esprit. Et sous ces plumes, voici que tout-à-coup 
pousse à son tour un petit chapeau, si petit, si petit. . . Ce 
n est qu'une minuscule coiffe plate en soie noire qui couvre 
un coin des cheveux, qui les aplatit, qui donne de la vue aux 
spectateurs d'arrière ; et déjà les petits théâtres, miséricor- 
dieux parce qu'ils sont élégants, permettent l'entrée de la salle 
à ces petits chapeaux. Et le petit chapeau à son tour gon- 
flera ; il lui poussera des bords épanouis, un fond haut et 
creux : la croissance en est toujours imprévue mais certaine. 
Déjà de certains petits tulles le recouvrent; ils multiplient 
leurs plis. Je vois dans l'avenir des rideaux entiers se froncer 
autour des têtes, et ces innocentes fleurettes qu'on y voit, 
primevères, roses de mai, vont par incitation brusque se 
changer en grappes, en branches, en buissons, en citrouilles. 

Henry BlDOU. 





POURT 



A ux alentours de 1820, le surintendant des Beaux- Arts, 

M. le vicomte Sosthène de La Rochefoucauld — en 

l'occurence beaucoup plus Sosthène que La Rochefoucauld 

— imagina que la dé- 
cence exigeait des pan- 
talons des ballerines de 
l'Opéra qu'ils leur des- 
cendissent plus bas que 
le tutu, jusqu'aux che- 
villes. Il convient de se 
remettre en mémoire 
l'horreur de ce sacrilège, 





173 




au moment où — au risque de friser 
l'outrecuidance — nous nous propo- 
sons de traiter ici des dessous. 

Le sujet mérite la considération. Il 
est, en outre, délicat. Rien de plus 
mobile, de plus variable que les des- 
sous. Il faut qu'ils se plient aux lois 
de la mode; et c'est très joli, de passer 
en un tournemain du goût de la robe 
entravée à celui de la robe à paniers, 
des robes bouf- 
fantes et à queue, 

aux robes courtes, voire culottes. Encore 

faut-il adapter à ces diverses façons 

extérieures de se vêtir des préparations 

qui soient logiques et adéquates. Le 

dessous, de qui le contenu dépend, doit 

être en fonction du dessus; cela va de 

soi. Puisque donc le goût du jour est 

que les formes apparaissent sous les 

souples étoffes qui les recouvrent en les 

moulant, le dessous sera, pour l'instant, 

d'une consistance légère. Point de ces 

jupons indiscrets, dont la soie froufroute 

et par son crissement décèle une armature 

intime trop volumineuse. Voyez-vous le 

jupon à volants de nos grands mères 

sous la mince tunique de nos contem- 
poraines les moins majeures? J'entends 

qu'on me souffle : la chemise, le pan- 
talon, le jupon doivent pouvoir passer 




*74 



en entier dans le diamètre d'une bague. Et d'un point. 
Sous ces étroites lingeries, vous paraissez nue dans votre 
robe — et vous ne l'êtes pas : c'est là le piquant. 

Le pantalon mérite un examen particulier. Je le veux 
court; et s'il le faut, qu'il s'orne d'un bavolet 
de dentelles. Mais c'est gentil, ce pantalon qui 
s'arrête net à la hauteur du genou... Sur sa 
blancheur, la couleur du bas doit trancher 
joliment. Sa coupe arrondie, les nœuds qui le 
serrent, le dessin de ses ornements 
corrigeront la sécheresse un peu mas- 
culine de cet appareil dont il ne faut 
point médire. Mais de 
grâce ! Quittez, madame, 
cette mode ridicule des 
culottes de soie où vous 
vous enfermez. N'invoquez 
pas les courants d'air : nous 
savons tous que les fem- 
mes n'ont jamais froid. Serait-ce alors que vous 
n'êtes point brave? — A d'autres! La culotte 
est laide; elle est puritaine; avec elle, Fragonard 
n'eût jamais peint les Hasards heureux de V Escar- 
polette . Convenez que c'était dommage... 

Autre chose. Répudiez le cache-corset bon 
pour Tartufe. Remplacez-le par une de ces 
combinaisons ravissantes qui protège les épaules, 
couvre à demi la gorge, épouse la taille et 
tombe à la façon d'une tunique aux mille plis 
jusqu'aux genoux ; si vous voulez, la tunique 
peut former culotte, dans sa partie inférieure ; 





175 





mais qu'elle bouffe autour des nœuds 
qui enserrent les cuisses. Et joignez à 
ces divers retranchements de la pu- 
deur, si j'ose dire, le mystère qui 
sied — si j'ose encore 
dire — au sein des seins ; 
compliquez à souhait le 
jeu des boutonnières, le 
lacis des rubans, l'hos- 
tilité des agrafes. Ariane 
goûtait un secret plaisir, j'en suis sûr, à voir 
s'égarer dans le Labyrinthe celui qu'elle 
pouvait conduire. Ce plaisir sera le vôtre, 
lorsque... Mais ceci touche à la psychologie. 

Minora canamus... 

Délicats linons, batistes lé- 
gères, toiles arachnéennes, enve- 
loppez les fragiles et secrets 
charmes que l'on vous confie! 
Voilez de vos transparentes 
gazes les trésors qui vous sont 
Connus... Nous n'irons pas plus 
loin : pour le moraliste, les des- 
sous se limitent à eux-mêmes. 
Quant au reste, il vous appar- 
tient madame, d'y veiller; c'est 
à vous de remplir la coupe. Ce 
distique vous l'apprend : 

iVjniwlD ^ e ne son * P as ^ es P°* s ' ce nes t pas la faïence, 
[ ' Cjest ce qu'on met dedans qui fait la différence. . . 

Emile Henriot. 








DU PRESTIGE DE LA MODE AUX ETATS-UNIS 



M 



A mission en me rendant aux États-Unis était de faire 
mieux connaître encore la France héroïque, artistique 
et littéraire ! 

A mon départ, en effet, plusieurs journaux m'avaient 
décerné le titre d' "ambassadeur des modes". Peut-être 
certains ne le faisaient-ils point sans quelque ironie et je fus 
tout d'abord surpris de constater, dès mon arrivée, que les 
Américains prenaient ce titre au sérieux. Mais, depuis, j'ai 
compris qu'un tel rôle, en apparence frivole, valait d'être joué. 
La mode est la seule industrie française qui soit prépondé- 
rante aux Etats-Unis. Et quelle source de fortune ne repré- 
sente-t-elle pas ? Nulle part, il n'est possible de voir une 
telle folie du luxe, une telle émulation dans la lutte pour 
l'élégance, un tel respect des fantaisies de la mode. Jamais une 
américaine ne transforme au goût du jour une robe de l'autre 
saison, elle n'admet et ne porte que le neuf. Elle observe 
avec minutie les moindres transformations inventées par nos 
couturiers et l'originalité les effraie si peu que c'est à New- 
York que les "Maîtres" de la rue de la Paix adressent 



i 77 



leurs plus audacieuses créations. Des sommes formidables 
sont réservées chaque année à la toilette féminine et nom- 
breuses sont les maisons françaises qui doivent au faste 
yankee beaucoup de leur prospérité. 

Mais nous ne saurions nous endormir car nous avons à 
craindre non seulement la concurrence étrangère, mais encore 
un nouvel état d'esprit. 

Parlons d'abord de la concurrence : elle est terrible. Elle 
vient surtout de l'Allemagne qui compte aux Etats-Unis 
400.000 représentants pour 3o.ooo Erançais. Les Allemands 
étant sur place prennent aisément position. 

A vrai dire les fameux "quatre-cents" dont le cercle est 
étroitement fermé, et les nouveaux millionnaires, les puissants 
industriels qui forment une société neuve à côté de cette 
élite, ont trop le souci d'imiter les arbitres du "smart set'' 
pour s'adresser à d'autres couturiers que les nôtres. Mais la 
petite bourgeoisie commence à se laisser persuader par les 
catalogues alléchants, les journaux de mode qui annoncent les 
nouveautés parisiennes et sont édités par des maisons étran- 
gères. La vente de nos soies diminue; nos modistes ont moins 
de commandes. L'article de Paris se fabrique à meilleur compte 
à Boston ou à Baltimore. Il serait souhaitable que nos 
gazettes de mode fussent plus répandues en Amérique; aussi 
m'est-il très agréable aujourd'hui de louer l'œuvre si parti- 
culièrement utile de la "Gazette du Bon Ton". 

Les couturiers français doivent donc redoubler d'eiforts 
pour maintenir le prestige de notre élégance chez un peuple 
admirateur de toutes les traditions et qui estime en nous le 
culte du bon ton et des belles manières, symbole, à ses yeux, 
du plus glorieux passé. 

André de Eouquières. 

178 




ip\ ANS le ruban de soleil que dessine la route, encadrée des 

tapis de pelouse, Eïk vient vers moi, grand lys vivant, 

que sa robe dessine comme de transparents pétales renversés. 

Balançant au-dessus de sa tête le pare-à-soleiî, cette 
marque de dignité des peuples anciens, elle a savamment 
choisi pour cette heure lumineuse et matinale un négligé 
tordant, comme elle dit, qui a tout l'air d'un chiffon fleuri, noué 
au bout d'un bâton, à la dernière minute, pour dérober son 
nez aux attaques de Phébus. Et, cet insigne de sa majesté de 
Bacchus, de Cérès et de Minerve, elle tient à en renouveler 
la fête chaque Printemps comme le faisaient les grecs qui 
célébraient solennellement la fête des parasols. 

Elle baptisera, pour la reconnaître, cette soie vieillotte, 
montée en forme de minaret, où les jours de rencontre sen- 
timentale, son visage troublé pourra se voiler des longs 
effilés pâlis. Elle saura d'un mot drôle nommer cette 
manière d'ombrelle-béret. 

Précieuse et mièvre un peu, harmonieuse aux traditionnels 
rites mondains, cette pagode de soie blanche enguirlandée Pom- 
padour, fera grande dame au Garden Party des Ambassades. 

Un jour de solitude et de désœuvrement, errant pensive, 
dans les allées du Bois, elle abritera sa moue charmante 
sous les bords irréguliers, tombants à l'excès comme son 
état d'âme, de ces zébrures de soie, vagues moutonnantes 
annonciatrices de l'orage... (?) Mais, après la pluie, le beau 
temps, et dans l'envollement d'une toilette légère — le visage 



i 79 



rayonnant d'espérance, c'est sous ce grand dahlia de batiste 
festonnée qu'elle nous sourira. 

Lointaine et coquette, dépitée d'une apparence d'abandon 
c'est cette prétentieuse et charmante fantaisie de soie à 
fleurs et de dentelle qu'elle balancera nerveusement dans 
le tête à tête du goûter. 

JMais demain, pour le thé pris à Hitz elle montrera 
cette ombrelle de soie bleue retroussée de « cerise » avec 
frisson de plumes ombrées rouge et bleu. Ça, une ombrelle? 
Allons donc c'est un chapeau. 

« Du tout, c'est l'ombrelle imprévue et savante de la 
coquette moderne qui mettra partout ou elle passera, roses 
comme les primevères, jaune comme la fleur d'acacia, mauves 
comme le colchique, vert comme la large feuille du tabac, les 
milles fleurs de ses ombrelles épanouies à l'été ressuscité! 

Nada. 





M lle ADAMINE, MODISTE 



A 



Passy. Une troisième cour qui a bien l'air d'un jardin 

avec ses lauriers en bacs, ses lilas rouges, et la 
glycine qui frissonne sur le mur. C'est ici que demeure 
Mlle Adamine, modiste ; et je lui mène ce matin cinq bons 
diables, cinq sauvageons, retour d'un lointain consulat, et 
qui (les malheureux !) n'ont pas encore leurs chapeaux de 
printemps. Entrons. 

Mlle Adamine, les pieds sur sa chaufferette, travaille 
dans une mousse de tulle blanc. 

« Justement je viens d'achever « dit-elle en présentant 
sur son poing un bonnichon ruche, soufflé, 
léger comme une chandelle-des-prés. » C'est 
pour S. A. la Princesse de R . . . Elle aura 
demain cinq mois. Que vous faut-il? » 

— « Tout » Tandis que je lui explique le 
dénûment de mes sauvages, elle leur passe à 
la ronde une coupe de pralines. « Prenez, mi- 
gnons, et voyons un peu ces physionomies? » 
Hegard rapide de conquérant. « Je sais ! » 
Mlle Adamine court à sa grosse armoire 





brune, luisante comme un 

marron d'Inde. Merveille! Le 

marron s'ouvre et voici le 

Printemps dans la chambre, 

du brun rouge des branches, 

à l'ambre du soleil, voici les 
bleus, les roses, les verts et les lilas 
façonnés en bonnets, en toques, 
en capelines. Parmi ces trésors Adamine choisit, se 
retourne et dicte : Pour le matin, ce chapeau de 
shantung vert à huppe de faisan conviendra à la 
brunette; cet autre en crêpe froncé ourlé de sorbes 
à sa sœur. Aux jumeaux des bonnets d'étamine 
rayée à rubans picots. » Fascinés par ce ton d'au- 
torité les enfants se laissent faire; l'un d'eux joue 
sous la table avec un chaton. — Pour le tantôt et 
les cérémonies, continue l'impérieuse modiste, 
que direz -vous de ce bonnet de faille bleue / 

effrangée, de ce calot à brides emperlées de j 
coquillages ? » 

Je n'en dirai rien car l'incorrigible Luce 
tendant des mains impies vers une grandissime 
forme violette, s'en était coiffée résolument : 
tels on voit au bas des fresques italiennes des 
amours soulever le casque et l'armure de 
Mars. Mlle Adamine eut un tendre 
sourire... C'est qu'elle ignore l'emploi, 
l'usage inattendu des chapeaux lorsqu'ils 
« servent pour les charades » ou qu'ils ont, 
effarant, cessé de plaire. 

« Pour les garçons, je vais consulter l'Ate- 





diste, 
paille 



lier. « L'Atelier parut : une 
petite boiteuse à tignasse flam- 
boyante et voix de basse-taille. 
Michel serra son chaton contre 
lui. Colloque entre les deux augures. 
« Pour les garçons » résuma la mo- 
« ces chapeaux de piqué, ces canotiers de 
à glands de soie floche, ces casquettes de 
velours à queues de coq ardoisé. » 

Pour le canotier, la paille en était épaisse, et 
tressée à la façon de ces gros paillassons où l'on 
s'essuie les pieds, les jours de boue. La calotte très 
haute, cerclée d'une ganse de couleur très voyante, 
outre-mer, vermillon, cinabre; le bord, épais et très 
étroit. Il faut qu'un chapeau tienne sur la tête, n'est- 
ce pas, car un garçon, ça court, ça remue, ça fait 
des bonds et des gambades, — et quel ennui, d'être 
obligé de maintenir de la main sa coiffure lorsque 
l'on saute et joue aux balles ? La casquette en ve- 
lours a du ton. Joignez-y une jugulaire : voilà ce 
jeune homme tout semblable à un jeune lord anglais 
prêt pour la chasse, tel que Reynolds ou 
Laurence le pourraient peindre. 

Nous nous inclinâmes. Et comme je 
m'émerveillais de la variété des formes, 
des étoffes, des couleurs : « Vous sortez 
beaucoup, Mlle Adamine « demandai-je » 
pour renouveler tant de modèles ?» — 
« Presque jamais » répondit-elle. On m'envoie 
des liasses de tissus. J'y rêve. De loin en loin 
je me promène vers midi dans les jardins du 




i83 




Tloy, à Versailles. » Ses voisins disent de Mlle 
Adamine que c'est « une originale ». Ne serait-ce 
pas plutôt une artiste ? 

Mais ce que j'aurais voulu voir, et que Mlle 
Adamine ne m'a pas montré, c'est ce chapeau 
dont, il faudra, madame, que 
vous couvriez quelque jour le 
chef de monsieur votre fils. Tel 
je que l'imagine et le soir, c'est, 
pour les jours d'été, un haut de 
forme en paille fine, évasé dans 
sa partie supérieure à la manière 
d'un tromblon, et pincé à sa base, d'un très 
mince filet de soie noire, avec une petite boucle. 
Le bord, très roulant et très cavalier, se cour- 
bera dans une ligne élégante. La paille en sera 
jaune ou d'un blanc bis. Et campé hardiment 
sur l'oreille, il donnera un petit air de dandy en herbe qui 
ne messiera pas à ce jeune homme. On ne saurait trop fort 
encourager le goût des élégances dans nos rejetons. Veillez -y, 
jeune et charmante madame qui joignez à tant d'autres ce 
paradoxe d'être la mère de ces aimables garnements, dont vous 
semblez n'être tout au plus que la petite sœur aînée... 

Maggie. 





LE GOUT AU THEATRE 




ROCLAMONS à nouveau cette vérité banale : le 
costume classique a fait son temps. Une 
parisienne — quand un bal tra- 
vesti l'appelle — ne songe plus 
à choisir, chez ce spécialiste ac- 
cidentel, le manteau Renaissance ou la robe 

Louis XIV. C'est le couturier, le couturier 

de tous les jours, qui combine pour chaque 

femme un costume spécial se rattachant 

sans doute, par l'allure générale, à 

l'époque que l'on voulut évoquer, mais 

adapté à la ligne personnelle, ou même 

en un sens, à la mode du jour. Les 

comédiennes ont suivi les parisiennes. 

Devant jouer la Roxane de Cyrano, 

Mme Mégard, au lieu de choisir dans le 

répertoire classé des costumes Louis XIII, 

comme l'eût fait à coup sûr telle ou telle 

de ses aînées, s'est adressée simplement à 

Redfern, son couturier habituel. Mme 

Mégard et M. Redfern ont créé. Ils ont eu 

le tact de mêler justement l'appropriation 

à la personne et le petit respect qu'il faut 

cependant garder à l'histoire. Au 3 e acte de Mlle Mireille Corbé 




i85 





Cyrano, la nouvelle Roxane paraît en long 
manteau de velours bleu de roi, col Médicis 
et longue traîne, et nous pouvons situer la scène 
dans le temps. Mais à l'heure de la tendresse, 
le manteau tombe, l'héroïne romanesque n'est plus 
vêtue que d'une robe blanche très souple, très 
simple, qu'elle aurait pu porter la veille dans sa 
maison, et dont les basques crénelées sont la 
seule concession à l'époque. 

Au 5 e acte, dans le décor émouvant 
et tranquille du jardin des Nonnes, son 
costume de demi-religieuse — noir avec la coiffe 
blanche, les manchettes et le col blancs — est 
encore d'une parfaite intelligence 
dans son- imprécision équivoque. 
C'est d'autrefois et d'aujourd'hui, 
c'est Roxane retirée d'un monde 
dont les nouvelles l'intéressent en- 
core; Roxane au souvenir fidèle qui se penche 
sur son métier de tapisserie en relisant ses 
et très d'amour. 

Plus respectueux de la coutume les comé- 
diens limitent la recherche personnelle aux 
petits détails de l'ajustement. Ce sont les gros 
nœuds, d'un gris délicieux, qu'attache M. 
Magnier au bas de sa culotte de velours brun; 
c'est le col de dentelle que M. Desjardins 
pose sur sa cuirasse; c'est le passepoil bleu 
et le col de linge plat dont M. Jean Coquelin 
Le Minaret agrémente un costume de velours gris. 

Mlle Cora Laparcerie Pour le surplus, tableaux d'histoire, dont 



186 




les décors confirment l'exactitude. La pâtisserie 
de Tlaguenau est un Téniers plus spacieux; le 
camp, avec son fond de nuages roses, l'ampleur 
de la plaine, ses beaux groupements de soldats 
fait penser à un Wouwerman. Le jardin du 
couvent où circulent les nonnes blanches a la 
mélancolie solitaire d'un coin du grand Trianon. 



L'origine de tous ces raffinements est certaine. Images 
persanes et décors russes ont rendu nos 
yeux exigeants de nouveauté, de cou- 
leurs savoureuses et de mouvements 
originaux. Peut-être y aurait-il danger 
à ce que ces modes nous absorbent 
trop longtemps. Mais en attendant la réaction 
inévitable, le modernisme oriental vient de 
trouver son expression suprême dans la pièce 
de la Renaissance. M.. Tionsin, l'auteur des 
décors du Minant, M. Paul Poiret, l'auteur 
des costumes, ont rivalisé d'imagination et 
d'audace. Peut-être les décors rappellent-ils 
Sumurun et l'école munichoise, avec leurs 
plans unis, lavés qu'animent le mouvement 
décoratif des frises et l'opposition brutale 
des couleurs. Mais si les costumes s'ins- 
pirent des miniatures persanes et des 
estampes japonaises, c'est avec une inter- 
prétation si violemment moderne qu'ils frap- 
pent assurément par l'excès de la nouveauté 
plutôt que par l'archaïsme ou par l'exotisme. Le j^ inard 

Au i er acte, dans un intérieur de harem m. Jean Worms 




187 



blanc, bleu indigo, vert cru, que surmonte une frise de 
palmes, les femmes sont vêtues de bleu, de vert, de noir 
et d'or. Au 3 e acte, dans un décor blanc et noir, elles 
dénient en procession toutes blanches et noires, sans qu'une 
seule pourtant soit pareille à sa compagne. Des tuniques à 
cerceaux, ballottant autour du corps, surplombent les 
culottes fendues; des jupes à trois paliers, et qui semblent 
faites d'abat-jour superposés, s'évasent audessous de cor- 
selets bas serrant le torse comme des bandelettes. De 
petits casques de perles emboîtent la tête en cachant les 
cheveux et les oreilles, Toutes les matières sont employées : 
perles, fourrures, gazes lamées, brochés et brocarts, et 
jusqu'à ces tissus raidis par le métal qui donnent à 
M.. Jean W^orms l'aspect d'un prince de laque. 



Pour compléter l'illusion, Mme P., dans la salle, 
semble habillée pour entrer en scène, avec son lourd casque 
d'argent voilant les cheveux, au centre duquel viennent se 
ficher d'invraisemblables plumes noires. 

Lise-Léon Blum. 




// 




LA MODE 

ET 

LE BON TON 







1DARIS ! le Paris lumineux et vibrant, 
le Paris de l'Hippique et des Courses, 
des déjeuners au cabaret et des expositions 
multiples, le Paris de Paris enfin, celui 
qu'on n'imitera jamais en aucun pays du 
monde, celui-là est celui que nous venons 
de retrouver après la fugue de Pâques et 
qui nous promet plus de divertissements et 
de plaisirs en trois mois que nous n en 
vivrions ailleurs durant toute une année. 

1VTOUS venons d'avoir, désuet et char- 
mant, le concours Hippique où l'élé- 
gance provinciale fleurissait. Ce n'était que 
rarement le rendez-vous des 
professionnelles élégantes, 
mais bien plutôt l'épanouis- 
sement de l'élégance malgré 
tout, où le chapeau qui veut 
être chic et la robe copiée 
sur la dernière mode du 
journal avec patron coupé, 
nous donnaient la vague illusion d'une 
sortie de messe à X. . . ou K. . . 

— Par-ci, par-là, comme une reine 
visitant ses sujets, apparaissait une vraie 
« Beauté », de celles qui sont nos beautés 
et dont nous sommes férocement jaloux. 
Combien elle était exquise sous son minus- 
cule chapeau, avec sa robe trop courte et 
trop étroite, de tissu clair, promenant sur 
l'assemblée un regard étonné de tant de 
laideur mono tonne ! 

(jT^)N chuchottait en la voyant, on com- 
mentait le bridé de sa jupe qui dessi- 





nait ses jambes, le décollé de sa veste 
dont les basques, absentes par devant, 
laissaient par trop voir le mouvement libre 
de la ceinture !. . . Et son décolleté, accen- 
tué encore par le trans- 
parent insidieux et 
charmant de sa blouse, 
est-il assez révolution- 
naire! Fatit-il être assez 
sûre de soi pour mettre 
ainsi sous le nez des 
gens, en plein jour, un 

cou riche, pas plus, de ses perles et du 
collier de Vénus ! 

f~^ 'EST pourtant telle, qu'est la femme 
à la mode, en ce moment, telle qu'à 
Ritz, à l'heure de déjeûner, elle arrive de 
son petit pas sautillant, son ombrelle à la 
main, son portefeuille sous le bras (puisque 
son sac n'est plus), grignotant un mutton- 
shop et des fruits cuits d'un air distrait, en 
souriant à droite et à gauche. 

La main droite éclairée de la pierre 
Néronienne, la gauche hérissée de perles 
rares, que dissimule à 
demi le volant d' Alençon 
de sa manche. 

A cinq heures, si je 
la retrouve à une 
leçon de Tango ou à un 
thé prié, la silhouette est 
plus rare encore, sous 
les draperies fleuries de 
mousseline bleu sombre 




ou violette qui se mêlent à une partie unie, 
non moins transparente et souple et tou- 
jours écourtée, jusqu'à l'invraisemblance. 
Le mouvement de rattrappé de l'étoffe 
d'arrière en avant, à hauteur des genoux, 
sous un motif de broderie ou une cocarde, 
se signale sur beaucoup de robes, avec 
effet de jupe d'un tissu différent ; je ne vois 
plus une robe faite d'un seul tissu ni d'une 
seule couleur. 

]QES grena- 
dines et 
des mousselines 
de soie, dispo- 
sées en longues 
draperies sépa- 
rées, se rejoignant dans le 
bas pour se nouer et brider 
la robe, ne sont-elles pas 
d'une nouveauté valable, 
surtout si je vous dis qu'elles 
sont posées sur un fond de 
foulard à larges fleurs, se 
laissant voir en tablier, le 
long des devants. 

QOUS le rayon de soleil qui daigne 
parfois carresser le paddok de Long- 
champ, je n'ai rien vu de plus joli, qu'une 
mousseline « citron » , suave et compliquée 
à l'excès, échancrée sous des tulles anciens, 
véritable robe de « tralala » démocra- 
tisée tout-à-coup, et de la façon la plus 
comique, par une ceinture de distribution 
de prix, en mousseline à carreaux bleus et 
blancs ! . . . Vous comprendrez qu'avec cette 
fantaisie, la grande capeline en paille natu- 




relle, fleurie de roses «niel», était seule 
possible. 

A l'inauguration du Théâtre des Champs- 
Elysées, nous avons vu quelques 
belles dames au plumage abondant et aux 
décolletés savants. La coiffure de paradis 
marron de Mlle Chenal m'a paru sédui- 
sante et s'harmoniser délicieusement avec sa 
robe «corail», devinée plutôt que vue, 
sous un nuage de tulle assorti. 

La coiffure Sioux de Mme Edwards 
était assez amusante, faite de plumes 
défrisées du même ton que les paradis de 
Mlle Chenal, s'ouvranten éventail au-dessus 
du front . 

Trop de femmes encore se corsètent vieux 
jeu, etprésentent le soir, des bustes guindés, 
où les bijoux semblent disposés en vitrine. 
Nous ne voulons plus voir ça, pas plus que 
la coiffure bien faite, échaf- 
faudée et tirée à cent épingles, 
d'où fuse, haute etraide, distin- 
guée, ô combien! l'aigrette 
abondante, chère aux élégantes 
d'il y a vingt ans ! 




]Pj)E la souplesse, de la grâce 

avant tout, c'estla devise 
de l'heure. Nous ne devons 
plus grossir, étant donné les 
admirables procédés mis à la 
portée de tous par les hygiénis- 
tes et les professeurs d'esthé- 
tique. Alors? — 

Que doivent faire les femmes fortunées 
et admirées ? Ce que faisait Candide pour 
son jardin : cultiver. . . leur Beauté. 

Le Bon Ton. 





" Le Confort joint à l'Élégance " 

La Malle de Voyage SORMANI 

Envoi franco du Catalogue illustre 



191 



PI. I. — Robe d'après-midi de Bakst réalisée par Paquin en côte de chenal; tablier de 
satin blanc et ceinture de peau; le manteau est assorti et le chapeau est en paille garni d'une aile 
de dentelle. 

PL II. — Matinée en crépon de soie; la casaque en crêpe de Chine imprimé est garnie d'un 
large notant. 

PI. III. — Ombrelles à la mode. 



PI. IV. — Robe de garden-parly de Redfern en Hoile araignée garnie de dentelle à 
l'aiguille. 

PI. V. — Robe de dîner de Worth en soie Eolienne garnie de tulle sur une double jupe de 
i>elours souple. 

PI. VI. — Robe de promenade par Chéruit en petit crépon; gilet dépiqué anglais. 

PI. VII. — Robes d'après-midi de Dantillet. La première est en crépon de soie turquoise; 
ceinture d'éf aminé d'argent et de tulle noir plissé. La seconde robe est en broché de soie garni 
de dentelle Malines. 

PI. VIII. — Robe de maison de Douce! en mousseline de lame à petites côtes; corsage 
brodé de petites roses; manches et Volants de mousseline galonnés de rubans. 



PI. IX. Robe du soir de Paquin en satin broché; mantelet de tu lié brodé de strass et de 
diamants. 

PI. X. — Robe du soir de Paul Poire t en crêpe satin aHec une large ceinture en broderies 
de perles. 

Imp. G. Kadar. Lucien Yogel, Directeur-Gérant. 




3>akst réalisée par faquin 




LA BELLE ET LA BETE 




DES- OMBRELLES 




UNE ROSE PARMI LES ROSES 

Robe de Garden^party de Redfern 




APRES L'ONDEE 

Lobe de dîner de Wortk 



^ " ' "- rr — **> * 



Avril toi 5. — PI. Y 




ZUT!. IL PLEUT!!.., 

Petite . rooe de promenade de Gheruii 




GIBOULEE 

Robes d'après midi de Dœuilleé 



n~~»n» j„ n»~ T„„ — a/q a 



A^ril ,n,3. — PI. Yll 




AH! MON BEAU CHATEAU,,.!! 

Rooe de maison par Ooucet 




L'ADIEU DANS LA NUIT 



vobe du soir de 



ir de 



aquxn 




oLe du soir Je Paul Poireé 




39088012661484